🔥 Les essentiels de cette actualité
- Un sociologue affirme sur France Inter que les enfants conçoivent naturellement l’amour de façon plurielle avant d’intérioriser les normes adultes : une observation empirique qui a déclenché une tempête de réactions.
- Polyamour enfantin ou simple fluidité affective ? La confusion entre description scientifique et prescription militante est au cœur d’un malentendu révélateur.
- Derrière la polémique, une question de fond : le service public a-t-il le droit d’investir le terrain de l’éducation affective sans garde-fous ni contradictions ?
- Les parents qui s’irritent ne sont pas tous des réactionnaires : beaucoup expriment un sentiment légitime d’être dépossédés d’une conversation qui leur appartient.
Le sociologue Kevin Diter était invité de France Inter le 1er avril dernier pour évoquer ses travaux sur les représentations amoureuses chez les enfants. Ce qu’il a dit, et la réaction que cela a provoquée, mérite qu’on s’y attarde, non pour alimenter une polémique de plus, mais parce que l’incident révèle une tension réelle, profonde et mal nommée dans notre rapport collectif à l’éducation affective des enfants.
Le chercheur affirmait que les enfants, jusqu’en CM2, envisagent spontanément des relations amoureuses multiples, sans que cela ne leur pose de problème apparent. Il observait que plus de la moitié d’entre eux « disent que le polyamour existe », tout en soulignant que l’idéal normatif qui leur est présenté reste la monogamie. Une tension, donc, entre ce que les enfants vivent et ce qu’on leur enseigne implicitement.
« Pour eux, au début, ils se demandent même pourquoi on peut avoir plusieurs amis et pas plusieurs amoureux. Et quand ils posent aux adultes cette question-là, généralement, ils se font un petit peu envoyer balader. »
La réaction ne s’est pas fait attendre. Sur Instagram, les commentaires ont afflué : « Laissez les enfants tranquilles », « Le polyamour est un concept d’adulte », « Toujours ravie de voir dans quelle propagande vont mes impôts ». Ce type de réaction immédiate mérite d’être pris au sérieux, pas parce qu’il aurait nécessairement raison sur le fond, mais parce qu’il signale quelque chose d’authentique : une méfiance croissante d’une partie du public à l’égard de certaines formes de discours savants relayés par le service public.
Ce que le chercheur dit, et ce qu’on lui fait dire
Il faut d’abord être honnête sur ce que Kevin Diter a réellement dit. Il n’a pas préconisé d’enseigner le polyamour aux enfants. Il a décrit, à titre de chercheur, ce qu’il observe sur le terrain : des enfants qui, avant d’intérioriser les codes adultes, conçoivent l’amour avec une fluidité que la norme sociale finit par corriger. C’est une observation empirique, pas un programme militant.
Confondre les deux, ce que nombre de commentateurs en ligne ont fait, c’est refuser d’entendre ce que la sociologie de l’enfance peut apporter à notre compréhension du développement affectif. Le chercheur ne dit pas que les enfants devraient être polyamoureux. Il dit qu’ils le sont, dans un sens large et spontané, avant que la socialisation ne les oriente autrement. La nuance est capitale.
Cela dit, la réaction du public n’est pas non plus sans fondement. Elle pointe une vraie question de forme et de cadrage. Utiliser le terme « polyamour », qui est, dans l’espace public contemporain, fortement associé à un mode de vie adulte revendiqué et à une certaine culture militante, pour décrire les affinités plurielles d’un enfant de 7 ans, c’est importer un vocabulaire chargé dans un domaine où il risque de créer plus de confusion que de clarté. Le mot fait écran. Et France Inter, en choisissant de mettre en avant cette séquence, n’a pas contribué à clarifier les choses.
La vraie question : qui éduque, et selon quels cadres ?
Ce qui est en jeu ici dépasse largement le cas Diter. Il s’agit d’une question structurelle : jusqu’où le discours académique, relayé par le service public audiovisuel, peut-il se saisir des représentations affectives et sentimentales des enfants, et avec quels garde-fous ?
Les parents qui réagissent avec irritation ne sont pas tous des réactionnaires hostiles à la science. Beaucoup expriment un sentiment légitime : celui d’être dessaisis d’une conversation qui leur appartient. La transmission des valeurs affectives, du rapport à l’amour, à la fidélité, à l’engagement, c’est précisément le terrain sur lequel les familles, les cultures, les traditions religieuses ou laïques ont toujours exercé leur autorité propre. Voir ce terrain investi par un cadrage académique diffusé sur une radio nationale financée par l’impôt, sans réelle contradiction ni mise en perspective, ne peut qu’alimenter la défiance.
Ce n’est pas la recherche sociologique qui pose problème en soi. C’est la manière dont elle est mise en scène, dans un format grand public, avec un vocabulaire connoté, sans que soient interrogées les implications normatives de ce qui est présenté comme une simple observation neutre. Décrire, c’est aussi, parfois, normaliser. Et une radio publique qui atteint des millions d’auditeurs n’est pas un séminaire universitaire.
Kevin Diter note lui-même que les adultes « envoient balader » les enfants qui posent des questions sur la pluralité amoureuse. Peut-être. Mais il aurait été utile d’entendre aussi pourquoi les adultes répondent ainsi, non par bêtise ou autoritarisme, mais parce que la monogamie, comme cadre de l’engagement amoureux, répond à des besoins de stabilité, de réciprocité et de confiance que les sociétés humaines ont progressivement construits. Ce n’est pas une norme arbitraire imposée aux enfants : c’est une architecture sociale dont on peut discuter les fondements, à condition de le faire sérieusement.
La séquence a duré quelques minutes à l’antenne. La polémique, quelques jours. Mais elle aura au moins eu le mérite de poser à voix haute une question que beaucoup de parents se posent en silence : à qui appartient l’éducation affective des enfants, et qui décide des cadres dans lesquels on en parle ?
IMPORTANT - À lire
Cet article soulève une question que beaucoup de parents ressentent sans pouvoir la formuler : qui décide des cadres dans lesquels on parle à nos enfants ?
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Source : lejdd.fr
