Ormuz bloqué : Leclerc reconnaît s’être trompé, la hausse des carburants s’installe

Ormuz bloqué : Leclerc reconnaît s’être trompé, la hausse des carburants s’installe

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Michel-Édouard Leclerc reconnaît publiquement s’être trompé : les prix des carburants « ne baisseront pas de sitôt », après avoir prévu une baisse prochaine à la pompe il y a dix jours.
  • Le blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran provoque une volatilité de 60 centimes sur les carburants, rendant toute planification commerciale à court terme quasiment impossible selon le distributeur.
  • Leclerc propose de supprimer temporairement les taxes liées aux certificats d’économie d’énergie, ce qui permettrait selon lui de réduire le prix de l’essence d’environ 17 centimes à la pompe.
  • Il souligne que la hausse des prix génère mécaniquement un surplus de recettes de TVA pour l’État, et suggère de redistribuer ce gain plutôt que de l’absorber sans ciblage, citant les infirmières en exemple.
  • L’article estime que le débat public reste piégé dans une logique de court terme : la variable déterminante est géopolitique et externe, hors de portée des distributeurs comme du gouvernement français.

Le détroit d’Ormuz est bloqué par l’Iran, le baril repart à la hausse, et Michel-Édouard Leclerc se retrouve à admettre publiquement qu’il s’est trompé. Cette séquence, aussi anodine qu’elle puisse paraître dans le flux de l’actualité économique, révèle quelque chose de plus structurel : la dépendance radicale des économies européennes aux dynamiques géopolitiques du Golfe, et l’impuissance des acteurs privés, même les plus puissants, à anticiper les trajectoires de prix dans un tel contexte de crise.

Il y a dix jours, le président du comité stratégique des centres E. Leclerc prédisait une baisse prochaine des carburants à la pompe. Ce lundi, sur CNews, il reconnaissait son erreur sans détour : le prix des carburants « ne baissera pas de sitôt ». La formule vaut aveu. Non pas d’incompétence, Leclerc est un observateur sérieux des marchés de consommation, mais d’illisibilité fondamentale d’une situation que personne, en réalité, ne maîtrise vraiment.

« Pour l’instant, c’est du yoyo, aujourd’hui c’est impossible d’avoir un plan d’achat, il y a des volatilités de 60 centimes. »

Cette volatilité de 60 centimes sur les carburants n’est pas un accident de marché. Elle est le reflet direct d’une crise géopolitique active : le blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran perturbe les flux pétroliers mondiaux, désorganise les chaînes d’approvisionnement et rend toute planification commerciale à court terme quasiment impossible. Pour un distributeur dont le modèle repose sur des volumes considérables et des marges serrées, cette incertitude est paralysante.

Leclerc l’admet lui-même : il « ne sentait pas le truc », entre les infrastructures détruites et les bateaux bloqués dans le passage stratégique. Sa prévision d’« au moins six mois de crise énergétique, jusqu’à l’hiver prochain » est moins une analyse qu’une projection de bon sens, fondée sur la durée prévisible des tensions régionales. Elle a le mérite de ne pas minimiser l’horizon du problème.

Qui paie, qui profite, qui décide ?

Face à cette situation, la tentation politique est connue : encadrer les marges des distributeurs, montrer que l’État agit, désigner un responsable accessible. Leclerc s’y oppose avec une clarté qui mérite d’être entendue. Ce ne sont pas les distributeurs qui captent la rente dans cette chaîne : « ceux qui font du profit sur le dos des consommateurs, ce sont les États pétroliers, les revendeurs, les raffineurs et les traders ». L’argument n’est pas corporatiste, il est structurellement exact. Quand le prix du baril monte sous l’effet d’un blocage géopolitique, le surplus de valeur ne s’accumule pas dans les rayons d’un hypermarché français.

La proposition qu’il formule est plus concrète : supprimer temporairement les taxes liées aux certificats d’économie d’énergie, ce qui permettrait, selon lui, de diminuer le prix de l’essence d’environ 17 centimes. Il ne s’agit pas d’abandonner la transition énergétique, qu’il dit soutenir, mais de suspendre provisoirement une contribution fiscale pour alléger la pression sur les consommateurs le temps que la crise passe. C’est une logique de gestion de crise, et non une remise en cause de la politique énergétique.

Plus intéressante encore est la remarque sur la TVA. Leclerc souligne que la hausse des prix à la pompe génère mécaniquement un surplus de recettes fiscales pour l’État, via la TVA appliquée sur un montant hors taxe lui-même plus élevé. Il suggère que ce surplus pourrait être redistribué, il cite les infirmières en exemple, plutôt qu’absorbé dans les comptes publics sans ciblage particulier. Ce n’est pas une revendication idéologique : c’est une observation arithmétique sur qui bénéficie, in fine, de la hausse des prix à la pompe.

Il ajoute une mise en garde macroéconomique que les gouvernements ont tendance à sous-estimer en période de crise : une croissance qui ralentit, c’est mécaniquement moins de recettes fiscales. Autrement dit, la crise énergétique n’est pas seulement un problème pour les ménages à la pompe, elle affecte l’ensemble de l’équation budgétaire de l’État. Aider les consommateurs et établir un plan d’économies ne sont pas deux objectifs contradictoires ; ils sont, dans ce raisonnement, les deux faces d’une même nécessité.

Ce qui frappe dans ce tableau d’ensemble, c’est à quel point le débat public sur les carburants reste piégé dans une logique de court terme. On cherche un coupable domestique, le distributeur, la marge, la taxe, alors que la variable déterminante est externe, géopolitique, et sur laquelle ni Leclerc ni le gouvernement français n’ont de prise directe. Le blocage d’Ormuz est une décision souveraine de l’Iran, prise dans le cadre d’un rapport de force régional qui dépasse largement les intérêts des consommateurs européens. C’est cette réalité-là que les six prochains mois vont rendre difficile à esquiver.

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Source : lefigaro.fr

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