🔥 Les essentiels de cette actualité
- Pendant une crise majeure au Moyen-Orient menaçant l’approvisionnement en gaz britannique, l’armée britannique a diffusé un questionnaire sur le droit des soldats à porter du vernis à ongles et du mascara.
- Keir Starmer a d’abord refusé de soutenir les frappes américaines contre l’Iran, avant de faire une volte-face humiliante sous pression de Trump et de Tony Blair lui-même.
- Trump a comparé défavorablement Starmer à Winston Churchill et promis que Washington « se souviendrait » du refus britannique d’entrer en guerre aux côtés de ses alliés.
- Derrière l’anecdote du maquillage et l’hésitation stratégique, c’est un même mal profond qui ronge l’institution militaire britannique — et une leçon directe pour la France.
Pendant que des dépôts pétroliers iraniens brûlent, que des missiles frappent Dubaï, que le détroit d’Ormuz est fermé et que le Royaume-Uni se retrouve à quelques jours d’une pénurie de gaz, le ministère britannique de la Défense a trouvé le moment opportun pour diffuser un questionnaire à ses troupes. Sujet dudit questionnaire : faut-il autoriser les soldats masculins à porter du maquillage, du vernis à ongles et les cheveux plus longs ? La question, formulée dans le cadre d’une politique dite « gender-free », provient directement du quartier général de l’armée à Andover. On croit rêver.
Ce n’est pas seulement une question de mauvais timing, même si celui-ci est effectivement catastrophique. C’est une question de priorités. Une institution militaire engagée dans la préparation opérationnelle d’une crise régionale majeure consacre des ressources administratives à déterminer si le fond de teint doit rejoindre le paquetage réglementaire. Le ministre fantôme de la Défense, Mark Francois, a résumé l’absurdité de la situation avec une formule qui mérite d’être citée :
« Passer de la crème de camouflage au mascara a peu de chances de dissuader Poutine. »
Un porte-parole de l’armée s’est empressé de préciser qu’il ne s’agissait pas d’un sondage officiel et que l’armée restait concentrée sur sa « létalité et sa capacité de combat ». Soit. Mais le document existe, il a bien été diffusé et il illustre une dérive que l’on ne peut plus ignorer : celle d’une institution militaire dont une partie de l’appareil bureaucratique semble davantage préoccupée par les marqueurs idéologiques du moment que par l’efficacité opérationnelle.
Starmer face au miroir de la crise
Cette anecdote sur le maquillage ne serait qu’un détail savoureux si elle ne s’inscrivait pas dans un tableau politique plus sombre. Car pendant que des bureaucrates de la Défense peaufinent leurs enquêtes de sensibilisation, le Premier ministre Keir Starmer traversait lui-même une crise de leadership publique et humiliante. Le Royaume-Uni a d’abord refusé de participer aux frappes américano-israéliennes contre l’Iran, allant jusqu’à refuser aux forces américaines l’usage de ses bases. Une posture de retrait qui lui a valu une rebuffade cinglante de Donald Trump sur les réseaux sociaux.
« Le Royaume-Uni, notre ancien grand allié, peut-être le plus grand de tous, envisage enfin sérieusement d’envoyer deux porte-avions au Moyen-Orient. Très bien, Monsieur le Premier ministre Starmer, nous n’en avons plus besoin – mais nous nous en souviendrons. Nous n’avons pas besoin de ceux qui entrent en guerre après que nous ayons déjà gagné ! »
Trump a également comparé défavorablement Starmer à Winston Churchill. La pique est cruelle, mais elle pose une question politique réelle : quelle est la doctrine stratégique britannique dans ce conflit ? Starmer a fini par céder, en déployant le HMS Prince of Wales, des Typhoon supplémentaires et en autorisant finalement l’usage des bases de RAF Fairford et de Diego Garcia pour des opérations défensives américaines. Une volte-face en bonne et due forme qui confirme la lecture trumpienne : Londres a hésité, puis suivi.
Ce retournement a été encouragé, entre autres, par Tony Blair. Lors d’une réunion privée dont les propos ont filtré, l’ancien Premier ministre a adressé un message sans ambiguïté à son successeur travailliste :
« Nous aurions dû soutenir l’Amérique dès le début »
« Vous avez intérêt à être présent ! »
Blair a ajouté « Il ne s’agit pas de savoir s’il s’agit de tel ou tel président. S’ils sont votre allié, un allié indispensable, un pilier de votre sécurité… vous avez intérêt à être présents. » Il a conseillé à Starmer d’être « fort, présent et clair » sur la politique étrangère. Que l’on partage ou non la vision géopolitique de Blair, ses mots décrivent une réalité que Starmer lui-même a fini par reconnaître dans les actes, sinon dans le discours.
Ce que révèle cette crise britannique dépasse le seul cas Starmer. Une armée dont l’état-major envoie des sondages sur le vernis à ongles pendant une crise régionale majeure, et dont le gouvernement met plusieurs jours à décider s’il doit honorer ses engagements d’alliance, est une armée qui souffre d’un problème de cohérence entre ses ambitions affichées et ses réflexes institutionnels réels. Les deux phénomènes, l’enquête sur le maquillage et l’hésitation stratégique, ne sont pas sans lien : ils témoignent tous deux d’une certaine confusion sur ce qu’est, fondamentalement, une force armée et à quoi elle sert.
Pour la France, observatrice de cette séquence britannique, la leçon est claire. La crédibilité militaire ne se décrète pas dans les discours de souveraineté : elle se construit dans les arbitrages quotidiens, dans la clarté des priorités et dans la capacité à distinguer ce qui renforce la puissance de ce qui, sous couvert de modernité, la dilue. Londres vient d’offrir, involontairement, un cas d’école de ce qu’il ne faut pas faire.
IMPORTANT - À lire
L'hésitation de Starmer, le sondage sur le vernis à ongles, la rebuffade de Trump : ces signaux révèlent une crise profonde de la puissance occidentale. Notre revue papier décrypte ces dynamiques chaque mois.
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