🔥 Les essentiels de cette actualité
- À Creil, la maire socialiste sortante a dû être exfiltrée par la police nationale après avoir été insultée et traitée de « mécréante » par des sympathisants du nouveau maire insoumis, le soir même des élections.
- Parmi les premières décisions du nouveau maire : désarmer les quinze policiers municipaux de la ville, une mesure qui suscite l’incompréhension et la colère d’habitants déjà fragilisés par un fort sentiment d’insécurité.
- Des Creillois témoignent d’une ville qui se transforme radicalement : commerces qui ferment, communautarisme qui s’installe, sentiment d’abandon… Un portrait glaçant d’une fracture urbaine et sociale bien réelle.
- Derrière le cas Creil, c’est la capacité de l’État à faire respecter la laïcité et la sécurité de ses élus sur l’ensemble du territoire qui est ouvertement mise en question.
La scène qui s’est déroulée à Creil le soir du dimanche 22 mars restera, espérons-le, dans les annales de ce que la République ne devrait jamais tolérer. Sophie Dhoury-Lehner, maire socialiste sortante d’une ville qui votait à gauche depuis plus d’un siècle, a été exfiltrée par la police nationale après avoir été insultée et menacée par les sympathisants du nouveau maire insoumis. Bipeur en main, ce petit boîtier blanc destiné à alerter les forces de l’ordre en cas de danger, elle résume en quelques mots la nature de ce qu’elle a subi.
« J’ai été exfiltrée par la police nationale. Ma sécurité était mise en jeu. Le fait que je sois une femme, évidemment, le fait que je ne sois pas musulmane. On m’a traitée de mécréante. »
Ces mots méritent qu’on s’y arrête. Non pas pour alimenter une quelconque polémique stérile, mais parce qu’ils décrivent une réalité concrète, localisée, documentée : une élue de la République insultée en raison de son sexe et de sa religion dans une ville française, en 2026, au soir d’une élection démocratique. C’est un fait. Il doit être nommé comme tel.
Creil, laboratoire d’un désordre annoncé
Ce qui se joue à Creil n’est pas simplement un changement de municipalité. C’est la révélation brutale d’un processus de fragmentation qui, lorsqu’il atteint ce stade, ne se contente plus de froisser les sensibilités. Il remet en cause les fondements élémentaires de la vie commune. Une élue chassée sous les insultes religieuses, des habitants qui tremblent pour leur sécurité quotidienne, un commerçant qui regarde ses derniers clients disparaître : ce triptyque n’est pas une caricature, c’est un témoignage.
Catherine et Philippe, Creillois depuis quarante ans, ne mâchent pas leurs mots. « On se laisse tuer ? On n’est même plus en sécurité. Ça va être une poubelle, Creil. » On peut sourire de la rudesse de l’expression. Mais derrière elle, il y a quarante ans de vie dans une ville, une mémoire de ce qu’elle était et une angoisse devant ce qu’elle devient. Ce genre de témoignage ne se balaie pas d’un revers de main au nom de la rectitude politique.
Alain, commerçant du centre-ville, va plus loin encore dans l’analyse. Il décrit un communautarisme qui s’installe peu à peu, une offre commerciale qui se réduit, des magasins de vêtements et de chaussures qui ferment. Ce qu’il perçoit, c’est une transformation du tissu urbain et social de sa ville, une recomposition qui ne profite pas à tous et qui laisse derrière elle un centre-ville appauvri. Son inquiétude est économique autant que sociale. Elle est légitime.
Le désarmement de la police municipale, signal ou programme ?
Parmi les premières mesures annoncées par le nouveau maire Omar Yaqoob figure le désarmement des quinze policiers municipaux de Creil. C’est cette décision qui cristallise les craintes des habitants et de l’ancienne équipe municipale. Dans une ville déjà fragilisée, où le sentiment d’insécurité est palpable, supprimer l’armement de la police de proximité envoie un signal dont on peine à comprendre la logique sécuritaire, à moins que la logique ne soit pas sécuritaire du tout.
Sophie Dhoury-Lehner entend incarner l’opposition face à cette nouvelle municipalité. C’est son droit, c’est même son devoir. Mais la question qui se pose à Creil dépasse largement le cadre d’une alternance politique ordinaire. Quand une élue ne peut plus quitter la salle des résultats sans escorte policière, quand elle est insultée pour sa condition de femme et de non-croyante, quand des habitants quadragénaires de leur ville s’estiment abandonnés, c’est l’autorité républicaine elle-même qui est en cause, pas seulement une majorité municipale.
La République n’a pas vocation à être spectatrice de sa propre dissolution. Elle a des instruments, judiciaires, administratifs et politiques, pour faire respecter ses principes fondamentaux, à commencer par la laïcité et la sécurité de ses élus. La question qui mérite d’être posée avec fermeté est la suivante : ces instruments seront-ils utilisés à Creil, ou le silence gêné prévaudra-t-il, comme il a si souvent prévalu ailleurs ?
Creil n’est pas perdue. Mais elle teste, en ce moment précis, la volonté réelle de l’État de faire respecter ses propres règles sur l’ensemble de son territoire. Ce test, la République ne peut pas se permettre de le rater.
IMPORTANT - À lire
Ce qui se passe à Creil — une élue exfiltrée, des habitants qui tremblent, une police désarmée — n'est pas un cas isolé. C'est un symptôme d'un phénomène plus large que notre revue analyse chaque mois.
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