Taxe Linky : quand le refus a un prix

Taxe Linky : quand le refus a un prix

đŸ”„ Les essentiels de cette actualitĂ©

  • Depuis le 1er aoĂ»t, refuser le compteur Linky coĂ»te 6,48 euros tous les deux mois. Une taxe qui vise Ă  couvrir les « surcoĂ»ts » des anciens compteurs, mais qui ressemble Ă  une pression dĂ©guisĂ©e.
  • La facture annuelle peut atteindre 63 euros pour les rĂ©fractaires. Une mĂ©thode qualifiĂ©e de « rĂ©pression par l’argent » par les collectifs anti-Linky. DĂ©couvrez les rĂ©actions des Ă©lus et des citoyens.
  • Des inquiĂ©tudes sanitaires et des craintes de surveillance massive des donnĂ©es persistent. Seuls les Ă©lectrosensibles reconnus peuvent conserver leur ancien compteur sans frais. Lisez les tĂ©moignages et les victoires judiciaires.

Linky : une taxe pour les récalcitrants

Depuis le 1er aoĂ»t, dire « non » au compteur Linky coĂ»te cher. Enedis a instaurĂ© une pĂ©nalitĂ© de 6,48 euros tous les deux mois pour les foyers qui refusent encore d’installer son boĂźtier communicant.

Officiellement, cette taxe vise à couvrir les « surcoûts » liés à la gestion des anciens compteurs. En réalité, elle ressemble davantage à une stratégie de pression, savamment déguisée en mesure technique.

En cumulant la taxe de base et la majoration infligĂ©e Ă  ceux qui refusent de transmettre eux-mĂȘmes leur relevĂ© de consommation, la facture grimpe Ă  environ 63 euros par an.

Une somme que les usagers rĂ©fractaires doivent dĂ©sormais assumer pour avoir osĂ© conserver un Ă©quipement qui, jusqu’ici, n’avait jamais posĂ© problĂšme. Le message est clair : rĂ©sister aura un prix.

L’État ne peut pas forcer ? Il facture

Le compteur Linky a beau ne pas ĂȘtre obligatoire lĂ©galement — la Cour d’appel de Bordeaux l’a rappelĂ© en 2020 — cela n’empĂȘche pas Enedis de faire peser la menace sur le portefeuille. Pour Denis Nicollier, animateur du collectif Stop Linky 5G Loire, cette mĂ©thode s’apparente Ă  une forme de sanction financiĂšre.

C’est une rĂ©pression par l’argent puisqu’ils n’arrivent pas Ă  faire une rĂ©pression par la loi.

Ce tour de passe-passe administratif permet d’imposer sans obligation lĂ©gale, de contraindre sans l’avouer. Une pratique devenue tristement familiĂšre : quand on ne peut convaincre, on punit.

Élus, collectifs : une colùre qui ne faiblit pas

La fronde ne se limite pas aux associations citoyennes. En Bretagne, des élus montent également au créneau. José Mercier, maire de Bovel, en Ille-et-Vilaine, a mené tous les recours possibles contre le déploiement du Linky dans sa commune.

S’il a Ă©tĂ© contraint d’accepter l’installation pour les bĂątiments publics, il refuse toujours le compteur Ă  son domicile. Pour lui, cette taxe n’est qu’une entourloupe de plus.

Ces compteurs devaient ĂȘtre gratuits Ă  l’origine, et en dĂ©finitive, par l’intermĂ©diaire d’une taxe qui figure sur notre facture, ce sont les usagers qui paient.

Au-delĂ  de l’aspect financier, Mercier pointe Ă©galement les risques sanitaires liĂ©s aux ondes Ă©lectromagnĂ©tiques.

Lorsqu’il est avĂ©rĂ© que les habitants deviennent malades suite Ă  la pose du compteur, il faut des annĂ©es pour que leur bon droit soit reconnu et pour que les solutions techniques soient apportĂ©es.

Linky : mouchard numérique ou progrÚs énergétique ?

Michel Noyer, fondateur d’un collectif anti-Linky Ă  Betton (Ille-et-Vilaine) et trĂ©sorier de l’association alterondes35, est tout aussi catĂ©gorique : il refusera le compteur, quitte Ă  payer.

Je suis prĂȘt Ă  payer cette taxe-lĂ  pour continuer Ă  bĂ©nĂ©ficier des avantages de mon compteur de 1986.

Comme une centaine de foyers de sa commune, il redoute la collecte massive de données permise par Linky et dénonce un objectif à peine dissimulé.

L’objectif, d’ailleurs avouĂ© par Enedis, c’est de recueillir des donnĂ©es pour les revendre, de faire des statistiques pour pouvoir orienter Ă©ventuellement la consommation.

Sous couvert de transition Ă©nergĂ©tique, c’est bien un nouveau modĂšle de gestion des comportements qui se met en place, fondĂ© sur l’hyper-surveillance des usages domestiques.

Santé, liberté : des inquiétudes trop souvent balayées

Pour Denis Nicollier, l’enjeu dĂ©passe largement la simple question financiĂšre. Le Linky serait avant tout un symbole : celui d’une sociĂ©tĂ© qui traque, analyse, surveille. « C’est le prix de la libertĂ© », lĂąche-t-il.

Une libertĂ© de plus en plus restreinte, et chĂšrement facturĂ©e. Quant Ă  la question sanitaire, elle continue d’ĂȘtre minimisĂ©e, malgrĂ© des dĂ©cisions de justice en faveur de certains usagers.

En avril, Joseph Cascina, un habitant de la Loire, a obtenu gain de cause devant la cour d’appel de Lyon aprĂšs avoir dĂ©veloppĂ© une Ă©lectrosensibilitĂ© Ă  la suite de la pose du compteur.

Une victoire rare, obtenue grĂące au principe de prĂ©caution — que les autoritĂ©s invoquent souvent, sauf lorsqu’il les dĂ©range.

Seuls les usagers reconnus officiellement comme Ă©lectrosensibles peuvent, Ă  ce jour, conserver leur ancien compteur sans frais. Il leur suffit d’adresser un courrier Ă  Enedis. Pour tous les autres, l’opposition — mĂȘme justifiĂ©e par des inquiĂ©tudes sincĂšres — se paie comptant.

L’argument Ă©conomique brandi par Enedis

De son cĂŽtĂ©, Enedis tente de justifier le Linky en mettant en avant une promesse d’économies : jusqu’à 10 % de rĂ©duction sur la facture d’électricitĂ©.

Un argument brandi comme un bouclier, alors mĂȘme que les critiques pleuvent.

En France, 1 700 000 foyers refusent toujours d’ĂȘtre Ă©quipĂ©s. MalgrĂ© les pĂ©nalitĂ©s, la rĂ©signation n’est pas encore gĂ©nĂ©ralisĂ©e.

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