1973 : et si l’histoire énergétique était en train de se répéter ?

1973 : et si l’histoire énergétique était en train de se répéter ?

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Le prix du baril a failli doubler en quelques jours après le conflit en Iran. Une vulnérabilité énergétique que la France connaît depuis 1973, et qu’elle n’a toujours pas su définitivement corriger.
  • Face aux chocs pétroliers des années 70, la France avait répondu par une décision historique : le plan Messmer et la construction d’un parc nucléaire souverain. Un pari gagné… mais depuis fragilisé par des décennies d’hésitations.
  • Décarbonation et souveraineté énergétique ne s’opposent pas — elles doivent être menées simultanément. Le sénateur Stéphane Piednoir trace une feuille de route concrète pour y parvenir.
  • Nucléaire de 4ᵉ génération, petits réacteurs modulaires, électrification massive : la France dispose des atouts pour ne plus subir. Ce qui lui manque, c’est la continuité d’une volonté politique.

Le conflit en Iran a suffi à faire quasiment doubler le prix du baril de pétrole brut en quelques jours. Ce seul chiffre devrait clore le débat sur la nature de notre dépendance aux énergies fossiles, et pourtant il ne fait que le rouvrir, comme à chaque fois que le monde traverse une turbulence géopolitique. Stéphane Piednoir, sénateur du Maine-et-Loire, prend la plume pour rappeler ce que certains s’obstinent à oublier : la France a déjà su répondre à ce type de défi avec audace, et elle doit le faire à nouveau.

Le parallèle avec 1973 n’est pas une coquetterie rhétorique. Quand la guerre du Kippour éclata et que les pays de l’OPEP décidèrent de réduire drastiquement leur production, les économies occidentales découvrirent brutalement leur propre fragilité. L’inflation s’emballa, les certitudes s’effondrèrent et, pour la première fois, l’opinion publique prit conscience de ce que signifiait concrètement une dépendance énergétique. Cinquante ans plus tard, la leçon n’a manifestement pas été pleinement intégrée. Quatre ans après le même constat sur le gaz, rendu douloureux par la guerre en Ukraine, c’est désormais le pétrole qui joue à nouveau son rôle de révélateur des vulnérabilités structurelles de nos économies.

Ce qui rend la situation actuelle particulièrement inconfortable, c’est la superposition des contraintes. La nécessité de décarboner nos économies pour répondre au défi climatique n’est pas une option négociable, elle s’ajoute à l’impératif de souveraineté énergétique sans s’y substituer. Les deux exigences doivent être menées de front et c’est précisément là que la clarté de vue devient indispensable.

« Toute autre attitude relèverait de la schizophrénie : les pays qui sauront conjuguer sécurité énergétique et décarbonation seront les leaders de demain, capables d’offrir à leur population des perspectives économiques et environnementales durables. »

Piednoir a raison d’invoquer le plan Messmer. Lancé sous la présidence de Georges Pompidou en réponse au premier choc pétrolier, ce programme de construction d’un parc électronucléaire d’envergure fut l’une des décisions industrielles les plus structurantes de la Ve République. La France, dépourvue de ressources naturelles fossiles, choisit de ne pas subir. Elle fit le pari de la souveraineté et elle le gagna. À la fin des années 1990, elle était leader mondial dans ce domaine. Ce rappel n’est pas nostalgique, il est programmatique.

L’électrification comme axe stratégique, le nucléaire comme colonne vertébrale

Aujourd’hui, l’électricité ne représente que 27 % de l’énergie consommée sur le territoire français. À l’échelle mondiale, le charbon, le pétrole et le gaz couvrent encore plus de 80 % du mix énergétique. Ces chiffres donnent la mesure du chemin restant à parcourir et de l’ampleur des transformations à engager dans des délais que le sénateur qualifie lui-même de « raisonnables, c’est-à-dire le plus rapidement possible ».

La feuille de route que dessine Piednoir est volontairement large : électrification des usages dans tous les secteurs, développement des moyens de production de chaleur, promotion de la géothermie trop souvent négligée, maintien d’une filière batteries face à la concurrence asiatique, formation des compétences nécessaires. De la construction à l’industrie, du chauffage aux mobilités, aucun pan de l’économie n’est épargné par cette révolution que l’auteur appelle de ses vœux.

Mais cette montée en puissance de l’électricité ne peut reposer sur les seules énergies intermittentes. C’est le cœur de l’argument : une production stable, pilotable et soutenable est indispensable, et c’est exactement ce que permet la filière nucléaire, avec en prime des émissions de CO2 très faibles. La sobriété énergétique reste un levier précieux, « l’énergie la moins chère est toujours celle que l’on ne consomme pas », rappelle-t-il, mais elle ne saurait tenir lieu de politique industrielle.

Le sénateur prend soin de préciser qu’il ne s’agit pas de ressusciter le modèle des années 1970 à l’identique. La filière nucléaire doit se réinventer : réacteurs de quatrième génération, petits réacteurs modulaires, gestion rigoureuse des déchets accumulés depuis un demi-siècle. L’ambition est donc double, retrouver la maîtrise et innover sans opposer l’une à l’autre.

Ce que cette tribune souligne en creux, c’est le coût des atermoiements des dernières années. Les « volte-face » que Piednoir mentionne sans les nommer explicitement ont une réalité concrète : des décisions différées, des filières fragilisées, une dépendance que chaque crise géopolitique vient cruellement rappeler. La France dispose des atouts pour ne pas subir. Ce qui lui a parfois manqué, c’est la continuité de la volonté politique. C’est précisément ce que cette nouvelle crise, pour peu qu’on accepte de l’entendre, doit contribuer à restaurer.

IMPORTANT - À lire

Souveraineté énergétique, nucléaire, géopolitique du pétrole : notre revue papier mensuelle approfondit chaque mois ces enjeux avec des analyses inédites.

Rejoignez les lecteurs qui refusent de subir l'actualité et abonnez-vous pour recevoir chaque mois une lecture de fond, loin du bruit médiatique.

Previous Article

Affaire Epstein : les Américains exigent que le prince Andrew témoigne

Next Article

Affaire Epstein : une gardienne de prison assignée à comparaître devant le Congrès