🔥 Les essentiels de cette actualité
- Trump a notĂ© Macron 8 sur 10 pour sa disposition Ă envoyer des navires sĂ©curiser le dĂ©troit d’Ormuz — avec ce commentaire : « C’est la France, on ne s’attend pas Ă la perfection. »
- Pendant que le Royaume-Uni, l’Allemagne, le Japon et l’Australie refusent d’intervenir, la France reste dans un flou diplomatique inconfortable, ni engagĂ©e, ni vraiment absente.
- L’Ă©pisode rĂ©vèle une contradiction criante : comment dĂ©fendre l’autonomie stratĂ©gique europĂ©enne tout en esquivant une crise maritime majeure impliquant une part considĂ©rable du pĂ©trole mondial ?
- SĂ©curiser Ormuz, c’est potentiellement entrer en confrontation directe avec l’Iran — missiles, drones, doctrine d’escalade. Rien de « très mineur », contrairement Ă ce qu’affirme Trump.
Donald Trump a une façon bien à lui de dire merci à ses alliés. Lundi 16 mars, depuis la Maison Blanche, le président américain a sorti sa calculette diplomatique pour noter ses partenaires sur leur disposition à envoyer des navires sécuriser le détroit d’Ormuz, toujours bloqué par les forces iraniennes. La France a obtenu un 8 sur 10, mention honorable assortie d’un commentaire qui restera dans les annales de la condescendance transatlantique.
« Sur une Ă©chelle de 0 Ă 10, il est Ă 8. Pas parfait. Mais c’est la France ! On ne s’attend pas Ă la perfection… Je pense qu’il va aider. »
La petite phrase fait sourire ou agacer, selon le tempérament. Mais derrière la désinvolture trumpienne caractéristique, il y a une question politique sérieuse que la France ne peut pas esquiver indéfiniment : quelle est exactement sa position dans ce bras de fer entre Washington et Téhéran, et au nom de quoi Macron négocie-t-il sa note ?
Une coalition qui se dérobe, et la France au milieu
Le tableau d’ensemble est éloquent. Trump a appelé ses alliés à l’aide. Le Royaume-Uni a écarté toute intervention de l’OTAN dans la région. L’Allemagne a fait de même. Le Japon et l’Australie ont exclu tout envoi de moyens. La réponse collective des démocraties occidentales et indo-pacifiques à la demande américaine ressemble, pour l’heure, à un vaste mouvement de recul collectif. Dans ce contexte, la France se retrouve dans une position intermédiaire inconfortable : ni refus franc, ni engagement assumé, mais une réponse jugée « encourageante » par Washington, ce qui, en diplomatie, signifie souvent que rien n’a encore été décidé.
Trump, lui, n’a pas caché son irritation. « Depuis quarante ans, nous vous protégeons et vous ne voulez pas vous impliquer dans quelque chose de très mineur », a-t-il lancé à ses alliés. Le reproche est rhétoriquement habile : il retourne contre les Européens l’argument de la dépendance sécuritaire dont ils ont précisément voulu s’affranchir depuis le retour de Trump au pouvoir. Vous réclamez votre autonomie stratégique ? Très bien. Mais alors, assumez-en le coût opérationnel.
C’est là que la situation devient inconfortable pour la France, et singulièrement pour Emmanuel Macron. Depuis plusieurs années, Paris se pose en champion de l’« autonomie stratégique européenne », cette doctrine selon laquelle l’Europe devrait être capable d’agir militairement sans dépendre du parapluie américain. Macron en a fait l’un des axes centraux de sa diplomatie. Or, quand l’occasion se présente de peser réellement dans une crise régionale majeure, un détroit par lequel transite une part considérable du pétrole mondial, la France hésite, tergiverse et récolte un 8 sur 10 de la part d’un président américain qui se paie ouvertement sa tête.
Le prix de l’ambiguĂŻtĂ©
La question n’est pas de savoir si la France doit obéir à Trump. Elle n’a d’ordre à recevoir de personne et certainement pas sous cette forme. La vraie question est celle de la cohérence. On ne peut pas plaider pour l’autonomie stratégique le lundi et rester dans le flou le plus total face à une crise maritime d’une ampleur réelle le mercredi. L’autonomie stratégique n’est pas un slogan de tribune. C’est une capacité concrète qui suppose des choix, des engagements et parfois des risques assumés.
Ce que révèle cet épisode, c’est la fragilité de la posture diplomatique française. La France dispose d’une marine nationale de qualité, d’une tradition de projection de force et d’intérêts économiques évidents dans la libre circulation du pétrole. Elle est membre permanent du Conseil de sécurité. Elle a vocation à compter dans ce type de crise. Mais cette vocation ne se transforme en influence réelle que si elle est accompagnée de décisions claires, et non de réponses suffisamment ambiguës pour mériter une note entre le passable et le bien.
Trump, avec son brutalisme habituel, met le doigt sur quelque chose que les chancelleries européennes préfèrent laisser dans l’ombre : l’écart croissant entre les ambitions affichées et les capacités réelles. « Ils devraient bondir pour nous aider, parce que nous les aidons depuis des années », dit-il. On peut trouver la formule grossière. Elle n’en exprime pas moins une réalité structurelle que l’Europe reporte depuis des décennies : elle consomme de la sécurité sans en produire suffisamment.
Reste que la manière dont Trump formule sa demande pose, elle aussi, un problème de fond. Sécuriser le détroit d’Ormuz n’est pas « quelque chose de très mineur », comme il l’affirme avec une légèreté déconcertante. C’est potentiellement entrer dans le périmètre d’une confrontation avec l’Iran, un État qui dispose de capacités militaires réelles, de missiles, de drones et d’une doctrine d’escalade bien rodée. La France a récemment perdu un soldat en Irak. Elle n’a aucune raison de minimiser ce contexte, ni de s’y engager à la légère sous la pression d’un appel téléphonique présidentiel.
La vraie ligne de crête pour Paris est donc la suivante : affirmer ses intérêts propres dans cette crise, qui sont réels, qu’il s’agisse de la sécurité des approvisionnements énergétiques ou du respect du droit maritime international, sans se laisser enrôler dans une opération dont les contours stratégiques restent flous, et sans non plus se réfugier dans une abstention confortable qui viderait de sens toute prétention à la puissance. Un 8 sur 10, dans cette affaire, n’est pas un résultat satisfaisant. Mais pas forcément pour les raisons qu’imagine Donald Trump.
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