🔥 Les essentiels de cette actualité
- Israël a détruit trente dépôts de carburant iraniens autour de Téhéran sans feu vert américain. La réaction de la Maison-Blanche : la stupeur.
- Trump ne s’inquiète pas des infrastructures civiles bombardées, mais du prix de l’essence. Son taux d’approbation a chuté de quatre points en une semaine.
- La mission de Kushner et Witkoff à Tel-Aviv a été annulée sans explication publique — un silence qui en dit long sur la profondeur du désaccord entre alliés.
- Le baril a frôlé 120 dollars, le détroit d’Ormuz est sous attaque. Le Wall Street Journal évoque « l’une des pires crises énergétiques depuis les années 1970 ».
La colère de Donald Trump contre son allié israélien dit beaucoup sur la nature réelle de cette guerre au Moyen-Orient. Ce n’est pas la colère d’un président trahi par un ennemi, c’est celle d’un commandant en chef qui réalise que sa propre coalition lui échappe et que les décisions les plus lourdes de conséquences se prennent sans lui, ou du moins au-delà de ce qu’il a autorisé.
Les faits sont là, bruts et peu flatteurs pour Washington. Le week-end dernier, Israël a détruit trente dépôts de carburant iraniens autour de Téhéran, provoquant des images d’apocalypse, incendies géants, colonnes de fumée noire et pluie d’huile sur les quartiers résidentiels. La réaction de la Maison-Blanche ? La stupeur. Un haut responsable américain a résumé la position de l’exécutif en trois mots : « Ce n’était pas une bonne idée. » La réaction israélienne, rapportée par Axios, a été tout aussi éloquente dans sa brutalité diplomatique : les Américains leur auraient simplement signifié leur désapprobation par un message que la presse a pudiquement censuré, mais dont la teneur ne laisse aucun doute sur le niveau d’exaspération.
« Le président n’apprécie pas cette attaque. Il veut préserver le pétrole. Il ne veut pas le gaspiller. Et cela rappelle aux gens la hausse des prix de l’essence »
Cette confidence d’un conseiller de Trump à Axios est précieuse, non pas pour ce qu’elle révèle de Trump l’homme, mais pour ce qu’elle dit de la logique qui gouverne la conduite de cette guerre. La préoccupation première n’est pas géopolitique, elle est domestique et électorale. Ce qui fâche le président américain, ce n’est pas la destruction d’infrastructures civiles iraniennes en soi, c’est le signal envoyé aux consommateurs américains à la pompe à essence. À 3,40 dollars le gallon en moyenne contre 2,90 avant le début du conflit, la guerre se traduit désormais en dollars quotidiens pour les Américains. Et les sondages le confirment : l’indice d’approbation de Trump est tombé à 44 %, son plus bas niveau depuis le début du conflit, en recul de quatre points en une seule semaine.
Une alliance qui se fissure sous la pression économique
La décision d’annuler la mission de Jared Kushner et Steve Witkoff à Tel-Aviv, un déplacement prévu pour rencontrer Benjamin Netanyahou, marque une rupture visible dans l’unité de façade que les deux alliés s’efforçaient de maintenir. Ni Washington ni Jérusalem n’ont daigné expliquer publiquement les raisons de cette annulation. Ce silence est en lui-même un aveu : il existe un désaccord réel, profond, que ni l’un ni l’autre camp n’est prêt à exposer au grand jour.
Ce désaccord porte sur la nature même de la guerre. Pour Israël, frapper les dépôts de carburant iraniens, c’est affaiblir la capacité militaire du régime des mollahs en remontant à sa source logistique. Les Forces de défense israéliennes le justifient explicitement : ces dépôts alimentent « différents consommateurs, dont les organes militaires » du régime. Pour Washington, en revanche, brûler du pétrole, c’est détruire une ressource que le marché mondial convoite et aggraver une crise énergétique que le G7 s’emploie d’urgence à contenir, notamment par la libération de réserves stratégiques.
Le baril de pétrole a frôlé 120 dollars avant de redescendre à 103 dollars lundi matin. La fermeture du détroit d’Ormuz, par lequel transite un cinquième du pétrole mondial, par des frappes de drones et de missiles iraniens a considérablement amplifié cette pression. Le Wall Street Journal évoque sans détour « l’une des pires crises énergétiques mondiales depuis les années 1970 ».
Ce que cette séquence révèle, c’est l’impossibilité croissante pour les États-Unis de contrôler une guerre qu’ils ont initiée mais dont ils ne maîtrisent plus les ramifications. Trump a affirmé que lui et Netanyahou prendront une décision « mutuelle » sur la fin du conflit. « Je pense que c’est réciproque… un peu. Nous en avons discuté. Je prendrai une décision au moment opportun, mais tout sera pris en compte », a-t-il déclaré au Times of Israel. Ce « un peu » dit tout de l’ambiguïté de la relation : Washington prétend piloter, mais admet en creux que son partenaire agit selon sa propre temporalité et ses propres objectifs.
Pendant ce temps, le coût humain s’alourdit. Le Pentagone a annoncé dimanche la mort d’un septième soldat américain, blessé lors d’une frappe iranienne sur une base militaire saoudienne le 1er mars et décédé des suites de ses blessures. Des images ont montré des incendies embrasant des quartiers entiers de Téhéran et des civils fuyant en désordre. Le nombre de victimes iraniennes de l’opération israélienne reste indéterminé.
Du côté iranien, la désignation de Mojtaba Khamenei, fils de l’ayatollah Ali Khamenei, comme nouveau guide suprême indique que le régime entend se perpétuer et non capituler, quelles que soient les promesses de Pete Hegseth sur une reddition de Téhéran. Ce type de prophétie victorieuse, proférée depuis Washington, a une fâcheuse tendance à se heurter à la réalité du terrain.
Ce que cette guerre illustre concrètement, c’est l’interdépendance brutale entre les décisions militaires et les effets économiques immédiats sur les populations. Lorsque la destruction d’infrastructures étrangères se répercute directement sur le porte-monnaie des citoyens américains, et par ricochet sur l’ensemble des économies occidentales, aucun discours sur la victoire ne suffit à masquer le coût réel. C’est précisément ce que Trump est en train d’apprendre à ses dépens : une guerre, même décidée depuis la Maison-Blanche, produit des effets qui échappent vite au calcul initial.
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Trump qui perd le fil, Netanyahou qui agit seul, l'Iran qui résiste : cette guerre révèle des dynamiques de pouvoir que l'actualité quotidienne effleure à peine.
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