🔥 Les essentiels de cette actualité
- 53 % des Américains veulent qu’Andrew témoigne devant le Congrès sur ses liens avec Epstein — un chiffre qui traduit une crise de légitimité profonde des deux côtés de l’Atlantique.
- Plus de 3,5 millions de pages de fichiers Epstein viennent d’être rendues publiques, révélant des connexions troublantes avec des personnalités politiques et aristocratiques de premier plan.
- De l’argent royal britannique aurait servi à étouffer l’affaire Virginia Giuffre : un règlement amiable estimé à 12 millions de livres sterling, sans jamais passer par la justice.
- L’Epstein Files Transparency Act adopté à 427 voix contre une seule — quand une affaire de prédation réunit l’Amérique fracturée comme aucun autre sujet ne l’avait fait.
Le Congrès américain a beau ne pas pouvoir contraindre un ressortissant étranger à témoigner par voie de subpoena, il n’en reste pas moins que la pression politique et morale exercée sur Andrew Mountbatten-Windsor, ancien prince du Royaume-Uni, atteint désormais une intensité sans précédent. Selon un sondage exclusif du Daily Mail, 53 % des Américains souhaitent le voir répondre de ses liens avec Jeffrey Epstein devant la commission de surveillance de la Chambre des représentants. Ce chiffre, dans sa sobriété, dit quelque chose d’important : l’affaire Epstein n’est pas une querelle de palais ni un feuilleton judiciaire de plus. C’est une crise de légitimité qui ronge les institutions des deux côtés de l’Atlantique.
Ce qui se joue à Washington depuis plusieurs semaines dépasse largement la personne d’Andrew. Richard Kahn, ancien avocat et comptable d’Epstein, comparaît en déposition. Darren Indyke, son ex-conseiller juridique personnel, suivra. Bill et Hillary Clinton ont été auditionnés. L’ancien attorney general Bill Barr également. La liste s’allonge et, avec elle, l’impression tenace que le réseau Epstein a traversé les cercles du pouvoir américain avec une aisance qui ne saurait s’expliquer par le seul hasard mondain.
Quand les élites des deux rives sont convoquées
C’est dans ce contexte que l’Attorney General Pam Bondi a rendu publics, en fin de semaine, de nouveaux fichiers Epstein jusqu’alors « incorrectement codés comme duplicatifs », euphémisme bureaucratique pour désigner des documents retenus sans que cela soit, dit-on, délibéré. Plus de 3,5 millions de pages ont ainsi été versées au dossier. Parmi elles, des allégations troublantes impliquant des personnalités de premier plan. Bondi elle-même a été citée à comparaître par le Congrès, des républicains ayant rompu les rangs face à la gestion jugée insuffisante de l’administration sur ce dossier. Rarement une affaire judiciaire aura autant mis à nu les fractures internes d’un parti au pouvoir.
Du côté britannique, la situation n’est guère plus reluisante. Peter Mandelson, ancien ambassadeur du Royaume-Uni à Washington sous Keir Starmer, et Andrew lui-même ont été arrêtés le mois dernier en Angleterre et placés sous enquête pour « faute dans l’exercice de fonctions publiques ». Andrew, dont le nom apparaît, selon une analyse du Daily Mail, pas moins de 1 821 fois dans les fichiers Epstein, a été dépouillé de ses titres princiers en octobre et contraint de quitter sa résidence de Royal Lodge. Il dément toute faute.
« Il se produit en Grande-Bretagne un règlement de comptes qui doit également avoir lieu aux États-Unis : un prince a perdu son titre, l’ambassadeur aux États-Unis a perdu son poste. Nous devons voir les mêmes types de conséquences ici. »
Ces mots sont ceux du représentant républicain Thomas Massie, prononcés avant le vote sur l’Epstein Files Transparency Act, adopté par 427 voix contre une. Ils résument une exigence qui, pour une fois, transcende les clivages partisans habituels. Son collègue démocrate Ro Khanna a abondé dans le même sens, affirmant qu’Andrew devait témoigner devant la commission de surveillance et que l’urgence démontrée par le peuple britannique dans la quête de justice devait « inspirer une urgence similaire en Amérique ».
La responsabilité des élites en question
Ce parallèle transatlantique mérite que l’on s’y arrête. Il ne s’agit pas de comparer des systèmes institutionnels différents ni de céder à une fascination malsaine pour les turpitudes des grands de ce monde. Ce qui est en jeu, c’est quelque chose de plus fondamental : la capacité d’une société à tenir ses élites pour responsables de leurs actes, au même titre que n’importe quel citoyen ordinaire.
L’affaire Epstein illustre avec une clarté brutale ce que l’on pourrait appeler la tentation de l’impunité par le réseau. Pendant des années, un financier condamné pour des faits de prostitution de mineure a continué à côtoyer les sphères du pouvoir politique, économique et aristocratique, en Europe comme en Amérique. Les faits sont là, documentés, photographiés, répertoriés dans des millions de pages. La question n’est plus de savoir si des personnalités haut placées ont entretenu des liens avec Epstein, elles l’ont fait. La question est de savoir si ces liens seront examinés avec la même rigueur que l’on appliquerait à un inconnu.
Virginia Giuffre, l’une des victimes les plus connues d’Epstein, avait accusé Andrew d’agression sexuelle. Un règlement amiable a été conclu en 2022, largement estimé à 12 millions de livres sterling. Andrew n’a jamais admis sa culpabilité. Mais une chose est certaine : l’argent public de la famille royale britannique a servi à étouffer une affaire que la justice aurait dû trancher. Ce n’est pas un détail. C’est précisément le genre de mécanisme, le recours aux ressources et aux connexions pour contourner la vérité judiciaire, qui alimente la défiance des peuples envers leurs institutions.
L’ironie de la situation veut que ce soit le Congrès américain, institution souvent décriée pour ses propres dysfonctionnements, qui incarne aujourd’hui la pression la plus visible pour que justice soit rendue. Le vote quasi unanime sur l’Epstein Files Transparency Act, 427 contre 1, est un signal politique fort : même dans un pays fracturé à l’extrême, il existe encore des causes capables de rassembler au-delà des lignes de parti. La transparence sur les réseaux d’abus et de prédation en est une.
Ce que cette affaire révèle, en définitive, c’est l’existence d’une aristocratie informelle du pouvoir, politique, financière et médiatique, qui s’est longtemps crue au-dessus des lois ordinaires. La chute progressive, des deux côtés de l’Atlantique, des personnalités impliquées dans l’orbite Epstein ne doit pas être lue comme une victoire d’un camp sur un autre. Elle doit être comprise comme le signal que les sociétés démocratiques, lorsqu’elles fonctionnent, savent encore exiger des comptes. La question reste ouverte : est-ce une correction ponctuelle ou le début d’une exigence durable de responsabilité ?
IMPORTANT - À lire
L'affaire Epstein révèle une aristocratie du pouvoir qui se croit au-dessus des lois. Notre revue papier mensuelle décrypte ces réseaux d'influence qui façonnent le monde en coulisses.
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