« Les conséquences seront très mauvaises pour l’OTAN » : Trump presse ses alliés d’agir dans le détroit d’Ormuz

« Les conséquences seront très mauvaises pour l’OTAN » : Trump presse ses alliés d’agir dans le détroit d’Ormuz

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Trump a nommé la France dans sa coalition militaire pour sécuriser le détroit d’Ormuz — sans aucune concertation préalable avec Paris. Un affront à la souveraineté française que les commentateurs ont curieusement peu relevé.
  • Un cinquième du pétrole mondial transite par ce détroit. Sa fermeture frapperait en premier les économies européennes, mais l’Europe observe, discute et « envisage des options » sans agir.
  • Une alternative européenne existe sur le papier : élargir la mission Aspides. Mais la volonté politique manque, et l’Espagne a déjà claqué la porte à toute modification du mandat.
  • Cette crise révèle une vérité que personne ne veut formuler : sans autonomie stratégique réelle, l’Europe restera condamnée à attendre que Washington décide — et à négocier sa place dans des coalitions qu’elle n’a pas conçues.

Le détroit d’Ormuz concentre, en quelques miles nautiques, toutes les contradictions d’un Occident sommé de choisir entre sa dépendance aux hydrocarbures et sa capacité à agir collectivement. Donald Trump a posé l’ultimatum avec sa brutalité habituelle : que les alliés des États-Unis participent à la sécurisation de ce goulet stratégique, ou que l’OTAN en paie le prix diplomatique. La réponse des capitales européennes, entre esquives juridiques et prudences affichées, en dit long sur l’état réel de nos souverainetés.

Le président américain a été explicite dans son interview au Financial Times : « S’il n’y a pas de réponse, ou si celle-ci est négative, je pense que cela aura des conséquences très mauvaises pour l’avenir de l’OTAN. » Qu’on apprécie ou non le style trumpien, la question posée est légitime. Un cinquième de la production mondiale de pétrole transite par le détroit d’Ormuz. Sa fermeture prolongée n’est pas seulement une crise régionale, c’est un choc économique global qui frappe en premier lieu les économies industrielles européennes, à commencer par la France.

« Nous travaillons avec d’autres pour élaborer un plan crédible concernant le détroit d’Ormuz, afin de garantir la reprise de la navigation et du passage dans cette zone. »

Ces mots du Premier ministre britannique Keir Starmer résument à eux seuls l’ambiguïté européenne. On travaille, on élabore, on collabore, mais on prend soin de préciser, dans la même phrase, que cette mission « ne sera pas, et n’a jamais été envisagée comme une mission de l’OTAN ». Le Royaume-Uni veut être utile sans être exposé. L’Allemagne, par la voix de Stefan Kornelius, porte-parole du chancelier Merz, rappelle sobrement qu’il « manque le mandat permettant de faire intervenir l’OTAN » hors de son territoire. Le Japon invoque sa Constitution pacifiste. L’Australie clôt le débat d’une phrase : « Nous n’enverrons pas de navire dans le détroit d’Ormuz. »

Ce concert de réticences n’est pas sans logique. Il traduit une réalité que les dirigeants occidentaux peinent à formuler clairement : personne ne sait exactement dans quelle guerre on risque d’entrer, ni jusqu’où elle peut mener. L’Iran a explicitement mis en garde contre toute implication étrangère. Et le ministre américain de l’Énergie Chris Wright, qui assure que cette paralysie n’est qu’une « souffrance passagère » appelée à se résoudre « dans les prochaines semaines », ne convainc guère au regard d’un conflit qui ne montre aucun signe d’apaisement.

La France, citée sans être consultée

Ce qui mérite d’être relevé, et que les commentateurs parisiens ont curieusement peu souligné, c’est la manière dont Trump a cité la France parmi les nations devant participer à sa coalition. La France, aux côtés de la Chine, du Japon, du Royaume-Uni et de la Corée du Sud, se retrouve nommée dans un projet militaire américain, sans qu’aucune concertation préalable avec Paris n’ait visiblement eu lieu. C’est là une atteinte caractérisée à la souveraineté de décision française, quel que soit le fond du dossier.

On peut estimer que la France a un intérêt réel à la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz, c’est indiscutable. Mais il y a une différence considérable entre décider souverainement de s’engager, après évaluation de ses intérêts nationaux, et se retrouver intégrée par un tweet présidentiel dans une coalition dont on n’a pas défini les règles d’engagement, les objectifs politiques ni les conditions de sortie. La France n’est pas un supplétif.

De ce point de vue, la piste européenne mérite attention. Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie de l’UE, a évoqué la possibilité d’élargir le mandat de la mission Aspides, actuellement déployée en mer Rouge, pour couvrir le détroit d’Ormuz. Cette mission comprend notamment un navire français. L’idée d’agir dans un cadre européen plutôt que sous commandement américain est, sur le principe, plus conforme à une logique de souveraineté partagée entre nations européennes que de s’aligner derrière Washington. Encore faut-il que ce cadre soit réel, et non une façade diplomatique masquant une subordination de fait.

Car l’obstacle n’est pas que juridique. L’Espagne a d’ores et déjà signifié que « le mandat actuel d’Aspides est correct et ne nécessite aucune modification ». Kaja Kallas elle-même a posé la vraie question : celle de savoir si « les États membres sont disposés à utiliser effectivement cette mission ». La volonté politique manque. Et sans volonté politique, les structures institutionnelles, qu’elles soient européennes ou atlantiques, ne sont que des coques vides.

L’Europe face à sa propre impuissance

Ce que révèle la crise du détroit d’Ormuz, c’est moins la brutalité de Trump que l’incapacité structurelle des Européens à définir et à défendre collectivement leurs intérêts vitaux. Les approvisionnements en énergie constituent, pour nos économies, un intérêt de premier rang. La liberté de navigation commerciale est une condition de notre prospérité. Et pourtant, l’Europe observe, discute, « envisage des options », pendant que les prix du pétrole continuent leur mouvement haussier et que le conflit s’enlise.

La leçon n’est pas nouvelle, mais elle est chaque fois douloureuse à recevoir : sans capacité militaire propre, sans unité stratégique, sans doctrine d’emploi de la force assumée et indépendante, l’Europe reste condamnée à attendre que Washington décide, puis à négocier sa participation au sein d’une coalition qu’elle n’a pas conçue. C’est précisément cet état de dépendance que la France devrait chercher à rompre, non pas en s’isolant, mais en construisant une puissance qui lui permette de parler d’égal à égal, de choisir ses engagements et de refuser d’être convoquée.

Trump, en nommant la France sans la consulter, a involontairement mis en lumière ce déficit. Il appartient à Paris d’y répondre non par la docilité ni par la posture, mais par une politique étrangère et de défense à la hauteur de ses ambitions proclamées. Pour l’heure, cette politique reste à écrire.

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