🔥 Les essentiels de cette actualité
- Alors que les frappes israélo-américaines sur Téhéran ont tué Khamenei, Villepin accuse la France de rater l’histoire en restant muette face à une crise géopolitique majeure.
- Macron en visite à Chypre, le Charles de Gaulle déployé en Norvège : des choix que Villepin juge incompréhensibles au moment où le Moyen-Orient s’embrase.
- L’ancien ministre des Affaires étrangères propose des sanctions contre les États responsables et un principe inédit de réparation obligatoire devant l’Assemblée générale de l’ONU.
- Pendant que la France se tait, c’est l’Espagne de Pedro Sanchez qui sauve l’honneur européen — un constat aussi symbolique que cinglant pour le pays de De Gaulle.
Dominique de Villepin n’a jamais été de ceux qui ménagent leurs mots lorsqu’il s’agit de la guerre. C’est même, dans le paysage politique français actuel, l’une de ses rares constantes lisibles. Son intervention sur BFMTV le 8 mars ne dérogera pas à la règle : face au conflit qui embrase désormais le Moyen-Orient depuis les frappes israélo-américaines sur Téhéran et la mort d’Ali Khamenei, l’ancien ministre des Affaires étrangères a pris position avec la vigueur qu’on lui connaît, dénonçant à la fois l’irresponsabilité américaine et, plus sévèrement encore, la passivité française.
Ce qui frappe d’emblée dans ses déclarations, c’est qu’il ne se contente pas de critiquer Washington. Il retourne le regard vers Paris, et ce qu’il y voit ne semble guère le réjouir. La France, selon lui, « est en train de rater le coche, de rater l’histoire ». Non pas parce qu’elle participerait activement aux frappes, mais parce qu’elle ne dirait rien, ne ferait rien et ne pèserait rien. Cette inaction commentée, cette présence de façade, c’est précisément ce que Villepin juge insupportable pour un pays qui se targue encore d’une vocation universaliste.
« Il y a un moment où nous sommes obligés d’exiger du sérieux de la part des États-Unis. Cette administration n’est pas sérieuse, et je crois qu’il faut leur dire. »
La formule est tranchante, mais elle n’est pas gratuite. Elle pointe une réalité que nombre d’observateurs partagent en privé sans oser la formuler en public : l’administration Trump engage des actions aux conséquences géopolitiques considérables sans que les alliés européens osent élever la voix. Villepin, lui, ose. Et il ne s’arrête pas là, ajoutant que « tous les dirigeants du monde sont partenaires et acceptent cette farce ». L’accusation est lourde, mais elle pose une vraie question de responsabilité collective que la diplomatie de salon préfère esquiver.
Macron à Chypre, le Charles de Gaulle en Norvège : la France hors-jeu ?
Les critiques adressées à Emmanuel Macron sont, dans ce contexte, aussi concrètes que symboliques. Villepin s’interroge sur la pertinence de la visite présidentielle à Chypre au moment où une base britannique vient d’être frappée par un drone iranien. Sa position est claire : face à une crise d’une telle ampleur, « s’il y a un endroit où devrait être le Président de la République, c’est au Palais de l’Élysée pour coordonner l’action ». On peut ne pas partager cette lecture, la diplomatie de crise se fait aussi sur le terrain, mais l’argument n’est pas sans fondement : coordonner, c’est aussi savoir d’où l’on parle.
La question du porte-avions Charles de Gaulle, déployé en Norvège plutôt qu’en Méditerranée, est peut-être encore plus révélatrice. Villepin ne demande pas que la France entre en guerre. Il demande qu’elle soit en mesure de protéger ses ressortissants et de peser sur les événements depuis sa zone naturelle d’influence. Un porte-avions en Méditerranée, c’est une présence, un signal et une capacité d’action autonome. En Norvège, dans le contexte d’un conflit qui s’embrase au sud, c’est une France absente là où elle devrait compter.
Ces critiques logistiques rejoignent une conviction plus profonde : la France n’occupe pas la place qui devrait être la sienne dans cette crise. Et pendant ce temps, c’est Pedro Sanchez, le Premier ministre espagnol, qui « sauve l’honneur » européen selon Villepin. Que l’on partage ou non cette appréciation politique sur Sanchez, le constat implicite est cinglant : la France souveraine, celle qui dit non quand il le faut, serait aujourd’hui muette pendant qu’un gouvernement socialiste espagnol occupe le créneau qu’elle devrait tenir.
Sanctions et réparations : des propositions à prendre au sérieux
Sur le fond, Villepin avance deux propositions concrètes qui méritent d’être examinées sans les balayer d’un revers de main. La première : des sanctions économiques et politiques contre les États responsables de cette guerre, voire des poursuites judiciaires. La seconde : une résolution à l’Assemblée générale des Nations unies instituant un « principe de réparation », selon lequel tout pays engageant une intervention illégitime serait tenu de financer la reconstruction de ce qu’il a détruit.
« Tu détruis, tu répares », la formule, empruntée avec ironie à Gabriel Attal qui l’avait utilisée dans un tout autre contexte, résume une exigence de responsabilité que beaucoup jugent utopique mais que peu osent contester sur le plan moral. La vraie question est celle de la faisabilité : dans un Conseil de sécurité où le droit de veto américain bloquerait toute résolution contraignante, c’est bien à l’Assemblée générale que Villepin loge son espoir, seule instance où la règle du veto ne s’applique pas. C’est fragile, symbolique peut-être, mais pas insignifiant.
Ce qui est frappant dans la démarche de Villepin, c’est qu’elle repose sur une exigence de cohérence : si la France se réclame du droit international, elle doit être prête à en défendre les principes, y compris quand cela déplaît à Washington. Ce n’est pas de l’antiaméricanisme primaire, c’est de la politique étrangère assumée. La France peut entretenir des relations avec les États-Unis tout en refusant de cautionner par son silence des actions qu’elle juge illégitimes. Cette distinction, le gaullisme l’a toujours posée comme un principe fondateur.
Reste à savoir si quelqu’un, à l’Élysée ou dans les couloirs du Quai d’Orsay, entend encore ce registre. Les déclarations de Villepin auront fait le tour des plateaux télévisés. Elles n’auront probablement pas modifié d’un millimètre la posture officielle française. Et c’est peut-être là, plus que dans la guerre elle-même, que réside la vraie tristesse du diagnostic : non pas que la France soit impuissante, mais qu’elle ne semble plus vouloir essayer de ne pas l’être.
IMPORTANT - À lire
La passivité française face aux crises géopolitiques, Villepin la nomme — mais qui l'analyse en profondeur ? Chaque mois, notre revue papier décrypte ces renoncements stratégiques et leurs conséquences durables sur la place de la France dans le monde.
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