Iran : le plan américain pour saisir l’uranium pourrait mener à une guerre terrestre

Iran : le plan américain pour saisir l’uranium pourrait mener à une guerre terrestre

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Neuf jours après le début de l’opération Epic Fury, les États-Unis et Israël dominent le ciel iranien. Mais aucune guerre n’a jamais été gagnée par les seules frappes aériennes — et ce conflit ne fera pas exception.
  • L’objectif réel de la campagne est de sécuriser 450 kg d’uranium enrichi iranien. Problème : récupérer ces matières dans des bunkers souterrains fortifiés implique nécessairement des troupes au sol, une option que Trump exclut publiquement.
  • Plus de 1 200 civils tués, des quartiers de Tel-Aviv dévastés, des bases américaines ciblées au Koweït et en Arabie saoudite : la riposte iranienne dépasse largement ce qu’anticipaient les planificateurs occidentaux.
  • Washington envisage de « changer la carte de l’Iran » et de s’emparer de son principal terminal pétrolier. Les véritables motivations de cette guerre n’ont peut-être que peu à voir avec le nucléaire.

L’Iran sous les bombes : quand la suprématie aérienne ne suffit pas à gagner une guerre

Neuf jours après le déclenchement de l’opération Epic Fury, les États-Unis et Israël revendiquent une domination totale du ciel iranien. Téhéran brûle, ses dépôts pétroliers s’effondrent en colonnes de fumée noire, le Guide suprême Khamenei a été tué dès les premières heures du conflit. Pourtant, une question lancinante traverse les chancelleries et les états-majors : et maintenant ?

La supériorité aérienne, aussi écrasante soit-elle, n’a jamais suffi à remporter une guerre. En cent ans de bombardements stratégiques modernes, aucun exemple ne démontre qu’une nation puisse être contrainte à la capitulation par les seules frappes venues du ciel. Le Vietnam, la Serbie, l’Irak, l’Afghanistan : autant de précédents qui auraient dû éclairer les stratèges de Washington.

L’objectif affiché de cette campagne militaire est de sécuriser les quelque 450 kilogrammes d’uranium enrichi à 60 % détenus par l’Iran, matière potentiellement utilisable pour fabriquer une arme nucléaire. Mais comme le rapporte Axios, atteindre cet objectif « nécessiterait probablement la présence de troupes américaines ou israéliennes sur le sol iranien », impliquant de « naviguer dans des installations souterraines lourdement fortifiées en pleine guerre ».

« Les gens vont devoir aller le chercher », a déclaré le secrétaire d’État Marco Rubio lors d’une audition au Congrès, sans préciser qui.

Cette formulation volontairement évasive trahit l’embarras de l’administration Trump. Le président a répété qu’aucune troupe terrestre américaine ne serait engagée, conscient de l’impopularité massive d’une telle perspective auprès de l’opinion publique. Mais les faits sont têtus : récupérer ou neutraliser de l’uranium hautement enrichi dans des bunkers souterrains nécessite, selon les experts nucléaires consultés par CNN, des équipements de construction et d’excavation, une unité spécialisée de l’armée pour la manipulation de matières nucléaires et, idéalement, la présence d’inspecteurs de l’AIEA.

Comment envisager une telle opération sans effondrement préalable du régime iranien ? Les responsables américains et israéliens semblent parier sur un changement de régime provoqué par l’intensité des bombardements. C’est là que le raisonnement stratégique vacille dangereusement.

La destruction comme impasse

Les images qui nous parviennent de Téhéran sont apocalyptiques. Des pluies noires chargées de pétrole s’abattent sur une métropole comparable en taille à New York. Les dépôts de carburant des forces armées iraniennes brûlent depuis la nuit de samedi. Un professeur de l’université de Téhéran, Foad Izadi, dénonce des frappes délibérément programmées avant les précipitations afin de maximiser la contamination.

« Si ce type d’attaques se poursuit, la population va tomber malade, et rien n’indique que Trump et Netanyahou mettent fin à leur guerre contre l’Iran », a-t-il déclaré à Al Jazeera, évoquant « un désastre environnemental majeur ».

Le bilan humain s’alourdit inexorablement. Selon l’agence HRANA, pourtant réputée proche de l’opposition iranienne et basée en Virginie, au moins 1 205 civils ont été tués en Iran depuis le début des frappes, dont 194 enfants. Dans l’ensemble de la région, on compte plus de 1 400 morts, incluant des pertes croissantes côté israélien. Sept militaires américains ont été tués, le dernier succombant à ses blessures dans la nuit de samedi.

L’Iran riposte, avec une intensité que les planificateurs occidentaux semblent avoir sous-estimée. Les Gardiens de la Révolution revendiquent la destruction de quatre radars du système THAAD américain. Tel-Aviv subit des frappes de missiles et de drones qui font ressembler certains quartiers à Gaza, selon les images diffusées sur les réseaux sociaux. Les bases américaines au Koweït, en Arabie saoudite et aux Émirats sont ciblées, tandis que le Pentagone censure ostensiblement les images satellites révélant l’étendue des dégâts.

Trita Parsi, analyste irano-américain, résume un basculement significatif : « De nombreux Irano-Américains étaient heureux de voir Khamenei tué, mais ils se retournent désormais contre la guerre, à mesure qu’il devient évident que le pays est en train d’être détruit et que l’espoir d’un effondrement rapide de la théocratie s’évanouit. »

C’est peut-être là l’erreur fondamentale de cette campagne : croire qu’en décapitant le régime et en ravageant les infrastructures nationales, on précipiterait sa chute. L’histoire enseigne le contraire. Les bombardements intensifs soudent généralement les populations autour de leurs dirigeants, fussent-ils détestés. L’Assemblée des experts iranienne a d’ailleurs annoncé avoir déjà choisi le successeur de Khamenei, avec cette formule lourde de sens : « Le nom de Khamenei continuera. »

Plus inquiétant encore, Donald Trump évoque désormais ouvertement la possibilité de « changer la carte de l’Iran », allant au-delà du simple changement de régime vers un démantèlement territorial de la nation. Une telle perspective, combinée aux destructions massives des infrastructures nationales, ne peut que radicaliser la résistance iranienne et transformer ce conflit en guerre existentielle.

Washington envisage également de s’emparer de l’île de Kharg, principal terminal d’exportation pétrolière iranien. « Ce que nous voulons, c’est faire sortir ces immenses réserves de pétrole d’Iran des mains des terroristes », a déclaré le conseiller de la Maison Blanche Jarrod Agen. Les motivations réelles de cette guerre se précisent et elles n’ont que peu à voir avec la non-prolifération nucléaire.

Pendant ce temps, la Chine continue de charger ses supertankers à Kharg, traversant le détroit d’Ormuz sans encombre. Pékin observe, prend note et tire ses conclusions sur la fiabilité des garanties américaines et la capacité de Washington à imposer sa volonté par la force brute.

Les Européens, eux, tentent maladroitement de se positionner. Macron dépêche le Charles de Gaulle en Méditerranée et se rend à Chypre après que des drones iraniens ont frappé l’île. Mais la France, comme l’Italie, se contente de renforcer ses défenses anti-aériennes sans s’engager dans l’opération Epic Fury. La Suisse dénonce des violations du droit international, l’Espagne condamne des bombardements « irresponsables et illégaux ».

L’Amérique et Israël sont seuls dans cette guerre. Cette solitude devrait les interroger sur la sagesse de leur entreprise. Si cette campagne échoue à atteindre ses objectifs stratégiques déclarés, sécuriser l’uranium enrichi et neutraliser la menace nucléaire iranienne, que restera-t-il sinon des ruines, des milliers de morts, une région plus instable que jamais et un Iran qui, ayant survécu à cette épreuve du feu, n’aura plus aucune raison de renoncer à l’arme atomique ?

Les Corps des Gardiens de la Révolution l’ont annoncé clairement : « Le volume et la profondeur des attaques des forces armées iraniennes sur l’ennemi vont s’étendre dans les heures et les jours à venir. » La guerre ne fait que commencer et personne ne sait comment elle finira.

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