🔥 Les essentiels de cette actualité
- La crise politique française inquiète l’Europe, déjà fragilisée par ses propres défis.
- Les voisins européens craignent une instabilité économique due à l’absence de budget crédible.
- L’Allemagne et l’Italie observent avec préoccupation, tandis que la Belgique prône le compromis.
- La France, autrefois moteur de l’Union, risque de devenir son maillon faible.
Les inquiétudes de nos voisins européens face à la crise politique française ne passent pas inaperçues.
Dans les couloirs de Bruxelles comme dans les vingt-six autres capitales de l’Union, l’atmosphère est lourde.
On s’agite discrètement, on évite les déclarations publiques – la tradition diplomatique veut qu’on ne commente pas la situation interne d’un autre pays – mais les préoccupations sont bien réelles.
Pourtant, sous cette réserve apparente, la nervosité est palpable, et elle est autant politique qu’économique.
« Une France stable contribue grandement à la stabilité de l’Europe », a déclaré lundi 6 octobre un porte-parole du gouvernement allemand.
Une phrase à la politesse toute diplomatique, mais qui masque mal une inquiétude profonde.
Car au moment où le Tchèque Andrej Babiš revient aux affaires, renforçant le camp eurosceptique d’Europe centrale, les élites bruxelloises voient s’effriter le socle d’un projet européen déjà fragilisé.
Les conséquences économiques de l’instabilité politique
Mais c’est sur le terrain économique que l’inquiétude se fait la plus vive. Le calendrier du « semestre européen » tombe à pic : c’est le moment où chaque État membre doit transmettre à la Commission européenne son projet de budget pour examen.
Sans gouvernement stable, la France sera dans l’incapacité de respecter cette échéance, une situation qui crispe sérieusement Bruxelles.
Notre dette publique atteint 114 % du PIB, au-dessus du plafond de 60 % autorisé.
Officiellement, Paris s’est engagé à une « trajectoire de redressement » – comprendre : des coupes budgétaires supplémentaires pour ramener le déficit sous les 3 % d’ici 2029, contre plus de 5 % actuellement. Mais dans les faits, la France peine à convaincre.
Après l’Allemagne, notre pays demeure la deuxième économie de l’Union et aussi son deuxième contributeur net.
L’incapacité à présenter un budget crédible alimente la crainte d’un dérapage : celui d’une crise budgétaire nationale se muant en tempête financière européenne.
Pendant que nos dirigeants s’affrontent pour des postes et des alliances, la confiance des marchés, elle, vacille.
Et pendant que l’Union européenne serre la vis, les Français voient les prix flamber, les salaires stagner et les promesses d’austérité s’accumuler.
À force de trajectoires et de plans de rigueur, c’est toujours le même scénario : ceux qui paient la facture ne sont jamais ceux qui la rédigent.
Berlin observe, la presse allemande étrille
De l’autre côté du Rhin, la crise politique française est suivie avec une attention fébrile.
Si les responsables allemands se gardent bien de tout commentaire trop direct, le malaise est bien présent dans les couloirs du pouvoir berlinois.
Le vice-président de la CDU, Andreas Jung, s’en est ouvert sans détour : selon lui, la stabilité de la France est compromise depuis les législatives de 2024, qui ont accouché d’une majorité introuvable.
Le co-président de l’Assemblée parlementaire franco-allemande, lui, se raccroche encore à la ligne pro-européenne d’Emmanuel Macron, mais il partage les inquiétudes de ses pairs quant à notre déficit et notre endettement hors de contrôle.
La presse allemande, quant à elle, ne fait pas dans la demi-mesure. Le Frankfurter Allgemeine Zeitung, grand quotidien conservateur, parle de la « misère française » et du « patient français ».
Le Süddeutsche Zeitung, classé au centre-gauche, décrit un Emmanuel Macron « buté », qui gérerait son héritage politique de façon « mesquine et presque infantile ».
Et Der Spiegel enfonce le clou, décrivant un président « solitaire », déjà rattrapé par ceux qui se disputent sa succession.
Les critiques sont dures, mais pas surprenantes. Les médias allemands aiment rappeler à la France ses dérives, oubliant souvent que leur propre coalition chancelle et que leur économie ralentit.
Des Italiens soucieux plutôt que moqueurs
À Rome, les réactions sont d’une autre nature. Certes, certains se souviennent encore des piques lancées par des ministres français à l’égard du gouvernement Meloni, mais la tentation de jubiler face au désordre français reste mesurée.
L’Italie de Giorgia Meloni traverse une phase de stabilité politique rare – presque un cas d’école dans l’histoire républicaine italienne.
Là-bas, c’est la préoccupation qui domine. « Ce qu’il se passe en France me préoccupe », confie Lucio, ancien administrateur culturel. « Alors, je dis aux Français : calmez-vous un peu, car nous vivons des temps très difficiles pour préserver l’Europe. »
Même tonalité chez Domenico, commerçant du centre historique :
La situation est très semblable à celle que nous avons subie par le passé. Je pense que le problème principal est lié au président Macron. Une France en crise, c’est nocif pour toute l’Europe. Mais Giorgia Meloni se renforcera certainement un peu aux yeux des États-Unis.
Et pendant que le voisin français s’enlise, la coalition italienne de droite et d’extrême droite engrange les succès : deux victoires régionales en huit jours, d’abord dans les Marches – ancien bastion de la gauche – puis en Calabre, la région la plus pauvre d’Italie.
Leçons venues du Nord : l’art du compromis « à la Belge »
Face à l’impasse institutionnelle française, certains Européens en appellent à une vertu oubliée : le compromis.
Emmanuel Macron, après la démission de Sébastien Lecornu, s’est dit prêt à « prendre ses responsabilités » si la nouvelle tentative de formation d’un gouvernement échouait, laissant à son ancien ministre 48 heures pour trouver une issue.
La députée européenne belge Saskia Bricmont, elle, évoque l’« expérience du compromis à la Belge ».
Mais elle regrette que le président français « s’entête dans une stratégie à droite », alors que « la France est coincée dans son modèle politique ».
Je pense que la culture du compromis gagnerait à s’étendre à la France aujourd’hui et je pense que c’est cela qu’il faut que Macron comprenne et qu’il s’ouvre aussi à la gauche pour faire en sorte de remettre la France sur les rails, parce que la France, d’un point de vue européen, est en train de perdre vraiment sa force et son poids politique sur la scène européenne. On le voit dans les discussions sur le traité commercial avec les pays du Mercosur, où la position de la France était très tranchée. Elle n’influence pas en fait le jeu politique européen, ce qui est quelque part préoccupant. Si je me mets du côté des Français et de la France, il est grand temps de passer à autre chose.
Une Europe fragilisée par la tourmente française
Ce constat résonne dans toute l’Europe : la crise politique française n’est plus un simple épisode national.
Elle pèse sur les équilibres économiques du continent, sur la confiance des investisseurs et sur la cohésion même du projet européen.
Les élites allemandes et italiennes, les technocrates bruxellois et même certains parlementaires belges partagent désormais une même inquiétude : celle de voir la France, jadis moteur de l’Union, devenir son maillon faible.
Et si, après des années à dicter les règles du jeu européen, Paris en venait à en subir les conséquences ?
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