Vendin-le-Vieil, la prison sans pardon

La prison sans pardon Ă  Vendin-le-Vieil

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Ă€ Vendin-le-Vieil, les dĂ©tenus vivent dans l’austĂ©ritĂ© totale : pas de sport, pas d’activitĂ©s, seulement des cellules nues. Un vide organisĂ© qui broie les rĂ©sistances.
  • Les promesses de rĂ©insertion restent lettre morte. Aucune formation ni atelier ne voit le jour, malgrĂ© les annonces officielles.
  • Les familles subissent des horaires absurdes et des visites derrière une vitre. Une stratĂ©gie d’épuisement qui brise les liens.
  • MĂŞme les avocats font face Ă  des contrĂ´les humiliants, entravant leur mission. La logique sĂ©curitaire infiltre les marges du droit.

Balades au compte-gouttes et entretiens avec les conseils juridiques. La vie des prisonniers de Vendin-le-Vieil, établissement pénitentiaire de sécurité maximale inauguré le jeudi 31 juillet, se résume à ces deux seules distractions.

L’État déploie encore des millions d’euros pour construire des prisons dernier cri, pendant que nos retraités peinent à se chauffer. Mais que les contribuables se rassurent : ici, pas de luxe apparent, malgré les fantasmes colportés sur certaines prisons « quatre étoiles ».

Privation comme mode de gestion

Dans ce centre de haute sécurité, l’austérité est la règle. Un détenu est entassé dans un bloc de trois. Sa cellule individuelle comprend des toilettes et une douche, rien d’autre. Pas de sport, pas d’activités, pas même une bibliothèque.

MaĂ®tre May Sarah Vogelhut, du barreau de Paris, dĂ©crit un quotidien dĂ©sertĂ© de toute stimulation, un vide organisĂ©. « Normalement en France, les prisonniers ont accès Ă  beaucoup d’activitĂ©s pour occuper les journĂ©es », souligne-t-elle.

L’isolement n’est plus seulement physique — il devient psychologique. Le réveil matinal, les fouilles, les repas chronométrés : tout y est. Mais après ? Rien. Le néant. Une forme d’usure mentale imposée, qui broie les résistances.

Normalement en France, les prisonniers ont accès Ă  beaucoup d’activitĂ©s pour occuper les journĂ©es.

Dans d’autres Ă©tablissements, certains trouvent encore un semblant d’occupation. Ici, on applique Ă  la lettre une logique de neutralisation complète des esprits.

Les promesses fantômes de la réinsertion

Aucune information fiable ne circule sur les programmes de réinsertion ou d’activités culturelles pourtant promis à chaque inauguration. Cette opacité laisse présager une politique carcérale fondée non sur la réhabilitation, mais sur la punition nue.

Officiellement, les détenus devraient avoir accès à des formations. Lors de son transfert à Vendin-le-Vieil, un directeur avait même promis à un prisonnier la mise en place rapide d’ateliers de réinsertion. Rien n’a suivi. Encore une promesse enterrée.

Pour beaucoup, ces formations ne sont pas un privilège, mais une nécessité. Une chance de reconstruire quelque chose. Une façon de maintenir un lien, même ténu, avec une société qui les a déjà rejetés.

Punition matérielle et humiliation silencieuse

Un détenu, qui s’est fait transféré en pleine nuit, sans possibilité de prendre ses effets personnels, s’est retrouvé seul dans une cellule nue, privé de tout objet familier.

Même les affaires les plus anodines sont désormais soumises à des règles absurdes. L’administration impose un minimalisme carcéral délibéré.

À la cantine, censée permettre aux détenus d’acheter des produits de base, l’offre est indigente. Exit les petits plaisirs. Dans la prison de Vendin-le-Vieil, il semble aussi plus compliqué de « cantiner ».

Concernant les repas du midi et du soir, le détenu défendu par Maître Vogelhut, lui affirme que la « gamelle est dégueulasse ». La régression est organisée. La déshumanisation, systématique.

Familles entravées, liens brisés

Les crĂ©neaux de communication sont rares et absurdes : jeudi entre 16h15 et 18h15, samedi de 8h Ă  10h. « Ce sont des horaires compliquĂ©s, car il faut que les proches soient disponibles au moment oĂą il essaye de les contacter », dĂ©plore l’avocate

À cela s’ajoute une nouvelle règle : les visites se feront derrière une vitre, via hygiaphone, comme au temps des peines les plus archaïques. Sans contact, sans chaleur, sans humanité.

Comment maintenir des liens familiaux dans ces conditions ? L’isolement devient double. Ce n’est plus seulement le détenu qui est puni : ce sont ses proches, contraints de subir des horaires absurdes, des trajets coûteux, des formalités kafkaïennes. Une stratégie d’épuisement.

La machine bureaucratique s’acharne

Même les avocats doivent se plier à des contrôles renforcés. Dépôt des objets personnels, passage au scanner, procédures humiliantes.

« C’Ă©tait très long pour accĂ©der Ă  mon client. J’ai dĂ» dĂ©poser l’ensemble de mes moyens de paiement et mes clĂ©s, je suis ensuite passĂ©e par un scanner. Je n’avais jamais eu ce genre de contrĂ´le dans des prisons », relate May Sarah Vogelhut.

Je n’avais jamais eu ce genre de contrĂ´le dans des prisons.

La logique sécuritaire ne s’arrête pas à la cellule. Elle infiltre aussi les marges du droit, au mépris du principe fondamental de défense. On empêche ceux qui défendent d’exercer leur mission dans des conditions acceptables. Encore un mur érigé, encore une barrière de plus.

Quand l’État se tait, les murs parlent

Interrogé sur le sujet, le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, s’est contenté d’asséner : « J’assume cette position de fermeté ». Et de brandir l’argument constitutionnel : « Le Parlement a voté, le Conseil constitutionnel a validé. »

Le vieux refrain : ordre, sécurité, autorité. Peu importe le prix humain.

J’assume cette position de fermeté.

Du côté du ministère de la Justice comme du syndicat FO local, c’est le silence radio. Aucune réponse. Aucun commentaire. Les portes se ferment. Les langues aussi. Le mutisme institutionnel en dit long.

IMPORTANT - À lire

Vous voulez aller plus loin que cet article et comprendre les rouages de notre système carcéral ? Chaque mois, notre revue approfondit l'actualité et décrypte les enjeux géopolitiques qui façonnent notre société. De l'isolement des détenus aux stratégies sécuritaires, nous explorons les zones d'ombre de nos institutions.

Plongez au cœur de l'analyse avec notre revue papier. Recevez chaque mois des articles fouillés, des enquêtes exclusives et des réflexions pointues sur les grands défis de notre époque. Offrez-vous une information de qualité, loin des écrans et du flux incessant de l'actualité en ligne.

Previous Article

Klaus Schwab : chute brutale du fondateur du Forum de Davos et crise interne au WEF

Next Article

L'État impose Tchap sous couvert de souveraineté numérique