🔥 Les essentiels de cette actualité
- Un dîner-réunion réunissant environ 150 personnes à Watermael-Boitsfort a été interdit deux heures avant son début, officiellement pour absence d’autorisation et capacité insuffisante des locaux, alors que Florian Philippot devait y prendre la parole.
- Le bourgmestre David Leisterh a invoqué un risque de trouble à l’ordre public pour justifier l’interdiction, bien qu’aucun incident, aucune violence ni aucune menace n’aient été signalés avant la décision.
- L’article souligne que l’application des critères officiels d’interdiction paraît sélective : on peut légitimement se demander si un rassemblement de 150 partisans d’une cause europhile aurait reçu la même réponse policière, dans les mêmes délais.
- L’interdiction produit selon l’article l’effet inverse de celui recherché : un homme politique sans mandat se retrouve avec une posture de martyr et une audience nationale qu’aucune salle ne lui aurait offerte.
À Watermael-Boitsfort, commune bruxelloise cossue à deux pas des institutions européennes, un dîner-réunion d’environ 150 personnes a été interdit mercredi soir, à peine deux heures avant son début. La raison officielle : absence d’autorisation préalable et capacité insuffisante des locaux. La raison réelle, que personne ne dit mais que tout le monde comprend : Florian Philippot, président des Patriotes, était l’invité de la soirée.
Soyons précis sur les faits, car ils méritent qu’on s’y attarde. La commune a été informée de l’événement vers 17h00. L’interdiction a suivi dans la foulée. Une dizaine de policiers ont été dépêchés sur place pour empêcher l’accès au lieu de réunion. Résultat : des citoyens belges venus de Liège, de Charleroi, de Ciney, qui avaient fait la route pour écouter un homme politique français, se sont retrouvés sur le trottoir.
« Florian Philippot n’est même pas élu en France, on est juste venu discuter tranquillement avec lui. »
Cette phrase, prononcée par l’un des participants éconduits, résume avec une candeur désarmante l’absurdité de la situation. On n’est pas venu entendre un chef d’État en visite officielle. On n’est pas venu assister à une conférence de presse d’un parti au pouvoir. On est venu écouter un homme politique français d’opposition, sans mandat, qui voulait simplement s’exprimer devant un public volontaire.
Une liberté de réunion à géométrie variable
Le bourgmestre David Leisterh a justifié son interdiction par « un risque de trouble à l’ordre public ». C’est la formule consacrée, celle qui permet d’interdire sans avoir à démontrer grand-chose. Mais il faut mesurer ce qu’elle recouvre concrètement ici : aucun trouble n’avait encore eu lieu. Aucune violence n’était signalée. Aucune menace n’avait été proférée. Le trouble à l’ordre public était purement hypothétique, voire purement rhétorique.
La liberté de réunion est un droit fondamental en Belgique comme en France. Elle peut être limitée, mais les conditions sont strictes : le trouble doit être réel, imminent et l’interdiction doit être une mesure de dernier recours. Décider d’interdire un rassemblement privé deux heures avant qu’il ne commence, sur la base d’un risque non caractérisé, c’est une interprétation pour le moins extensive de ce pouvoir de police administrative.
On objectera que l’absence d’autorisation préalable constituait en soi un motif suffisant. C’est possible. Mais alors, pourquoi mobiliser dix policiers pour barrer l’accès ? Une simple notification aux organisateurs aurait suffi. La démonstration de force suggère que l’enjeu n’était pas administratif.
Bruxelles, ville de toutes les libertés sauf de certaines idées
Il y a quelque chose de particulièrement révélateur dans la géographie de cet incident. Watermael-Boitsfort, c’est Bruxelles. Et Bruxelles, c’est le siège de l’OTAN et le cœur institutionnel de l’Union européenne, deux organisations que les Patriotes de Philippot combattent frontalement et contre lesquelles le parti a déposé des plaintes. Florian Philippot lui-même l’a noté, avec une ironie qui n’est pas totalement infondée : il y a quelque chose de symboliquement éloquent à se faire interdire de parole dans la ville qui incarne précisément ce qu’il critique.
Ce n’est pas une preuve de complot. C’est une coïncidence qui interroge. Peut-on imaginer qu’un événement réunissant 150 partisans enthousiastes d’une cause europhile se soit vu opposer la même réponse policière, dans les mêmes délais, avec la même célérité ? La question mérite d’être posée, même si elle reste sans réponse définitive.
Ce qui est certain, en revanche, c’est que l’espace de parole publique se rétrécit de manière sélective. On ne déplatforme pas n’importe qui. On n’interdit pas n’importe quel dîner. Les critères officiels, ordre public, autorisation, capacité des locaux, sont réels, mais leur application est rarement uniforme. Et c’est précisément cette irrégularité dans l’application qui nourrit, légitimement, le sentiment d’une justice à deux vitesses.
Florian Philippot peut se tromper sur l’Europe, sur l’OTAN, sur ses analyses géopolitiques, c’est une discussion qui a toute sa place dans le débat démocratique. Mais cette discussion ne peut avoir lieu que si ses partisans peuvent l’écouter, lui poser des questions, se forger leur propre jugement. Interdire la réunion ne réfute aucune de ses idées. Cela les rend simplement plus séduisantes aux yeux de ceux qui estiment qu’on leur cache quelque chose.
C’est le paradoxe fondamental de ce type d’interdiction : elle produit exactement l’effet inverse de celui recherché. Un homme politique sans mandat, venu dîner dans une buvette de parc sportif, se retrouve avec une vidéo en plein air, une posture de martyr et une audience nationale qu’aucune salle ne lui aurait offerte. La démocratie libérale n’a pas besoin de ce genre de cadeau à ses adversaires.
IMPORTANT - À lire
Interdire une réunion ne réfute aucune idée — mais comprendre pourquoi de tels mécanismes existent, ça, c'est une autre affaire. Notre revue papier mensuelle creuse ces questions.
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Source : lavenir.net
