Dubaï : un touriste britannique risque 2 ans de prison pour avoir filmé des missiles iraniens

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Un touriste britannique de 60 ans risque jusqu’à 2 ans de prison pour avoir filmé des missiles à Dubaï — une infraction que la plupart des voyageurs ne soupçonnent même pas.
  • Il n’est pas seul : 21 personnes de nationalités différentes sont actuellement poursuivies pour des faits similaires, dans un contexte de tensions militaires entre l’Iran et les États-Unis.
  • La loi émiratie sur la cybercriminalité est bien plus piégeuse qu’il n’y paraît : partager ou commenter une vidéo déjà virale peut suffire à déclencher des poursuites pénales.
  • Ni les agences de voyage, ni les gouvernements ne préviennent suffisamment leurs ressortissants — et cet angle mort juridique pourrait coûter très cher aux prochains voyageurs.

Un touriste britannique de 60 ans, originaire de Londres, a été arrêté lundi à Dubaï après avoir été surpris en train de filmer des missiles lors des tensions militaires qui secouent actuellement la région entre l’Iran et les États-Unis. Retenu au commissariat de Bur Dubai, il est l’une des 21 personnes de nationalités diverses poursuivies en vertu de la législation émiratie sur la cybercriminalité pour avoir filmé ou partagé des contenus liés aux activités de missiles pendant ce conflit régional.

Selon les personnes qui lui viennent en aide, l’homme aurait immédiatement supprimé les images à la demande des autorités, affirmant n’avoir eu aucune intention malveillante. Sa famille se dit « extrêmement inquiète » de la situation. Il risque néanmoins jusqu’à 2 ans d’emprisonnement, une amende pouvant aller de 20 000 à 200 000 dirhams (entre 4 000 et 40 000 livres sterling), voire les deux peines cumulées, auxquels pourraient s’ajouter des chefs d’accusation supplémentaires et une expulsion du territoire.

Une législation aux filets très larges

L’organisation Detained in Dubai, qui assiste les ressortissants étrangers confrontés à des difficultés juridiques aux Émirats arabes unis, accompagne actuellement ce ressortissant britannique. Sa directrice générale, Radha Stirling, a accordé un entretien au Telegraph dans lequel elle détaille les ressorts d’une législation dont l’étendue dépasse souvent ce que les voyageurs étrangers imaginent.

« Les charges semblent extrêmement vagues mais graves sur le papier. En réalité, les faits reprochés peuvent se résumer à quelque chose d’aussi simple que le partage ou le commentaire d’une vidéo déjà en circulation en ligne. »

Radha Stirling précise que la loi émiratie sur la cybercriminalité ne se limite pas à l’auteur initial d’une publication : elle peut atteindre toute personne qui relaie, reformule ou commente un contenu. « Une seule vidéo peut rapidement conduire des dizaines de personnes à faire face à des poursuites pénales », avertit-elle. Dans le contexte des tensions régionales actuelles, les autorités seraient selon elle particulièrement « hypersensibles » à la circulation de tout contenu relatif aux interceptions de missiles ou aux activités militaires.

Elle insiste sur le piège dans lequel tombent de nombreux voyageurs : « Les gens supposent naturellement que si quelque chose est déjà largement partagé ou publié par des médias, il doit être acceptable d’en parler ou de le republier. Aux Émirats arabes unis, cette hypothèse peut être extrêmement dangereuse. » Elle ajoute que les personnes arrêtées dans de tels cas peuvent être traitées comme des « suspects de sécurité nationale » dès les premières heures de leur garde à vue, avant même que les faits soient établis, et se retrouver « conduites dans des installations spécialisées de la police judiciaire pour être interrogées et détenues pendant de longues périodes ».

Sur le plan juridique, l’article 52 de la loi émiratie sur la cybercriminalité prévoit une peine minimale de 1 an d’emprisonnement et une amende de 100 000 dirhams (environ 27 200 dollars) pour toute publication ou republication d’informations fausses ou trompeuses en ligne. Si le contenu est jugé de nature à provoquer la panique, à nuire à la sécurité publique ou à affecter l’économie nationale, la peine minimale monte à 2 ans de prison et l’amende à 200 000 dirhams.

Un contexte sécuritaire sous haute tension

Ces arrestations interviennent dans un contexte de vives tensions sécuritaires aux Émirats. Depuis le début de l’escalade le 28 février, le ministère émirati de la Défense indique avoir intercepté 268 missiles balistiques, 15 missiles de croisière et 1 514 drones. Les attaques ont causé 6 morts, parmi lesquels des ressortissants émiratis, pakistanais, népalais et bangladais.

Des interceptions ont eu lieu aux abords de l’aéroport international de Dubaï, où deux drones abattus sont retombés, causant des blessés et contraignant des passagers à se mettre à l’abri. Des débris de drones ont également été signalés dans le quartier de Creek Harbour, où un hôtel a subi des dommages. Les autorités avaient prévenu à l’avance les résidents et visiteurs que la diffusion ou le partage d’informations non vérifiées sur le conflit en ligne pourrait entraîner des poursuites pénales au titre de la législation sur la cybercriminalité.

L’affaire du touriste londonien illustre concrètement ce que des millions de voyageurs ignorent lorsqu’ils se rendent dans des pays dont le cadre légal en matière numérique diffère radicalement des standards européens. Ce que l’on considère en France ou au Royaume-Uni comme un réflexe anodin, filmer ce que l’on voit, partager une image déjà virale, peut, dans d’autres juridictions, constituer une infraction pénale caractérisée. Un avertissement que ni les agences de voyage ni les gouvernements ne relaient suffisamment à l’attention de leurs ressortissants partant à l’étranger.

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