🔥 Les essentiels de cette actualité
- Friedrich Merz vient de briser un tabou : le chancelier allemand reconnaît publiquement que l’immigration de masse représente un risque existentiel pour l’Europe, un aveu que la classe politique refusait de formuler depuis des décennies.
- Derrière la prudence diplomatique de Berlin sur l’Iran se cache une réalité brutale : l’Allemagne redoute qu’un effondrement de Téhéran déclenche un exode de 90 millions d’habitants, soit cinq fois la population syrienne d’avant-guerre.
- Le « scénario syrien » hante désormais les chancelleries européennes. Les fractures provoquées par l’arrivée d’un million de Syriens en 2015 n’ont toujours pas été résorbées — et personne ne veut revivre ce séisme démographique.
- La France est exposée au même risque, mais nos dirigeants n’ont pas encore la lucidité — ou le courage — de poser le problème dans les mêmes termes que Merz.
Il aura donc fallu attendre qu’une guerre éclate aux portes de l’Europe et qu’un pays de quatre-vingt-dix millions d’habitants menace de s’effondrer pour que la question migratoire soit enfin posée dans les termes qui conviennent. Non plus comme un impératif moral auquel il serait obscène de se soustraire, mais comme un risque stratégique majeur que les nations européennes doivent anticiper et contenir. Friedrich Merz, chancelier allemand, vient d’opérer publiquement ce renversement de perspective, et l’on mesure à quel point ce basculement rhétorique constitue en soi un événement politique.
Interrogé au salon des artisans de Munich sur les conséquences potentielles des frappes américano-israéliennes contre l’Iran, le dirigeant conservateur n’a pas invoqué les droits de l’homme, la tradition d’accueil germanique ni la solidarité internationale. Il a parlé d’intérêts. D’intérêts allemands, d’intérêts européens. Une guerre sans fin, a-t-il martelé, n’est pas dans notre intérêt. L’économie iranienne ne doit pas s’effondrer. Il faut empêcher des mouvements migratoires incontrôlés.
«nous ne pouvons pas encore nous prononcer définitivement à ce sujet. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous insistons tant pour que l’Iran conserve son intégrité. Nous ne voulons pas voir se reproduire ici le scénario syrien, mais souhaitons que cet État fonctionne par lui-même»
Le « scénario syrien » : voilà le spectre qui hante désormais les chancelleries européennes. Plus d’un million de Syriens sont arrivés en Allemagne entre 2015 et 2016, dans le sillage d’une politique d’accueil voulue par Angela Merkel, dont les conséquences continuent de fracturer la société allemande. Merz, qui a considérablement durci la politique migratoire depuis son arrivée au pouvoir en mai dernier, sait pertinemment que son pays ne supporterait pas une réplique de ce séisme démographique. L’Iran compte plus de quatre-vingt-dix millions d’habitants, soit près de cinq fois la population syrienne d’avant-guerre.
L’aveu d’une vulnérabilité structurelle
Ce qui frappe dans les déclarations du chancelier allemand, c’est moins leur contenu que leur franchise. En reconnaissant publiquement que l’Allemagne redoute un effondrement de l’État iranien parce qu’elle craint d’en subir les conséquences migratoires, Merz admet une réalité que la classe politique européenne s’est longtemps refusée à formuler : les nations du continent sont structurellement vulnérables à toute déstabilisation de leur voisinage, proche ou lointain.
Cette vulnérabilité n’est pas une fatalité géographique. Elle est le produit de choix politiques accumulés pendant des décennies : absence de frontières intérieures efficaces, démantèlement progressif des capacités de contrôle aux frontières extérieures, cadre juridique européen rendant les reconduites quasi impossibles, et surtout cette idéologie de l’accueil inconditionnel qui a longtemps tenu lieu de politique migratoire.
Merz ne dit pas autre chose lorsqu’il affirme avoir exhorté Washington et Tel-Aviv à créer « dès que possible les conditions nécessaires à la stabilisation » de l’Iran. Le chancelier allemand négocie en position de faiblesse. Il supplie ses alliés de ne pas provoquer un chaos dont l’Allemagne paierait le prix. C’est l’aveu, à peine voilé, d’une impuissance : Berlin ne maîtrise ni le cours de la guerre ni ses propres frontières.
La France, dans cette configuration, se trouve dans une situation analogue. Nous n’avons pas davantage les moyens de peser sur les décisions stratégiques américaines ou israéliennes, et notre capacité à absorber ou refouler d’éventuels flux migratoires massifs demeure tout aussi incertaine. La différence, c’est que nos dirigeants n’ont pas encore la lucidité, ou le courage, de poser le problème dans ces termes.
Quand la géopolitique rattrape l’idéologie
Il y a quelque chose de vertigineux dans ce retournement. Pendant des années, quiconque osait évoquer les risques migratoires liés aux conflits moyen-orientaux était renvoyé aux marges du débat public, accusé de xénophobie ou de repli identitaire. Les mêmes qui, aujourd’hui, s’alarment d’un possible exode iranien qualifiaient hier de fantasme la perspective d’une submersion migratoire.
La réalité s’est chargée de trancher. Le « scénario syrien » évoqué par Merz n’est pas une hypothèse d’école. C’est un précédent historique dont les effets continuent de se faire sentir en Allemagne comme ailleurs. Montée de l’AfD, tensions communautaires, surcharge des services publics, difficultés d’intégration : les sociétés européennes n’ont pas digéré le choc de 2015.
Le chancelier allemand tire de cette expérience une conclusion logique : mieux vaut prévenir que subir. D’où son insistance pour que l’Iran conserve son « intégrité » et qu’un « gouvernement démocratiquement légitime » puisse s’y installer. On notera au passage l’optimisme de cette formulation. L’idée qu’une transition démocratique ordonnée puisse émerger des décombres d’un régime théocratique bombardé par des puissances étrangères relève davantage du vœu pieux que de l’analyse stratégique.
Mais l’essentiel est ailleurs. En plaçant explicitement la question migratoire au cœur de ses préoccupations géopolitiques, Merz rompt avec des décennies de déni. Il reconnaît que l’immigration de masse constitue un défi existentiel pour les nations européennes et que la préservation de leur cohésion sociale suppose une maîtrise effective des flux.
Cette prise de conscience tardive appelle une question : pourquoi a-t-il fallu attendre qu’une guerre menace de jeter des millions de personnes sur les routes pour que cette évidence soit enfin admise ? La réponse tient sans doute à l’aveuglement idéologique qui a longtemps prévalu dans les élites européennes. Un aveuglement que les faits viennent, inlassablement, dissiper.
Pour la France, la leçon devrait être claire. Si l’Allemagne, première puissance économique du continent, s’inquiète ouvertement de sa capacité à faire face à une nouvelle vague migratoire, que dire de notre pays, déjà fragilisé par des décennies d’immigration mal maîtrisée et d’intégration défaillante ? La prudence de Merz devrait nous inspirer. Non pas pour nous aligner sur ses positions diplomatiques, mais pour tirer enfin les conséquences d’une situation que nous refusons trop souvent de regarder en face.
Les propos du chancelier allemand ont au moins un mérite : ils replacent le débat sur le terrain du réel. Celui des intérêts nationaux, des rapports de force et des choix assumés. C’est sur ce terrain, et non sur celui des grands principes désincarnés, que se jouera l’avenir des nations européennes.
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Merz vient de dire tout haut ce que l'Europe pensait tout bas. Chaque mois, notre revue papier décrypte ces basculements géopolitiques que les grands médias n'osent pas nommer.
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