🔥 Les essentiels de cette actualité
- Un gastro-entérologue de 64 ans interpellé en flagrant délit de voyeurisme dans le métro parisien — il ne sera jugé qu’en février 2027, soit près de deux ans après les faits.
- Derrière ce cas individuel, des chiffres alarmants : 3 374 victimes de violences sexuelles dans les transports franciliens en 2024, contre 1 815 en 2016. Presque le double en une décennie.
- Une expertise psychiatrique évoque une « paraphilie voyeuriste » pouvant atténuer la peine. La psychiatrie comme sortie de secours pour l’auteur — pendant que la victime, elle, attendait d’être protégée.
- 80 % des femmes déclarent rester en état d’alerte permanent dans les transports franciliens. Un constat d’échec officiel, chiffré par l’État lui-même, qui peine pourtant à susciter une réponse à la hauteur.
Un gastro-entérologue de 64 ans, venu à Paris pour un congrès médical, a été surpris en flagrant délit de voyeurisme à la station Châtelet-Les Halles. L’image est saisissante, non par son caractère exceptionnel, mais précisément par sa banalité désormais acquise. Ce médecin sera jugé en février 2027 devant la 28e chambre correctionnelle pour « atteinte à l’intimité de la vie privée par fixation, enregistrement ou transmission de l’image d’une personne présentant un caractère sexuel ». Un long délai pour un flagrant délit. Une infraction dont les chiffres devraient pourtant susciter davantage d’urgence collective.
Car l’affaire individuelle, aussi révélatrice soit-elle, ne doit pas masquer ce qu’elle signale : en 2025, 1 126 atteintes sexuelles dans les transports franciliens ont été portées à la connaissance de la préfecture de police de Paris. Un chiffre stable par rapport à 2024, mais en hausse de 8 % par rapport à 2022. Surtout, 3 374 victimes de violences sexuelles dans les transports en commun ont été enregistrées l’an passé, contre 1 815 en 2016. La progression est presque doublée en moins d’une décennie. Ce n’est pas une tendance marginale : c’est une réalité structurelle.
Un espace public qui n’en est plus un pour les femmes
Une étude gouvernementale de 2022 établit que 70 % des femmes interrogées déclarent avoir été victimes d’au moins une violence sexiste ou sexuelle dans les transports en commun franciliens. 80 % d’entre elles affirment rester en état d’alerte permanent lorsqu’elles empruntent le métro, le bus ou le RER. Ces données ne sont pas le fruit d’une militance victimaire : elles émanent de l’Observatoire national des violences faites aux femmes, rattaché au gouvernement lui-même. Il faut les prendre pour ce qu’elles sont, un constat d’échec de la puissance publique à garantir la sécurité dans les espaces qu’elle administre.
Le métro parisien n’est pas une zone de non-droit au sens spectaculaire du terme. Il est financé, exploité, surveillé. Des caméras y foisonnent. Des contrôleurs y circulent. Pourtant, des millions de femmes y vivent quotidiennement sous une forme de surveillance inversée : elles sont celles qui doivent s’adapter, se méfier et anticiper le geste déplacé, la main qui se glisse, le téléphone qui se retourne.
Il a été convoqué « à l’audience correctionnelle de la 28e chambre pour être jugé de l’infraction d’atteinte à l’intimité de la vie privée par fixation, enregistrement ou transmission de l’image d’une personne présentant un caractère sexuel ».
Dans l’affaire qui nous occupe, l’homme n’a pu être interpellé que grâce à la présence fortuite d’un policier hors service. Ce n’est pas un hasard heureux : c’est la démonstration par l’absurde que la sécurité des usagers des transports dépend, en l’espèce, d’une coïncidence. Combien de scènes similaires se déroulent sans témoin, sans réaction, dans l’indifférence contrainte d’une rame bondée où chacun regarde ses pieds ?
La réponse judiciaire, ensuite, ne peut que laisser songeur. Deux ans d’emprisonnement et 60 000 euros d’amende constituent le plafond théorique de la peine encourue. Mais voilà que s’introduit dans le dossier une notion dont il faut prendre la mesure : l’expertise psychiatrique aurait « conclu à une altération du discernement due à une paraphilie voyeuriste ». En cas de déclaration de culpabilité, cette qualification permettrait d’atténuer la sanction.
La psychiatrie comme sortie de secours
Nul ne conteste la réalité des troubles psychiatriques, ni la légitimité de les prendre en compte dans l’évaluation d’une responsabilité pénale. Ce serait absurde et inhumain. Mais il faut nommer ce que produit, dans l’opinion, ce type de qualification lorsqu’elle est systématiquement mobilisée : un sentiment tenace que la loi protège davantage le confort juridique de l’auteur que la dignité de la victime.
La jeune femme de 20 ans filmée à son insu dans le métro n’a pas eu, elle, le bénéfice d’une altération de son discernement pour supporter l’intrusion. Elle a subi. Et elle attendra, comme des milliers d’autres, que la société lui signifie clairement que ce qui lui a été fait est intolérable — non pas regrettable, non pas pathologique, mais intolérable. La nuance n’est pas sémantique : elle dit quelque chose de l’échelle de valeurs que la justice incarne.
Ce n’est pas ici réclamer une justice d’exception ni nier la complexité des troubles du comportement. C’est simplement constater que lorsque les chiffres doublent en 10 ans, lorsque 8 femmes sur 10 cheminent en état d’alerte dans des transports financés par l’impôt, la réponse collective, judiciaire, politique et institutionnelle, est manifestement insuffisante. La fermeté n’est pas la vengeance : c’est le signal que l’État envoie à ceux qui seraient tentés de transgresser et à celles qui attendent d’être protégées.
Le cas du médecin poitevin jugeable en 2027 pour des faits commis en mars 2026 illustre, au fond, une triple défaillance : celle de la prévention, insuffisante dans les espaces de transit ; celle de la sanction, trop lointaine pour avoir valeur de signal ; celle, enfin, du discours public, qui peine à nommer clairement ce type de comportement pour ce qu’il est, une violation, pas une maladie dont il faudrait d’abord s’excuser.
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