Cuba après l’Iran : Trump assume ce que d’autres appelaient autrefois ingérence

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Trump l’a dit publiquement depuis la Maison Blanche : après l’Iran, Cuba sera « une question de temps ». Un programme de changements de régime assumé, ordonné et énoncé sans précaution rhétorique.
  • La méthode est déjà à l’œuvre : depuis janvier, aucune livraison de pétrole n’atteint Cuba, provoquant coupures d’électricité généralisées et crise économique aggravée pour une population déjà à bout.
  • Trump évoque ouvertement une opération militaire pour capturer le président cubain Diaz-Canel, affirmant qu’un tel raid « ne serait pas très difficile ».
  • Ce qui se joue dépasse le seul cas cubain : si Washington peut décider seul du sort des gouvernements qui lui déplaisent, chaque État souverain est en droit de se demander — qui est le prochain ?

Donald Trump l’a dit sans ambages, depuis la Maison Blanche, en marge d’une visite de l’équipe de football Inter Miami : Cuba, ce n’est « qu’une question de temps ». Après l’Iran, après le Venezuela, La Havane serait la prochaine étape d’une doctrine de recomposition forcée de l’ordre régional, conduite par Washington au rythme de ses appétits stratégiques. Ce qui se dessine n’est pas une politique étrangère au sens classique du terme, mais une logique de liquidation séquentielle des gouvernements jugés incompatibles avec les intérêts américains.

Les faits rapportés par la presse internationale sont suffisamment éloquents pour qu’on les laisse parler d’eux-mêmes. Les frappes conjointes américano-israéliennes contre l’Iran ont tué le guide suprême Ali Khamenei, plusieurs hauts commandants militaires et, selon le New York Times, environ 160 écolières parmi les centaines de civils qui ont péri. Trump, lui, se félicite de « démolir totalement l’ennemi ». Le sénateur républicain Lindsey Graham, sur Fox News, a aussitôt pointé vers Cuba : « Cuba est la prochaine sur la liste. » La séquence est assumée, publique, presque triomphante.

« Nous voulons d’abord en finir avec l’Iran. Ensuite, ce ne sera qu’une question de temps. »

Cette déclaration de Trump résume à elle seule la nature du projet. Il ne s’agit pas d’une réaction à une menace imminente, mais d’un programme ordonné de changements de régime, énoncé publiquement et assumé comme tel. Cuba n’a pas frappé les États-Unis. Cuba ne développe pas l’arme nucléaire. Cuba est simplement dans la ligne de mire parce que son gouvernement déplaît à Washington, et plus précisément à Marco Rubio, secrétaire d’État et fils d’immigrants cubains, que Trump a chaleureusement félicité pour son « travail fantastique » sur ce dossier.

Un blocus d’abord, une intervention ensuite

La méthode employée mérite d’être décrite avec précision. Depuis début janvier, aucune livraison de pétrole n’est parvenue à Cuba. Le blocus américain sur le pétrole vénézuélien, principale source d’approvisionnement de l’île, a été renforcé après la capture de Nicolas Maduro lors d’une opération américaine à Caracas. Le Mexique a également cessé ses livraisons sous pression de Washington. Résultat : des coupures d’électricité généralisées, des vols annulés et une crise économique aggravée pour une population qui n’a déjà pratiquement rien.

Trump s’attribue ouvertement le mérite de cet étranglement : « Nous avons coupé tout le pétrole, tout l’argent, tout ce qui venait du Venezuela, qui était la seule source », a-t-il déclaré à Politico, ajoutant que Cuba « veut conclure un accord ». La logique est transparente : asphyxier une population civile jusqu’à ce que son gouvernement capitule ou s’effondre. Si cela ne suffit pas, Trump a déjà évoqué la possibilité d’une opération militaire pour capturer le président cubain Miguel Diaz-Canel, affirmant qu’un tel raid « ne serait pas très difficile ».

La Russie a condamné ces mesures, les qualifiant de violations du droit international susceptibles de déstabiliser la région. Cette position, quelle que soit la valeur qu’on lui accorde, a au moins le mérite de nommer ce que beaucoup d’autres gouvernements préfèrent taire : ce qui se déroule en Amérique latine ressemble de moins en moins à de la diplomatie et de plus en plus à une logique de domination assumée.

Quand la puissance se passe de justification

Ce qui est frappant dans la séquence décrite par cet article, c’est l’absence totale de précaution rhétorique. Les administrations américaines ont longtemps habillé leurs interventions dans le lexique de la démocratie, des droits de l’homme et de la sécurité collective. Trump, lui, ne prend pas cette peine. Il dit vouloir peser sur le choix du successeur de Maduro au Venezuela, « Nous y serons très impliqués », il annonce que Cuba « va tomber » une fois l’Iran réglé, il laisse entendre qu’une opération militaire contre La Havane serait techniquement aisée. La brutalité du propos est, en un sens, sa seule cohérence.

Le magazine Time a résumé cette évolution en une couverture : huit casquettes MAGA, chacune portant le nom d’un pays frappé ou ciblé par Washington, Iran, Irak, Somalie, Nigeria, Équateur, Syrie, Venezuela, Yémen. Trump avait promis de mettre fin aux guerres. Il frappe désormais, selon le magazine, plus de pays en moins de temps que n’importe quel autre dirigeant américain moderne.

Pour un lecteur attaché au principe de souveraineté des nations, ce tableau est inquiétant à un niveau qui dépasse les seules orientations politiques du gouvernement cubain. Ce qui est ici en jeu, c’est la question de savoir si un État peut décider unilatéralement du sort des gouvernements qui lui déplaisent, par la pression économique ou par la force militaire, sans que la communauté internationale soit en mesure de lui opposer autre chose qu’une condamnation verbale. La réponse, au regard des faits rapportés, semble malheureusement être oui.

On peut ne pas éprouver la moindre sympathie pour le régime de La Havane et constater néanmoins que priver une population de pétrole, d’électricité et de nourriture afin de forcer un changement de gouvernement est une méthode qui, si elle était employée par n’importe quel autre acteur international, susciterait une réprobation unanime. Le droit international n’est pas un principe sélectif. Il vaut pour tous ou il ne vaut rien. Si Washington peut décider seul que telle nation doit « tomber », la question qui se pose à chaque État souverain est simple : qui est le prochain sur la liste ?

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