🔥 Les essentiels de cette actualité
- 85 fillettes de 7 à 12 ans tuées dans leur école ce samedi matin à Minab, au sud de l’Iran, lors d’une frappe américano-israélienne. 170 élèves se trouvaient dans les locaux au moment de l’impact.
- Washington invoque des « menaces imminentes » pour justifier ces bombardements — mais peut-on qualifier de chirurgicale une opération qui détruit une école primaire en plein jour ?
- Face à l’horreur, la France choisit le silence. Un mutisme diplomatique qui interroge l’indépendance de jugement que notre pays revendique depuis des décennies sur la scène internationale.
- Les images de pères portant les corps de leurs filles circulent désormais dans le monde entier — et alimenteront durablement un ressentiment que l’Occident ne pourra plus ignorer.
Ce samedi matin, dans la ville de Minab, au sud de l’Iran, une école primaire pour filles a été réduite en ruines par une frappe aérienne américano-israélienne. Au moins 85 personnes, presque exclusivement des fillettes âgées de sept à douze ans, ont péri sous les décombres de l’établissement Shajareh Tayyebeh. Cent soixante-dix élèves se trouvaient dans l’enceinte au moment de l’impact. Les images diffusées sur les réseaux montrent des secouristes fouillant les gravats, des parents hagards, des cris et des pleurs. Une employée de l’école, encore sous le choc, a confié à Middle East Eye avoir vu les corps des enfants gisant sur les bancs des salles de classe et dans les recoins du bâtiment.
« … Je ne pouvais plus parler. On entendait les cris et les pleurs des enfants. »
Cette scène d’horreur s’inscrit dans une opération militaire de grande envergure lancée simultanément contre plusieurs villes iraniennes, dont Téhéran, Qom, Ispahan et Kermanshah. Le président Donald Trump a justifié ces frappes par la nécessité d’« éliminer les menaces imminentes du régime iranien » et d’empêcher l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire. « Nous allons anéantir leur marine », a-t-il déclaré, ajoutant vouloir mettre fin à la déstabilisation régionale attribuée aux « proxies terroristes » de Téhéran.
Face à un tel bilan humain, les justifications stratégiques sonnent étrangement creux. Qu’une école primaire bondée d’enfants puisse figurer parmi les cibles d’une opération militaire présentée comme chirurgicale pose des questions auxquelles aucune rhétorique sécuritaire ne saurait répondre de manière satisfaisante. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a dénoncé l’attaque en ces termes : « Le bâtiment détruit est une école primaire pour filles dans le sud de l’Iran. Elle a été bombardée en plein jour, alors qu’elle était remplie de jeunes élèves. Des dizaines d’enfants innocents ont été assassinés sur ce seul site. »
La guerre et ses victimes invisibles
Il ne s’agit pas ici de prendre fait et cause pour le régime des mollahs, dont la nature autoritaire et les ambitions régionales sont amplement documentées. La République islamique d’Iran n’est pas une démocratie et son soutien à des mouvements armés au Moyen-Orient constitue un facteur réel d’instabilité. Ces constats ne sauraient toutefois servir de blanc-seing moral à toute action militaire menée contre ce pays, encore moins lorsqu’elle frappe une école en pleine activité.
La logique qui préside à ces frappes mérite d’être examinée avec rigueur. Washington invoque des « menaces imminentes » sans fournir de preuves tangibles. L’argument de la prolifération nucléaire, maintes fois mobilisé pour justifier des interventions au Moyen-Orient, n’a pas empêché, par le passé, des erreurs d’appréciation aux conséquences désastreuses. On se souvient des armes de destruction massive introuvables en Irak, prétexte à une guerre qui a déstabilisé toute la région pendant des décennies.
Le ciblage d’infrastructures civiles, qu’il soit délibéré ou qu’il résulte d’une négligence dans la collecte du renseignement, constitue une violation flagrante du droit international humanitaire. Les Conventions de Genève protègent explicitement les établissements scolaires et les enfants. Qu’un tel événement survienne sans provoquer une onde de choc diplomatique majeure en dit long sur l’asymétrie des indignations qui structure le débat public international.
Ce que révèle le silence
C’est bien là que le bât blesse pour un observateur français attaché à l’indépendance de jugement. Les mêmes chancelleries occidentales qui s’émeuvent à juste titre des crimes de guerre commis ailleurs dans le monde semblent frappées d’une étrange retenue lorsque les victimes se trouvent du mauvais côté de la ligne de fracture géopolitique. Cette sélectivité dans l’indignation n’échappe à personne et alimente, dans une large partie du monde, un ressentiment croissant envers ce qui est perçu comme un double standard permanent.
La France, qui fut longtemps la voix d’un certain équilibre dans les affaires du monde, se trouve aujourd’hui dans une position inconfortable. Membre de l’OTAN et alliée traditionnelle des États-Unis, elle peine à faire entendre une parole distincte lorsque les circonstances l’exigeraient. Le silence ou les formules diplomatiques convenues ne sont pas à la hauteur de l’événement. Quatre-vingt-cinq enfants morts dans leur école : ce fait mérite autre chose qu’un communiqué tiède.
Il ne s’agit pas de verser dans un anti-américanisme primaire ni de nier les menaces réelles que peut représenter le programme nucléaire iranien. Il s’agit de rappeler que la fin ne justifie pas tous les moyens et que la crédibilité morale des démocraties occidentales repose précisément sur leur capacité à s’imposer des limites que les régimes autoritaires ignorent. Bombarder une école, même par erreur, même dans le cadre d’une opération présentée comme défensive, constitue un franchissement de seuil qui devrait susciter, au minimum, des demandes d’explication publiques et des enquêtes indépendantes.
Les images de Minab circulent désormais sur les réseaux du monde entier. Elles montrent des pères portant les corps de leurs filles, des mères effondrées et des secouristes dépassés par l’ampleur du désastre. Ces images ne s’effaceront pas. Elles nourriront pendant des années la mémoire collective d’un peuple et serviront d’argument à tous ceux qui, en Iran et ailleurs, considèrent l’Occident comme une puissance fondamentalement hostile.
Une nation souveraine se reconnaît à sa capacité de nommer les choses. La France n’a rien à gagner à se fondre dans un unanimisme atlantiste qui l’empêcherait de qualifier ce qui s’est passé à Minab. Une école bombardée, des dizaines d’enfants tués : les mots existent pour décrire cela et le silence n’est pas une option honorable. L’indépendance de jugement que nous revendiquons pour notre pays implique aussi le courage de dire ce qui dérange, y compris à nos alliés.
IMPORTANT - À lire
Minab, Gaza, Ukraine, Sahel : les silences diplomatiques ont des victimes. Chaque mois, notre revue papier décrypte ces doubles standards géopolitiques que les médias mainstream esquivent.
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