Euro numérique : les banques françaises alertent sur un risque majeur pour l’économie réelle

Euro numérique : les banques françaises alertent sur un risque majeur pour l’économie réelle

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • La Fédération bancaire française dénonce le projet d’euro numérique de la BCE, estimant qu’il imposerait aux banques européennes près de 18 milliards d’euros d’investissements supplémentaires, à quelques semaines d’un vote décisif au Parlement européen prévu début mai.
  • La FBF chiffre un risque concret pour le crédit : 200 milliards d’euros pourraient quitter les bilans bancaires si 200 millions d’utilisateurs détenaient chacun 1 000 euros en monnaie numérique, réduisant ainsi la capacité de financement de l’économie réelle.
  • La fédération alerte également sur le fait que le projet ouvrirait des brèches dans la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme, en contradiction avec les dispositifs anti-fraude construits par les autorités nationales et européennes.
  • L’euro numérique est présenté par la BCE comme une alternative aux géants américains Visa et Mastercard, avec un lancement pilote prévu en 2027 et une émission effective à partir de 2029, sous réserve d’un cadre législatif adopté cette année.
  • La FBF propose de plafonner les dépôts en euro numérique à 100 euros par personne : ce projet de monnaie publique menace-t-il réellement les solutions privées comme Wero, déjà déployées par les banques européennes ?

La Fédération bancaire française (FBF) a pris la parole, mercredi à Bruxelles, pour dénoncer ce qu’elle qualifie d’« écueils majeurs » dans le projet d’euro numérique porté par la Banque centrale européenne (BCE), à quelques semaines d’un vote décisif au Parlement européen, prévu début mai.

C’est Daniel Baal, président de la FBF et de la Confédération nationale du Crédit Mutuel, qui a porté cette charge lors d’un événement organisé dans la capitale belge. Dans sa déclaration, il a mis en cause la conception même du projet :

« L’euro numérique, dans sa conception actuelle, ne répond pas à l’enjeu de souveraineté des paiements et est paradoxal à plus d’un titre. »

La FBF avance plusieurs griefs précis. Le premier est financier : selon la fédération, le projet imposerait aux banques européennes « près de 18 milliards d’euros d’investissements supplémentaires ». Le deuxième est concurrentiel : l’euro numérique ferait directement concurrence aux solutions de paiement développées par le secteur privé, comme Wero. Le troisième touche à la sécurité financière : la FBF estime que le projet ouvrirait « des brèches béantes dans la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme », soit une orientation contraire aux efforts conduits depuis des années par les autorités nationales et européennes.

Un risque pour le financement de l’économie réelle

La fédération met également en garde contre les effets potentiels sur le crédit. Si des centaines de milliards d’euros quittaient les bilans bancaires pour migrer vers l’euro numérique, les établissements disposeraient de moins de ressources pour financer l’économie réelle, ce qui pourrait se traduire par un renchérissement du crédit.

La FBF chiffre précisément ce risque : « En supposant 1 000 euros en moyenne par citoyen pour 200 millions d’utilisateurs, 200 milliards d’euros quitteraient les bilans bancaires. » Pour limiter cet effet, la fédération propose de plafonner les dépôts en euro numérique à 100 euros par personne, un niveau très inférieur aux seuils actuellement envisagés.

Du côté de la BCE et de l’Union européenne, la logique du projet est différente. L’euro numérique est présenté comme une version électronique de la monnaie unique, utilisable comme les espèces pour des paiements en commerce, en ligne ou entre particuliers, avec une préservation annoncée de l’anonymat des transactions. L’objectif affiché est de proposer une alternative aux géants américains du paiement, Visa et Mastercard, et de renforcer ainsi la souveraineté européenne dans ce secteur.

Le calendrier prévu par la BCE est le suivant : lancement d’une phase pilote courant 2027, puis émission effective des premiers euros numériques à partir de 2029, à condition qu’un cadre législatif européen soit adopté cette année. Le Parlement européen avait donné un premier feu vert de principe en février dernier ; le vote de fond est attendu début mai.

Le débat entre la FBF et la BCE cristallise ainsi des tensions concrètes sur la conception du projet : niveau des plafonds de détention, impact sur les bilans bancaires, compatibilité avec les dispositifs anti-blanchiment et positionnement vis-à-vis des acteurs privés du paiement. Ces questions restent ouvertes à l’approche du vote parlementaire.

IMPORTANT - À lire

18 milliards d'euros imposés aux banques, 200 milliards qui quittent les bilans… L'euro numérique soulève des enjeux bien plus profonds que le simple paiement.

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Source : francesoir.fr

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