🔥 Les essentiels de cette actualité
- Le détroit d’Ormuz, par lequel transite un tiers du pétrole mondial, vient d’être officiellement fermé par l’Iran, qui menace d’attaquer tout navire tentant de passer.
- Le président serbe Vučić tire la sonnette d’alarme : un baril à 200 dollars pourrait plonger l’Europe dans un chaos économique sans précédent depuis les chocs pétroliers des années 1970.
- Derrière la crise, un constat accablant : des décennies de renoncement à la souveraineté énergétique ont laissé l’Europe sans aucune option crédible pour répondre à la menace.
- La France, jadis dotée d’une diplomatie arabe indépendante et d’un nucléaire souverain, paierait un prix particulièrement amer pour ses abandons stratégiques successifs.
Les mots d’Aleksandar Vučić résonnent comme un tocsin dans le silence assourdissant des capitales européennes. « Les prix du pétrole vont tous nous tuer. L’Europe va tomber en enfer à cause de la fermeture du détroit d’Ormuz. » Le président serbe, habitué aux francs-parlers que les chancelleries occidentales jugent inconvenants, pose le diagnostic que nos dirigeants refusent obstinément de formuler : l’Europe est nue face à la tempête énergétique qui s’annonce.
La fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran n’est plus une hypothèse d’état-major, mais une réalité proclamée. Le brigadier général Ibrahim Jabbari, conseiller du commandant des Gardiens de la Révolution, l’a annoncé sans ambages sur la télévision d’État iranienne : le passage est fermé et tout navire qui tenterait de forcer le blocus sera attaqué et incendié.
« Le détroit d’Ormuz est fermé. Nous attaquerons et mettrons le feu à chaque navire tentant de passer. Le prix du pétrole a atteint 82 dollars, et le monde s’attend définitivement à ce qu’il atteigne au moins 200 dollars. Nous attaquerons également les oléoducs et ne permettrons pas à une seule goutte de pétrole de quitter la région. »
Ces paroles, d’une brutalité assumée, décrivent un scénario catastrophe que les experts énergétiques redoutent depuis des décennies. Un tiers du pétrole transporté par voie maritime dans le monde transite par ce goulet de trente-trois kilomètres de large entre l’Iran et Oman. Une part considérable du gaz naturel liquéfié emprunte également cette artère vitale. La « veine jugulaire » de la sécurité énergétique mondiale, selon l’expression consacrée, est désormais sectionnée.
L’impasse stratégique européenne
Que fait l’Europe face à cette menace existentielle ? Elle contemple, impuissante, les conséquences de décennies d’aveuglement stratégique. Le continent qui s’est voulu exemplaire en matière de transition énergétique, qui a multiplié les fermetures de centrales nucléaires et les moratoires sur l’exploitation de ses ressources, se retrouve aujourd’hui à la merci des convulsions géopolitiques du golfe Persique.
La leçon aurait pourtant dû être tirée. La crise ukrainienne avait déjà révélé la dépendance mortifère de l’Europe au gaz russe. Les gouvernements européens avaient alors juré, la main sur le cœur, de ne plus jamais se laisser prendre en otage énergétique. Qu’ont-ils fait depuis ? Ils ont substitué une dépendance à une autre, troquant les pipelines russes contre les méthaniers du Golfe, sans jamais s’attaquer à la racine du problème : l’absence de souveraineté énergétique.
Vučić, lui, ne s’embarrasse pas de précautions diplomatiques. La Serbie, candidate perpétuelle à l’Union européenne mais jamais vraiment intégrée, conserve cette liberté de ton que Bruxelles a depuis longtemps perdue. Le président serbe dit tout haut ce que les dirigeants européens pensent tout bas, paralysés par la crainte de froisser leurs partenaires atlantiques engagés dans le bras de fer avec Téhéran.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit. La fermeture du détroit d’Ormuz intervient « en réponse aux attaques des États-Unis et d’Israël », selon les termes du général Jabbari. L’Europe se trouve prise dans un étau qu’elle n’a pas choisi : solidaire, par traité, d’une politique américaine au Moyen-Orient, elle en subira les conséquences économiques sans avoir eu voix au chapitre dans les décisions qui y ont conduit.
Le prix de la vassalité
Le baril à 200 dollars, perspective évoquée par Téhéran elle-même, signifierait pour les économies européennes un choc d’une violence inouïe. L’inflation, déjà difficilement maîtrisée, repartirait à la hausse. Les ménages, les entreprises et les agriculteurs verraient leurs coûts exploser. Les classes moyennes, déjà éprouvées par des années de politique économique défavorable, seraient laminées.
Vučić parle d’« enfer » économique. Le terme n’est pas excessif. Un pétrole à ce niveau de prix déclencherait une récession d’ampleur historique, comparable aux chocs pétroliers des années 1970, mais dans une économie européenne infiniment plus fragile, plus endettée et plus désindustrialisée qu’elle ne l’était alors.
La France, en particulier, mesurerait amèrement les conséquences de ses renoncements successifs. Pays qui disposait jadis d’une diplomatie arabe indépendante, d’une politique énergétique autonome fondée sur le nucléaire et d’une capacité à parler à tous les acteurs régionaux, elle s’est progressivement alignée sur des positions qui ne sont pas les siennes. Elle en paierait le prix, comme les autres, sans avoir les moyens d’infléchir le cours des événements.
Les alternatives au détroit d’Ormuz existent sur le papier. Des oléoducs traversent la péninsule arabique et des routes maritimes contournent la zone. Mais le général iranien a prévenu : les pipelines seront également ciblés. « Pas une seule goutte de pétrole » ne quittera la région. La menace est totale et les capacités iraniennes de la mettre à exécution ne doivent pas être sous-estimées.
Face à cette situation, l’Europe n’a que de mauvaises options. Intervenir militairement pour forcer le passage ? Elle n’en a ni les moyens ni la volonté. Négocier avec Téhéran ? Elle n’a plus aucune crédibilité depuis qu’elle a abandonné l’accord nucléaire sous pression américaine. Accélérer sa transition énergétique ? Les délais se comptent en décennies et la crise est là, maintenant.
Il reste l’option que personne n’ose formuler : repenser intégralement la posture stratégique européenne. Cesser de sous-traiter sa sécurité énergétique aux aléas du marché mondial. Reconstituer des stocks stratégiques dignes de ce nom. Relancer massivement le nucléaire. Exploiter les ressources disponibles sur le sol européen. Retrouver, en somme, les réflexes de souveraineté que cinquante ans de mondialisation heureuse ont fait oublier.
Aleksandar Vučić, depuis Belgrade, observe l’Europe avec le regard lucide de celui qui n’en fait pas partie. Son avertissement vaut mise en garde : les nations qui ont renoncé à maîtriser leur destin énergétique ont renoncé à maîtriser leur destin tout court. L’enfer qu’il annonce n’est pas une fatalité. C’est le prix de décennies d’impéritie stratégique. Il est peut-être encore temps d’en tirer les leçons. Mais le temps, précisément, est la ressource dont l’Europe manque le plus cruellement.
IMPORTANT - À lire
Souveraineté énergétique, vassalité atlantique, choc pétrolier à venir : ces enjeux méritent une analyse plus profonde qu'un seul article. Notre revue papier mensuelle décrypte chaque mois ces crises géopolitiques qui façonnent notre destin.
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