🔥 Les essentiels de cette actualité
- En 2025, 17 000 jeunes de moins de 30 ans ont déposé un dossier de surendettement, soit deux fois plus qu’en 2022 – une alerte sur la précarité grandissante qui mérite une analyse approfondie.
- Les 18-29 ans représentent désormais 36% des nouveaux dossiers, souvent des femmes en emploi précaire ou au chômage – découvrez comment le marché du travail les a piégés.
- L’explosion des mini-crédits et paiements fractionnés, affectant particulièrement les jeunes via les achats en ligne, révèle un piège financier moderne – lisez pour comprendre les vraies conséquences.
- Derrière ces chiffres, un échec générationnel de la France – renoncement à la transmission et à la prospérité – quelles réformes urgentes pour inverser la tendance ?
Les chiffres publiés par la Banque de France le 17 février ont la froideur des statistiques, mais ils racontent une tragédie française qui devrait tous nous interpeller. En trois ans, la part des 18-29 ans parmi les personnes surendettées a plus que doublé, passant de 5 % en 2022 à 12 % en 2025. Plus spectaculaire encore, cette tranche d’âge représente désormais 36 % des nouveaux dossiers déposés, soit 17 000 jeunes venus confesser leur détresse financière aux guichets de l’institution. Derrière ces pourcentages se cachent des vies qui commencent dans l’impasse, des parcours qui déraillent avant même d’avoir véritablement commencé.
Comment en sommes-nous arrivés là ? Comment un pays qui fut longtemps synonyme de promesse sociale, d’ascenseur républicain et de transmission patrimoniale peut-il aujourd’hui produire une génération qui s’endette pour survivre avant même d’avoir construit quoi que ce soit ? La question mérite mieux que les explications technocratiques sur le « contexte économique morose » avancées par les autorités monétaires.
La faillite d’un modèle
Regardons les profils de ces jeunes surendettés. Ils sont employés ou ouvriers à 62 %, au chômage à 37 %, logés chez leurs parents à 25 %. Ce sont majoritairement des femmes, souvent isolées. Ce ne sont ni des flambeurs irresponsables ni des héritiers dilapidant une fortune. Ce sont les enfants de la France périphérique, ceux que les métropoles mondialisées ont oubliés, ceux pour qui la promesse d’émancipation par le travail et l’effort s’est révélée n’être qu’un mensonge.
C’est bien de cela qu’il s’agit. La génération qui atteint aujourd’hui l’âge adulte est la première depuis l’après-guerre à vivre moins bien que ses parents. Elle hérite d’un marché du travail précarisé, d’un immobilier inaccessible, d’une inflation qui dévore les petits salaires. Elle hérite surtout d’une dette publique colossale de 3 200 milliards d’euros, accumulée par des dirigeants qui ont préféré acheter la paix sociale plutôt que réformer un système à bout de souffle.
« Si on regarde le pourcentage de dossiers déposés, la part des 18-29 ans représente 36 % des dossiers au global, avec 17 000 dossiers déposés en 2025, contre 12 500 en 2024 », précise Hélène Arveiller, directrice adjointe des services aux particuliers de la Banque de France.
Cette progression fulgurante, 36 % de dossiers supplémentaires en un an chez les jeunes, n’est pas un accident conjoncturel. Elle est le symptôme d’une société qui a rompu le pacte entre les générations. Nos aînés ont bâti, nous avons dépensé, nos enfants paieront. Voilà le legs peu glorieux de quarante années de facilité budgétaire et d’aveuglement collectif.
Le phénomène le plus révélateur reste peut-être l’explosion des paiements fractionnés et des mini-crédits, qui représentent désormais 13 % des dettes de crédit à la consommation. Ces dispositifs, présentés comme des facilités modernes, sont en réalité des pièges tendus à des consommateurs fragiles. Acheter en trois fois sans frais, c’est la version numérique du crédit revolving des années 1990, avec les mêmes conséquences désastreuses.
La Banque de France note pudiquement que ces produits « concernent fortement les jeunes, notamment via les paiements en ligne ». Traduction : une génération élevée dans l’immédiateté, habituée à obtenir tout, tout de suite, se retrouve piégée par des mécanismes financiers conçus pour exploiter cette impatience. La souscription à ces crédits a bondi de 40 à 50 % entre 2020 et 2021, précisément durant les confinements qui ont accéléré la numérisation des achats.
Retrouver le sens de la transmission
Face à ce désastre, que propose-t-on ? Un meilleur encadrement réglementaire à partir du 20 novembre 2026, nous dit-on. Une « analyse de solvabilité » avant de souscrire un crédit fractionné. C’est évidemment nécessaire, mais tragiquement insuffisant. On soigne les symptômes en ignorant la cause profonde.
La vérité, c’est que nous avons collectivement failli à notre devoir de transmission. Transmission des savoirs pratiques : combien de jeunes Français savent tenir un budget, comprendre un contrat de crédit, distinguer un besoin d’une envie ? Transmission des valeurs : la patience, l’épargne, la construction progressive d’un patrimoine familial. Transmission d’un capital économique, enfin, rendue plus difficile par une fiscalité successorale parmi les plus lourdes d’Europe.
Les conservateurs britanniques parlaient jadis de « property-owning democracy », cette démocratie de propriétaires où chaque famille possède un bien à transmettre. Nous avons fait exactement l’inverse. Nous avons créé une société de locataires perpétuels, d’emprunteurs chroniques, de consommateurs sans patrimoine, où la classe moyenne s’appauvrit pendant que les plus aisés s’expatrient et que les plus modestes survivent de transferts sociaux.
Le surendettement des jeunes est le miroir de nos renoncements. Nous avons renoncé à une politique industrielle offrant des emplois stables et correctement rémunérés. Nous avons renoncé à une politique du logement permettant aux jeunes ménages de se loger sans y consacrer la moitié de leurs revenus. Nous avons renoncé à une politique familiale ambitieuse soutenant ceux qui veulent fonder un foyer.
À la place, nous avons multiplié les dispositifs d’urgence, les filets de sécurité et les commissions de surendettement. Nous gérons la misère au lieu de créer les conditions de la prospérité. C’est l’aveu d’un échec politique qui transcende les alternances et les majorités.
Il est frappant de constater que la Banque de France se félicite d’être « devenue plus visible » auprès des jeunes via les réseaux sociaux. Voilà donc le projet : mieux communiquer sur les procédures d’accompagnement de l’échec plutôt que s’attaquer aux causes de cet échec. C’est toute la philosophie d’une technocratie qui a renoncé à transformer le réel et se contente d’en amortir les chocs.
Une politique véritablement soucieuse de l’avenir de sa jeunesse commencerait par reconstruire un tissu économique national créateur d’emplois durables. Elle protégerait les travailleurs français face à la concurrence déloyale d’une mondialisation sans règles. Elle faciliterait l’accès à la propriété plutôt que d’enrichir les bailleurs institutionnels. Elle restaurerait, dans l’Éducation nationale, l’apprentissage de la gestion financière personnelle, comme le font d’autres pays européens.
Mais tout cela supposerait de rompre avec le logiciel qui gouverne la France depuis des décennies : un logiciel fait de libre-échange dogmatique, de transferts budgétaires mal ciblés et de déresponsabilisation généralisée, un logiciel qui produit, année après année, ces cohortes de jeunes Français contraints de frapper à la porte des commissions de surendettement avant même d’avoir atteint la trentaine.
Les 17 000 dossiers déposés en 2025 par des moins de 30 ans ne sont pas une statistique. Ce sont 17 000 promesses trahies, 17 000 avenirs hypothéqués, 17 000 preuves que la France ne tient plus sa parole envers ses enfants. Il est temps d’en tirer les conséquences politiques.
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