« Sa situation a été régularisée »… Le fisc s’excuse après avoir convoqué Benjamin Brière, ex-otage en Iran

« Sa situation a été régularisée »… Le fisc s’excuse après avoir convoqué Benjamin Brière, ex-otage en Iran

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Benjamin Brière a passé trois ans otage en Iran. À son retour, l’administration fiscale lui a réclamé ses déclarations de revenus manquantes… estimant que sa famille aurait pu s’en charger.
  • Ce cas kafkaïen révèle une faille profonde : le formulaire administratif français ne prévoit pas de case « otage », même pour ceux instrumentalisés par un État étranger.
  • La DGFiP a exprimé ses regrets et promis des mesures correctives. Cécile Kohler et Jacques Paris, rentrés après 4 ans de détention, seront les premiers à tester cette promesse.
  • Au fond, c’est la cohérence même de l’État qui est en cause : peut-on mobiliser toute sa diplomatie pour libérer un otage, puis l’abandonner aux procédures ordinaires dès son retour ?

Benjamin Brière a passé trois ans dans les prisons iraniennes. À son retour en France, en 2023, il a été convoqué par l’administration fiscale pour absence de déclaration de revenus durant sa captivité. L’agent chargé de son dossier, informé qu’il était otage, a estimé que sa famille aurait pu effectuer les démarches à sa place. La scène, rapportée par Brière lui-même au Journal du Net, tient de l’absurde kafkaïen : un homme séquestré par un État étranger, privé de tout contact régulier avec le monde extérieur, se voit opposer la rigueur procédurale de l’administration française à peine rentré chez lui.

Ce qui est frappant dans cette affaire n’est pas tant l’erreur individuelle d’un agent, les erreurs existent dans toute bureaucratie, que ce qu’elle révèle d’un système incapable, dans sa configuration ordinaire, de reconnaître l’extraordinaire. La règle s’applique, mécaniquement, à celui qui a vécu ce que peu d’hommes vivent. Le formulaire ne comporte pas de case « otage ».

« Regretter vivement que cet usager n’ait pu initialement bénéficier de toute l’attention qu’il convenait de lui apporter compte tenu du contexte. »

C’est, dimanche, la réponse de la Direction générale des Finances publiques (DGFiP), publiée sur le réseau X. L’institution a également précisé que Benjamin Brière avait été reçu dans un autre centre, et que sa situation avait été « rapidement régularisée avec tout le soin que méritait ce cas hors norme ». Elle ajoute que « depuis, tout a été mis en œuvre pour s’assurer que ce type de situation ne puisse pas se reproduire ». Le mot « regretter » a été choisi avec soin : il dit le malaise sans constituer une faute explicite, et la formulation passive, « n’ait pu bénéficier », dilue la responsabilité dans l’impersonnel administratif.

On pourrait s’en satisfaire. Le dossier est clos, la situation régularisée, l’institution a exprimé ses regrets. Mais le problème posé par ce cas dépasse le seul Benjamin Brière. Ce dernier n’est pas un justiciable ordinaire qui aurait oublié de remplir sa déclaration. Il est l’un des ressortissants français retenus en Iran dans le cadre de ce que les observateurs qualifient communément de diplomatie des otages, une pratique par laquelle un État use de ressortissants étrangers comme monnaie d’échange dans ses négociations diplomatiques. Être otage, ce n’est pas être en prison pour une infraction commise : c’est être instrumentalisé par un pouvoir étranger, au détriment de l’État dont on est le national.

L’État face à ses propres ressortissants en souffrance

Ce que l’épisode fiscal révèle, c’est une forme d’invisibilité institutionnelle du statut d’otage dans les procédures administratives françaises. L’État français a déployé des efforts diplomatiques pour obtenir la libération de ses ressortissants, Benjamin Brière, puis récemment Cécile Kohler et Jacques Paris. Mais une fois le retour effectué, ces mêmes ressortissants semblent réintégrer le flux ordinaire des administrés, sans que leur situation exceptionnelle soit systématiquement prise en compte dans les procédures auxquelles ils se trouvent soumis.

Il ne s’agit pas d’exiger un traitement de faveur. Il s’agit de constater qu’un État qui mobilise ses ressources diplomatiques pour obtenir la libération d’un otage devrait logiquement organiser, au retour de celui-ci, une prise en charge coordonnée, médicale, psychologique, juridique et administrative, qui évite précisément ce type de situation absurde. L’effort consenti à l’extérieur n’est pas prolongé à l’intérieur.

La Direction générale des Finances publiques affirme avoir pris des mesures pour éviter toute récidive. Cécile Kohler et Jacques Paris, rentrés en France après 4 ans de détention dans les prisons iraniennes, en seront les premiers tests. La promesse institutionnelle est faite. Reste à vérifier qu’elle se traduit en procédures effectives, et non en simple communication de crise. Car la crédibilité d’un État à protéger ses ressortissants à l’étranger dépend aussi de la manière dont il les traite quand ils rentrent.

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Source : 20minutes.fr

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