Patrick Pouyanné : « Si la guerre dure plus de six mois, les économies mondiales en souffriront »

Patrick Pouyanné : « Si la guerre dure plus de six mois, les économies mondiales en souffriront »

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Le PDG de TotalEnergies l’a dit sans détour depuis Pékin : si la guerre au Moyen-Orient dure plus de six mois, toutes les économies mondiales en souffriront. Un avertissement que Paris semble ignorer.
  • Le détroit d’Ormuz est verrouillé, privant les marchés de 10 millions de barils par jour. Ce choc n’est pas théorique : il se dirige déjà vers vos pompes à essence et vos factures de chauffage.
  • Italie, Espagne, Portugal, Serbie… nos voisins ont tous agi en quelques jours pour baisser les taxes sur les carburants. La France, elle, « réfléchit encore ».
  • Derrière le silence de l’État français se cache une question bien plus profonde : notre gouvernement est-il encore capable de protéger concrètement les Français face à un choc économique mondial ?

Il y a quelque chose de révélateur à entendre le PDG de TotalEnergies formuler, sur une chaîne d’État chinoise, le diagnostic que nos propres gouvernements semblent incapables d’exprimer clairement devant les Français. Patrick Pouyanné, en marge du China Development Forum, a dit l’essentiel avec une franchise que l’on aimerait retrouver dans les cercles du pouvoir à Paris : si la guerre au Moyen-Orient dure « plus de six mois », les économies mondiales « en souffriront » toutes, sans exception. Pas de langue de bois. Pas de novlangue technocratique. Un fait brut, articulé par un homme qui connaît les réalités de l’énergie mieux que la plupart de nos ministres.

Les chiffres qu’il avance méritent que l’on s’y arrête. Le blocage du détroit d’Ormuz prive les marchés mondiaux de 10 millions de barils de pétrole par jour. Ce corridor maritime, par lequel transitent habituellement 20 % du pétrole et du gaz mondiaux, est aujourd’hui verrouillé. Pour TotalEnergies elle-même, la mise à l’arrêt de plusieurs États du Golfe représente déjà l’équivalent de 15 % de sa production mondiale de gaz et de pétrole. Ce n’est pas une menace abstraite. C’est une réalité économique qui se diffuse, lentement mais sûrement, vers les pompes à essence, les factures de chauffage et les coûts de production des entreprises françaises.

« Si ce conflit dure trois ou quatre mois, nous pouvons l’absorber », a tempéré Patrick Pouyanné, en rappelant que les économies mondiales peuvent puiser dans leurs stocks pétroliers pour « amortir ce choc ».

Ce « amortir » est précisément le mot-clé. Les stocks existent, les économies peuvent tenir quelques semaines, quelques mois. Mais ce matelas de sécurité n’est pas illimité. Et la temporisation ne saurait tenir lieu de politique. Or c’est précisément là que le bât blesse, en France plus qu’ailleurs.

L’Europe des réactions disparates, la France de l’immobilisme

Pendant que Pouyanné parle de durée et de seuils critiques, plusieurs gouvernements européens ont déjà agi. L’Italie a adopté dès le 18 mars un décret réduisant de 25 centimes par litre le prix du carburant. La Serbie a réduit de 20 % les accises sur les carburants. Le Portugal a prolongé et élargi ses mesures de réduction de taxes. L’Espagne, sous la houlette de Pedro Sanchez, a promis une baisse de TVA sur le gaz et les carburants permettant une économie allant jusqu’à 30 centimes d’euro par litre, soit, selon ses propres termes, « environ 20 euros d’économie par plein pour une voiture moyenne ». La Macédoine du Nord, pays non membre de l’Union européenne, a annoncé dès ce dimanche une réduction de sa TVA sur les carburants de 18 % à 10 %, applicable dès le lendemain.

La liste est longue. Et la France ? Elle « réfléchit ». Le gouvernement évoque des mécanismes de « plafonnement des marges ». Certains distributeurs se sont engagés à contenir les prix, de leur propre chef. Mais rien n’a été acté. Aucune mesure concrète, aucun décret, aucune date. Dans un contexte où des nations souveraines, certaines bien moins riches que la France, ont pris des décisions en quelques jours, notre gouvernement est encore au stade de la réflexion.

Ce n’est pas une question de moyens. La France dispose d’une marge de manœuvre fiscale sur les carburants que d’autres n’ont pas. Les taxes sur les carburants représentent en France une part considérable du prix à la pompe, bien au-delà de la moyenne européenne. L’argument budgétaire existe, certes, mais il ne saurait justifier une inaction totale pendant que les ménages modestes, les artisans, les agriculteurs et les transporteurs routiers voient leurs coûts s’envoler. Ces catégories-là ne peuvent pas télétravailler. Elles ne peuvent pas se passer de carburant. Et elles attendent des actes, pas des comités interministériels.

Ce que révèle cette séquence dépasse la simple question du prix à la pompe. Elle dit quelque chose de plus profond sur la capacité de l’État français à protéger concrètement ses citoyens face à un choc exogène. La souveraineté économique, ce n’est pas seulement une rhétorique de tribune. C’est la capacité à agir vite, à prendre des décisions qui protègent les Français quand les marchés mondiaux s’emballent. Nos voisins l’ont compris. Nos dirigeants semblent encore chercher leur chemin.

Patrick Pouyanné a conclu son intervention par un vœu : « J’espère que nous trouverons rapidement des solutions pour cette guerre. » Ce vœu est légitime. Mais en attendant que la diplomatie fasse son œuvre, les Français, eux, font le plein. Et ils comptent.

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