🔥 Les essentiels de cette actualité
- Défait dans les urnes en 2026, le camp Macron ne recule pas : il s’installe durablement dans les institutions, loin du suffrage universel et à l’abri des alternances futures.
- Cour des comptes, Conseil constitutionnel, régulateurs de l’énergie… une même logique préside à chaque nomination : loyauté absolue au Président, défaite électorale, puis poste inamovible à la clé.
- Amélie de Montchalin, nommée à 40 ans à la tête de la Cour des comptes, pourrait théoriquement y siéger jusqu’en 2054 — chargée de contrôler les finances produites sous les gouvernements Macron.
- Et si tout cela préparait un retour en 2032 ? Le scénario du « Medvedev français » n’est plus une hypothèse fantaisiste.
Il y a quelque chose de profondément symptomatique dans la manière dont Emmanuel Macron aborde la fin de son second mandat. Alors que les élections municipales de mars 2026 ont infligé une défaite prévisible aux candidats de son camp, signalant aux Français l’approche du terme d’une décennie de pouvoir personnel, le locataire de l’Élysée ne semble pas disposé à ranger ses ambitions avec ses affaires. Ce qui se joue aujourd’hui n’est pas simplement la gestion d’une fin de règne : c’est une tentative méthodique de coloniser les institutions de la République afin d’y prolonger une influence que les urnes ne peuvent plus garantir.
Le cas d’Amélie de Montchalin est emblématique. Nommée en février 2026 première présidente de la Cour des comptes, cette fidèle parmi les fidèles a occupé successivement 4 postes ministériels entre 2019 et 2026, avant d’être battue comme candidate macroniste aux législatives de 2022 dans l’Essonne. Sa légitimité électorale est donc nulle. Sa loyauté au Président, en revanche, est totale. C’est manifestement ce critère-là qui a pesé dans la balance. En rappelant lors de sa prise de fonction que « la première priorité, c’est de protéger l’indépendance de la Cour pour renforcer notre démocratie », elle a involontairement souligné l’absurdité de la situation : lorsqu’une personnalité dont toute la carrière tient à son allégeance à un chef de l’exécutif doit proclamer son indépendance, c’est que quelque chose ne va pas.
« La première priorité, c’est de protéger l’indépendance de la Cour pour renforcer notre démocratie. » Amélie de Montchalin, lors de sa nomination à la présidence de la Cour des comptes, février 2026.
Le caractère inamovible et irrévocable de la fonction de Premier Président de la Cour des comptes jusqu’à 68 ans donne à cette nomination une portée proprement vertigineuse : Amélie de Montchalin, qui n’a que 40 ans, pourrait théoriquement occuper ce poste jusqu’en 2054. La Cour des comptes, institution chargée de contrôler la régularité des finances publiques, notamment celles produites sous les gouvernements Macron, se trouverait ainsi placée pour 3 décennies sous la direction d’une femme politique dont les années de carrière se confondent avec le macronisme. On appréciera la cohérence du dispositif.
Une stratégie systématique, non une série de coïncidences
Ce serait une erreur d’analyser la nomination de Montchalin comme un acte isolé. Elle s’inscrit dans une séquence que les faits rendent difficile à contester. Richard Ferrand, macroniste de la première heure, ex-secrétaire général d’En Marche, ancien président de l’Assemblée nationale, a été proposé en février 2025 pour présider le Conseil constitutionnel, l’institution qui, rappelons-le, est chargée de contrôler la constitutionnalité des lois futures. Sa nomination a suscité une opposition parlementaire vigoureuse, de la gauche aux Républicains, notamment en raison de son implication dans l’affaire des « mutuelles de Bretagne ». Elle a néanmoins été validée grâce à l’abstention du Rassemblement national, dans un calcul politique dont les conséquences pour l’État de droit méritent d’être mesurées.
En mai 2025, Clément Beaune, conseiller de l’Élysée battu aux législatives anticipées de juillet 2024, héritait du Haut-Commissariat au Plan. Emmanuelle Wargon, ancienne ministre du Logement également défaite aux législatives de 2022, avait été imposée à la tête de la Commission de régulation de l’énergie en 2022 malgré l’opposition d’une majorité de parlementaires, la règle des trois cinquièmes ayant permis de forcer le passage. Elle préside aujourd’hui le Conseil des régulateurs de l’Agence de coopération des régulateurs de l’énergie, poste idéal pour une défenseuse convaincue du marché européen de l’énergie dont les effets sur les factures des Français ont été dévastateurs. Et bientôt, après le départ anticipé annoncé par François Villeroy de Galhau, la Banque de France devra elle aussi recevoir un nouveau gouverneur nommé par l’Élysée.
On observera la constante : à chaque fois, la trajectoire est la même. Une loyauté inconditionnelle au Président. Une défaite électorale. Une nomination à une institution clé, protégée par des mandats longs ou irrévocables. Le chemin électoral ayant été fermé, c’est le chemin institutionnel qui s’ouvre. Pour les mêmes personnes. Avec les mêmes réseaux.
Quand le pantouflage devient stratégie de puissance
Le tableau ne serait pas complet sans évoquer la dimension privée de cette architecture. Le cas de Christophe Castaner illustre avec une clarté gênante la logique de rétribution qui sous-tend ces circuits. Ministre de l’Intérieur controversé, dont la gestion du mouvement des Gilets jaunes a laissé des traces durables dans les mémoires, il se retrouve, après sa sortie du jeu politique, à la tête du conseil d’administration d’Autoroutes et Tunnel du Mont Blanc, puis du conseil de surveillance du grand port de Marseille, les deux nominations intervenant la même semaine en novembre 2022, avant de devenir conseiller RSE du géant chinois de la fast-fashion Shein fin 2024. Ce cumul de fonctions privées et semi-publiques, obtenu dans la foulée d’une carrière gouvernementale, illustre comment la fidélité au prince se monnaie en positions stratégiques, bien au-delà des seules institutions républicaines.
Ce qui est en jeu ici touche directement à la souveraineté populaire. Lorsque des institutions indépendantes, Cour des comptes, Conseil constitutionnel, régulateurs économiques, Banque centrale, se retrouvent progressivement confiées à des personnalités dont la carrière entière est liée à un seul homme politique, la séparation des pouvoirs cesse d’être un principe vivant pour devenir une fiction commode. Toute alternance politique réelle se trouve dès lors hypothéquée : un gouvernement futur, quel qu’il soit, devra composer avec des contre-pouvoirs institutionnels dont les responsables lui seront par construction hostiles ou, au mieux, indifférents.
Un scénario maximaliste est désormais évoqué : celui d’un « Medvedev français », c’est-à-dire d’un quinquennat de transition occupé par une personnalité proche de Macron, lui permettant de se représenter en 2032. Qu’on y croie ou non, la logique des nominations actuelles est cohérente avec cette hypothèse. Ce qui est certain, c’est qu’Emmanuel Macron, à 48 ans, organise sa sortie comme s’il ne sortait pas vraiment. Et que les institutions de la République sont, une fois de plus, invitées à payer la note d’une ambition personnelle que les règles du jeu démocratique ordinaire ne suffisent plus à satisfaire.
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