🔥 Les essentiels de cette actualité
- 84,3 tonnes de cocaïne saisies, un record annoncé en grande pompe à l’Élysée — mais derrière les fanfares, un chiffre bien plus révélateur se cache dans les données du ministère de l’Intérieur.
- Depuis l’élection de Macron en 2017, le nombre de mis en cause pour trafic de stupéfiants augmente de 7 % chaque année, sans interruption. Huit ans de hausse continue, malgré tous les plans anti-drogue.
- Saisir davantage ne signifie pas que le trafic recule. L’OFDT le confirme : on saisit plus parce qu’il y en a plus, pas parce qu’on en laisse moins passer. Une nuance que le gouvernement omet soigneusement.
- La communication ne remplace pas une politique structurelle. Interdictions de paraître, fermetures administratives, sommets à l’Élysée… et pourtant, les points de deal prospèrent toujours de Marseille à Dunkerque.
Les chiffres présentés ce mardi à l’Élysée lors d’une réunion présidée par Emmanuel Macron sur le narcotrafic sont, à première vue, impressionnants. Quelque 84,3 tonnes de cocaïne saisies en 2025, contre 53,5 en 2024, soit une hausse de 58 %. Le cannabis est lui aussi en augmentation, avec 127,3 tonnes interceptées. Une saisie record de 13 tonnes à Dunkerque en une dizaine de jours, estimée à 865 millions d’euros. Et 146 millions d’euros d’avoirs criminels confisqués sur l’année. Voilà pour la vitrine. Mais derrière les fanfares, un autre chiffre mérite que l’on s’y arrête, longuement et avec toute la lucidité qu’il impose.
Ce chiffre, c’est celui-là : selon les données du ministère de l’Intérieur lui-même, le nombre de mis en cause pour trafic de stupéfiants augmente d’environ 7 % chaque année depuis 2017. Depuis l’élection d’Emmanuel Macron. Huit ans. Huit années de progression continue, ininterrompue, documentée par les services de l’État. Huit années pendant lesquelles les gouvernements successifs de la macronie ont communiqué sur leurs résultats en matière de sécurité, leurs plans anti-drogue, leurs opérations coup de poing, leurs partenariats européens et leurs sommets à l’Élysée. Et pendant ces huit années, le trafic a grossi, s’est structuré, s’est enraciné.
Des saisies record qui masquent un échec structurel
Il faut être honnête intellectuellement : la hausse des saisies n’est pas sans signification. Elle témoigne d’une capacité opérationnelle réelle des forces de l’ordre et des douanes, d’une coopération judiciaire parfois efficace et d’opérations bien menées, comme le démantèlement de la DZ Mafia, avec ses 43 interpellations et la mise au jour d’un avocat soupçonné d’avoir permis à un cadre incarcéré de l’organisation de communiquer avec l’extérieur. Ces hommes et ces femmes qui risquent leur vie pour démanteler ces réseaux méritent une reconnaissance pleine et entière.
Mais saisir davantage de marchandise ne signifie pas que le trafic recule. Cela peut tout aussi bien signifier que le volume total en circulation a tellement augmenté que même des saisies record ne représentent qu’une fraction croissante d’un flux encore plus important. L’OFDT elle-même le relevait en 2024 : les saisies de cocaïne et de stimulants de type amphétamine s’inscrivent dans un contexte de hausse de la production mondiale de stupéfiants. Autrement dit, on saisit plus parce qu’il y en a plus, pas nécessairement parce qu’on en laisse moins passer.
C’est la différence entre un indicateur d’activité et un indicateur de résultat. Le gouvernement présente les premiers comme s’ils étaient les seconds. C’est une confusion que les Français ne devraient pas se laisser imposer.
« 84,3 tonnes de cocaïne ont été saisies l’année dernière, contre 53,5 en 2024, soit une augmentation de 58 %. »
Ce que ces chiffres ne disent pas, c’est combien de tonnes ont échappé aux contrôles. Ce qu’ils ne disent pas non plus, c’est pourquoi, malgré 2.000 interdictions de paraître, 120 fermetures administratives et 250 procédures d’expulsion en 2025, les points de deal continuent de prospérer dans nos villes, de Marseille à Dunkerque, de Roubaix à Bordeaux. Les interdictions de paraître sont une réponse à saluer dans son principe, interdire à un dealer de revenir sur son point de deal relève du bon sens. Mais quand le trafic augmente de 7 % par an, c’est que ces mesures, aussi utiles soient-elles localement, ne s’attaquent pas aux racines du problème.
La communication ne remplace pas la politique
Ce qui frappe dans la séquence de ce mardi, c’est sa mise en scène. Une réunion à l’Élysée présidée par le chef de l’État, un ministre de l’Intérieur qui annonce les saisies, un ministre des Comptes publics qui communique sur le record de Dunkerque, une nouvelle réunion annoncée dans un mois. Le gouvernement fait de la politique de sécurité comme il fait de la politique économique : par la communication d’indicateurs choisis, par des effets d’annonce bien calibrés et par des réunions solennelles destinées à montrer que l’exécutif « agit ».
Mais agir ne suffit pas. Il faut que l’action produise des effets mesurables sur la réalité vécue par les Français. Or la réalité, c’est que depuis huit ans, chaque année, davantage de personnes sont impliquées dans des trafics de stupéfiants sur le territoire national. C’est une tendance lourde, documentée, officielle. Elle traverse les plans et les annonces. Elle résiste aux opérations coup de poing. Elle s’accommode des réunions à l’Élysée.
Poser cette question n’est pas faire le procès des forces de l’ordre, qui font leur travail avec des moyens contraints. C’est faire le procès d’une politique, ou plutôt d’une succession de postures habillées en politique, qui depuis trop longtemps traite la sécurité comme un terrain de communication plutôt que comme un défi structurel exigeant des réponses de fond : sur les frontières, sur la justice, sur les peines réellement exécutées, sur les moyens donnés aux juridictions spécialisées, sur la capacité à frapper durablement les têtes de réseaux plutôt que leurs exécutants interchangeables.
Les 13 tonnes saisies à Dunkerque en dix jours sont un succès opérationnel indéniable. Mais si, dans douze mois, le bilan annuel montre une nouvelle hausse de 7 % des mis en cause, la question ne sera plus de savoir si nos douaniers font bien leur travail. Elle sera de savoir si ceux qui dirigent la politique de ce pays ont enfin décidé de prendre la mesure du problème, ou s’ils se contenteront, une fois encore, d’organiser une réunion.
IMPORTANT - À lire
Derrière les saisies record et les réunions à l'Élysée, la réalité du narcotrafic exige une analyse plus profonde. Chaque mois, notre revue papier décortique ces mécanismes de pouvoir et de communication qui façonnent la France.
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