SNU, réservistes, service militaire : Macron militarise la jeunesse à petit feu

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Le SNU, un gadget coûteux et inefficace, ne touche que 40 000 jeunes sur 2,5 millions. Un gouffre budgétaire pour un dispositif sans réelle portée éducative ou défensive.
  • Macron veut renforcer la réserve militaire, visant une armée « plus importante et hybride ». Une militarisation douce de l’État face à une jeunesse en perte de contrôle.
  • Le retour du service militaire obligatoire est évoqué, malgré les discours rassurants. Une reprise en main idéologique de la jeunesse sous couvert de « culture de défense ».
  • La jeunesse mérite mieux que des stages en treillis. Elle réclame des investissements dans l’école, la santé mentale et l’emploi, pas un service militaire déguisé en programme citoyen.

Dimanche 13 juillet, lors de son traditionnel discours aux Armées, Emmanuel Macron a une nouvelle fois repoussé l’échéance d’une refonte du Service National Universel (SNU), pourtant vanté depuis des années comme un pilier de la « cohésion républicaine ». Derrière les grands mots sur la jeunesse, la fragilité de la Nation et les menaces extérieures, se cache surtout l’incapacité chronique du pouvoir à proposer autre chose qu’un enrobage martial à des problèmes profondément civils.

Un gouffre pour un gadget

Le SNU, censé toucher les 15-17 ans, est en réalité une coquille vide : un gadget communicationnel conçu pour flatter les instincts autoritaires d’un exécutif qui confond souvent service de la nation et formatage disciplinaire. Lancé en 2019, le SNU n’a concerné que 40 000 jeunes en 2023, sur 2,5 millions d’individus dans la tranche d’âge des 15-17 ans, pour un coût faramineux. Sur la période, la Cour des comptes avait estimé que le coût de fonctionnement annuel du dispositif généralisé serait de « 3,5 à 5 milliards d’euros ». Un gouffre budgétaire pour une opération qui n’a ni l’efficacité d’une véritable politique éducative, ni la portée d’une réelle stratégie de défense.

L’armée des réserves, ou la guerre à bas coût

Mais l’annonce la plus inquiétante réside ailleurs : dans la volonté affichée de renforcer la réserve militaire, constituée aujourd’hui de civils de 17 à 72 ans, engagés entre 10 et 120 jours par an. Objectif ? Une armée « plus importante et hybride », selon les termes du ministre des Armées Sébastien Lecornu, avec une articulation plus étroite entre troupes d’active et forces réservistes. Derrière ce jargon technocratique se dessine une tendance lourde : la militarisation douce d’un État en perte de contrôle sur sa propre jeunesse.

Le spectre du service obligatoire

Car l’autre tabou, soigneusement contourné par Macron, c’est le retour du service militaire obligatoire, suspendu en 1997, mais réintroduit dans les débats via le Haut-commissariat au Plan (HCP). Ce dernier a présenté, en mai, quatre scénarios pour un « nouveau service national », dont deux envisagent un service contraint – civil ou militaire. Dans le scénario 4 du rapport du HCP, un service militaire obligatoire de six mois permettrait, paraît-il, de « renforcer la culture de défense et la mixité sociale ». Une rhétorique usée jusqu’à la corde qui masque mal une volonté de reprise en main idéologique de la jeunesse.

Une jeunesse encadrée plutôt qu’émancipée

On feint de croire que l’engagement civique viendra d’une mise au pas, d’uniformes et de cérémonials patriotiques, alors que l’école publique est démembrée, que les services sociaux sont exsangues, et que les jeunes sont sommés de devenir « utiles » sans qu’on leur offre la moindre perspective digne de ce nom. Dans un pays où le budget de la Défense va grimper à 413 milliards d’euros d’ici 2030, il semble que la jeunesse ne soit plus perçue comme une richesse à émanciper, mais comme une main-d’œuvre à encadrer, voire à enrôler.

L’illusion sécuritaire comme horizon politique

On comprend mieux pourquoi Macron préfère temporiser sur le SNU tout en musclant discrètement les effectifs de réserve : il avance ses pions lentement, pour habituer l’opinion à une « mobilisation générale » permanente, justifiée par un discours anxiogène sur la Russie, le terrorisme ou l’ »aggravation des menaces internationales ». Pendant ce temps, aucun débat national digne de ce nom n’est ouvert sur les implications réelles de ces orientations.

Ce qu’on cache derrière les drapeaux

La jeunesse française mérite mieux que des stages en treillis et des slogans sur le « vivre ensemble » encadrés par des préfets. Elle mérite des investissements massifs dans l’école, la santé mentale, la formation, l’accès à l’emploi et à l’autonomie. Pas un service militaire light déguisé en programme citoyen.

Ce n’est pas le retour du service qui sauvera la Nation. C’est la fin du mépris et de ce progressisme d’apparat, qui prétend unir tout le monde dans des cérémonies pendant qu’il laisse une génération entière s’enfoncer dans la précarité.

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