Zelensky menace Orbán pour débloquer 90 milliards d’euros : « Nous donnerons son adresse à nos forces armées ».

Zelensky menace Orbán pour débloquer 90 milliards d’euros : « Nous donnerons son adresse à nos forces armées ».

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Zelensky refuse de réparer l’oléoduc Droujba, privant la Hongrie et la Slovaquie de pétrole russe. Un bras de fer énergétique qui met à nu les contradictions profondes de la solidarité européenne.
  • Pour débloquer 90 milliards d’euros d’aide, Zelensky a adressé à Orbán une menace à peine voilée impliquant ses propres forces armées, provoquant une onde de choc jusqu’au sein de l’opposition hongroise.
  • Budapest riposte en bloquant sanctions et aides à l’Ukraine. Un État membre de l’UE et de l’OTAN déploie désormais des soldats pour protéger ses infrastructures d’une éventuelle attaque ukrainienne.
  • Bruxelles, étrangement silencieuse face à cette crise, laisse deux de ses membres se débrouiller seuls — révélant une solidarité européenne à géométrie très variable.

Voilà donc où nous en sommes. L’Europe, supposément unie face à l’agression russe, se déchire désormais publiquement autour d’un oléoduc endommagé, pendant que Volodymyr Zelensky adresse une menace à peine voilée au Premier ministre d’un État membre de l’Union européenne. Le spectacle offert ces derniers jours entre Kiev, Budapest et Bratislava illustre jusqu’à la caricature les contradictions d’une politique européenne qui prétend parler d’une seule voix tout en piétinant les intérêts vitaux de certains de ses membres.

Les faits sont les suivants : depuis le 27 janvier, l’oléoduc Droujba, frappé selon les autorités ukrainiennes par des drones russes, ne transporte plus de pétrole vers la Hongrie et la Slovaquie. Ces deux pays sont les derniers de l’Union européenne à dépendre encore significativement de cette route d’approvisionnement. Kiev affirme pouvoir réparer l’infrastructure en un mois ou un mois et demi, mais refuse de le faire. La raison invoquée par Zelensky est limpide : tant que la Russie fait la guerre à l’Ukraine, il n’a aucune intention de faciliter les livraisons de pétrole russe.

« Je vais être franc : ma position, partagée par les dirigeants européens, est que je ne réparerai pas cet l’oléoduc. »

Cette déclaration mérite qu’on s’y arrête. Le président ukrainien assume donc publiquement d’utiliser une infrastructure de transit comme levier de pression, non pas contre Moscou, mais contre des capitales européennes. Il le fait, précise-t-il, avec l’assentiment de certains « dirigeants européens ». Lesquels ? On aimerait le savoir. Car si tel est le cas, cela signifierait que des responsables européens cautionnent le fait de priver deux États membres de leur approvisionnement énergétique pour des raisons politiques.

Budapest refuse de plier

Face à cette situation, Viktor Orbán a choisi la confrontation. Le Premier ministre hongrois a annoncé qu’il bloquerait l’adoption d’un nouveau paquet de sanctions contre la Russie ainsi que l’octroi d’un prêt européen de 90 milliards d’euros à l’Ukraine, tant que le pétrole ne coulerait pas à nouveau dans l’oléoduc Droujba. Sur le réseau social X, il a été catégorique : « Il n’y aura pas de négociation, pas de compromis. Nous briserons le blocus pétrolier ukrainien par la force. L’énergie de la Hongrie coulera bientôt à nouveau par l’oléoduc de l’Amitié. »

La formule est volontairement martiale, même si Orbán n’a pas précisé ce qu’il entendait par « force ». Reste que le message est clair : Budapest ne cédera pas au chantage. On peut contester la politique d’Orbán, critiquer ses relations avec Moscou ou son style autoritaire. Mais sur ce dossier précis, peut-on lui donner entièrement tort ? Un État souverain a-t-il le droit de défendre son approvisionnement énergétique lorsque celui-ci est délibérément interrompu par un pays tiers ?

La Slovaquie se trouve dans une position similaire, bien que moins médiatisée. Ces deux nations, membres de plein droit de l’Union européenne, se voient aujourd’hui traitées comme des obstacles à la solidarité occidentale parce qu’elles refusent de se soumettre à une logique qui les pénalise directement. La question qui se pose est simple : la solidarité européenne est-elle à géométrie variable ?

Une escalade verbale inquiétante

L’affaire a pris un tour plus grave encore avec les propos tenus par Zelensky lors d’une conférence de presse à Kiev. Évoquant le blocage hongrois des 90 milliards d’euros d’aide, le président ukrainien a déclaré :

« Nous espérons qu’aucune personne au sein de l’Union européenne ne bloquera les 90 milliards d’euros ou la première tranche de 90 milliards d’euros, et que les soldats ukrainiens recevront leurs armes », a déclaré Zelensky.

« Sinon, nous communiquerons l’adresse de cette personne à nos forces armées, à nos soldats. Qu’ils l’appellent et lui parlent dans leur propre langue. »

Budapest a immédiatement interprété ces mots comme une menace de mort contre Viktor Orbán. Le ministre des Affaires étrangères Péter Szijjártó a réagi avec une fermeté inhabituelle :

« Il est tout à fait inacceptable que le président ukrainien Volodymyr Zelensky ait pratiquement menacé de mort le Premier ministre Viktor Orbán. La Hongrie ne se laissera pas intimider, quelles que soient les menaces proférées à son encontre », a déclaré M. Szijjártó lors d’une conférence de presse.

Même Péter Magyar, principal opposant à Orbán et candidat aux élections législatives d’avril, a condamné les propos de Zelensky

« Le président ukrainien a menacé le Premier ministre Viktor Orbán. Aucun chef d’État étranger ne peut menacer qui que ce soit, pas même un seul Hongrois

a-t-il déclaré lors d’un meeting électoral. Quand le pouvoir et l’opposition s’accordent sur un sujet aussi sensible en pleine campagne, c’est que la ligne rouge a été franchie.

Zelensky peut-il se permettre ce type de sorties ? Son pays est en guerre, certes, et la pression qu’il subit est immense. Mais menacer, même de manière détournée, un dirigeant européen parce qu’il défend les intérêts de son pays constitue une faute diplomatique majeure. L’Ukraine aspire à rejoindre l’Union européenne. Ce n’est pas en traitant certains de ses futurs partenaires comme des ennemis qu’elle facilitera son intégration.

Ce qui frappe dans cette crise, c’est l’absence totale de médiation européenne crédible. Bruxelles, si prompte à donner des leçons de solidarité, reste étrangement silencieuse lorsqu’il s’agit de concilier les intérêts légitimes de ses propres membres. On impose des sanctions à la Russie, on déverse des milliards vers Kiev, mais on laisse la Hongrie et la Slovaquie se débrouiller seules face à une rupture d’approvisionnement dont elles ne sont pas responsables.

Orbán a fait déployer des soldats et des policiers pour protéger les infrastructures énergétiques hongroises, craignant une attaque ukrainienne. Que cette crainte soit fondée ou non, le simple fait qu’un État membre de l’Union européenne et de l’OTAN envisage une telle hypothèse en dit long sur le niveau de confiance qui règne désormais au sein de l’alliance occidentale.

Cette affaire révèle une vérité que beaucoup préfèrent ignorer : dans les relations internationales, y compris entre alliés, seuls comptent les rapports de force et les intérêts nationaux. L’Ukraine défend les siens en refusant de réparer l’oléoduc. La Hongrie défend les siens en bloquant les aides. Chacun joue avec les cartes dont il dispose. Il serait temps que la France, elle aussi, réapprenne à jouer ce jeu sans naïveté, au lieu de s’en remettre systématiquement à une solidarité européenne qui n’existe que lorsqu’elle arrange les plus puissants.

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