« J’ai le droit absolu d’en imposer de nouveaux » : Trump défie la justice et relance la guerre commerciale mondiale

« J’ai le droit absolu d’en imposer de nouveaux » : Trump défie la justice et relance la guerre commerciale mondiale

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • La Cour suprême américaine a invalidé les droits de douane de Trump — il les a réinstaurés par décret dans la foulée. Un bras de fer constitutionnel qui révèle une doctrine commerciale offensive et assumée.
  • Pendant que Washington et Pékin négocient en tête-à-tête à Paris, l’Europe oscille entre indignation morale et impuissance pratique, incapable de formuler une riposte commerciale souveraine.
  • Soumise à la politique commerciale commune de l’UE, la France ne peut ni négocier seule ni riposter seule. Un déficit de souveraineté qui la rend structurellement vulnérable face aux coups de force de Trump.
  • Le vrai problème n’est pas Trump, c’est l’Europe : elle a cru que les règles internationales la protégeraient. Face à des puissances qui placent leur intérêt national avant tout, cette illusion vole en éclats.

La décision de la Cour suprême américaine du 20 février, invalidant les droits de douane internationaux de grande envergure imposés par Donald Trump, a aussitôt été contournée par le président américain : il les a réinstaurés par décret à un taux de 10 %. La séquence illustre une tension constitutionnelle majeure aux États-Unis, mais elle pose surtout une question stratégique qui concerne directement l’Europe et, au premier chef, la France : comment se comporter face à une Amérique qui fait de la politique commerciale offensive un instrument de puissance, quel que soit l’avis de ses propres juges ?

Trump a été parfaitement explicite sur ses intentions. Sur son réseau Truth Social, il a revendiqué un « droit absolu » d’imposer des droits de douane « sous une autre forme », faisant allusion aux enquêtes commerciales lancées par son administration, notamment une nouvelle série d’enquêtes visant soixante pays, dont les membres de l’Union européenne, la Chine et le Japon, au motif de manquements présumés à la lutte contre le travail forcé. Le prétexte juridique importe peu : ce qui compte, c’est la volonté politique de maintenir une pression tarifaire permanente sur les partenaires commerciaux des États-Unis.

« La Cour connaissait ma position, savait à quel point je tenais à cette victoire pour notre pays, et a pourtant décidé de céder, potentiellement, des milliers de milliards de dollars à des pays et à des entreprises qui profitent des États-Unis depuis des décennies. »

Ces mots de Trump, prononcés lundi, résument une doctrine : les États-Unis ont été trop longtemps naïfs, et il entend y mettre fin par tous les moyens disponibles. On peut contester la méthode, on peut regretter l’unilatéralisme, mais on ne peut pas feindre de ne pas comprendre le raisonnement. Derrière la posture de président bravache se cache une réalité économique que l’Europe a longtemps refusé de regarder en face : le libre-échange sans réciprocité n’est pas du libre-échange, c’est une capitulation organisée.

Une Europe prise en étau, sans doctrine commerciale propre

La réaction de Pékin est, à cet égard, révélatrice. Le ministère chinois du Commerce a qualifié les nouvelles enquêtes commerciales américaines d’actes « totalement unilatéraux, arbitraires et discriminatoires », les dénonçant comme « un acte typique de protectionnisme ». La formule est commode, mais elle mérite d’être retournée : la Chine elle-même pratique depuis des décennies un protectionnisme massif, des subventions d’État à grande échelle et des restrictions d’accès à son marché intérieur. Que Pékin donne des leçons de libre-échange à Washington relève d’une certaine audace rhétorique.

Ce qui se joue en ce moment à Paris, où de hauts responsables américains et chinois se sont rencontrés ce week-end pour tenter de régler leurs différends commerciaux, en prélude à une éventuelle visite de Trump en Chine fin mars ou début avril, c’est une négociation entre grandes puissances qui traitent leur politique commerciale comme une affaire souveraine. Chacune défend ses intérêts avec ses instruments. Pendant ce temps, l’Union européenne oscille entre indignation morale et impuissance pratique.

C’est précisément là que le bât blesse pour la France. Soumise à la politique commerciale commune de l’UE, elle ne peut pas négocier seule ses tarifs douaniers, ses accords bilatéraux ou ses rétorsions commerciales. Elle subit les conséquences des tensions sino-américaines sans en maîtriser les paramètres. Lorsque Washington décide d’enquêter sur soixante pays pour travail forcé, y compris les États membres de l’UE, la France n’a pas d’autre choix que d’attendre que Bruxelles formule une réponse collective, au terme de procédures longues, souvent diluées dans les compromis internes.

La tension entre les visées protectionnistes américaines et les intérêts européens est d’autant plus saillante que Trump cherche simultanément l’appui de ces mêmes partenaires commerciaux dans le dossier du Moyen-Orient, notamment pour débloquer le passage du détroit d’Ormuz et faciliter la circulation du pétrole. Autrement dit : Washington presse ses partenaires de coopérer sur le plan géopolitique tout en maintenant une pression économique sur eux. C’est la définition même d’une diplomatie de force, qui traite l’alliance comme un rapport de services rendus, non comme un partenariat fondé sur des intérêts partagés.

Ce que la souveraineté commerciale exige vraiment

Trump, en imposant ses droits de douane par décret après avoir été contredit par sa propre Cour suprême, incarne une forme brutale d’affirmation souveraine que l’on peut désapprouver dans la méthode tout en comprenant la logique : une nation a le droit, le devoir diront certains, de protéger son industrie, ses travailleurs et ses savoir-faire. Le patriotisme économique n’est pas une insulte. C’est une politique.

La question n’est donc pas de savoir si Trump a raison ou tort de vouloir protéger l’économie américaine. La question est de savoir pourquoi la France et l’Europe semblent incapables de formuler une doctrine commerciale aussi claire et aussi assumée. Nous avons des industries à défendre, des filières stratégiques à préserver, des travailleurs exposés à une concurrence déloyale. Nous avons, nous aussi, des intérêts nationaux. Mais nous n’avons ni la souveraineté pour les défendre seuls, ni la volonté collective pour les défendre ensemble.

Ce que révèle, en définitive, la séquence Trump, Cour suprême, décret, c’est moins la brutalité d’un homme que la vulnérabilité structurelle d’une Europe qui a longtemps cru que les règles internationales suffiraient à la protéger. Elles ne le peuvent pas, et ne le pourront jamais, face à des puissances qui placent leur intérêt national avant les normes qu’elles ont elles-mêmes contribué à établir. Il serait temps que Paris, avec ou sans Bruxelles, tire les leçons de cette évidence.

IMPORTANT - À lire

La vulnérabilité de l'Europe face à Trump n'est qu'un symptôme. Chaque mois, notre revue papier décrypte les rapports de force géopolitiques et économiques qui reconfigurent le monde.

Souveraineté, protectionnisme, diplomatie de force : abonnez-vous pour recevoir des analyses approfondies, loin du bruit médiatique, directement dans votre boîte aux lettres.

Previous Article

« Alias Benito » : Nathalie Saint-Cricq au cœur d’une polémique après ses propos sur Éric Ciotti sur France Info

Next Article

« Les employés des entreprises américaines sont priés de quitter immédiatement ces zones. » : l’Iran cible Amazon, Google et Microsoft dans le Golfe