Affaire Epstein : quand l’oligarchie mondialisée échappe à la justice

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Bill Gates a reconnu publiquement ses liaisons extraconjugales avec des ressortissantes russes — mais ce qu’il tait sur sa relation avec le pédocriminel Jeffrey Epstein est autrement plus troublant.
  • Un brouillon d’e-mail retrouvé dans les dossiers judiciaires suggère qu’Epstein aurait aidé Gates à se procurer des médicaments liés à des relations sexuelles. La défense de Gates ? Accuser un mort qui ne peut plus répondre.
  • Clinton, Gates, Jack Lang… Le carnet d’adresses d’Epstein ressemble au bottin de Davos. Ces élites qui nous donnent des leçons de morale fréquentaient un réseau de trafic sexuel impliquant des mineures.
  • Le ministère de la Justice américain a conclu qu’il n’y avait rien permettant de poursuivre qui que ce soit — malgré des milliers de documents accablants et des témoignages de victimes.

L’affaire Epstein continue de livrer ses secrets et, avec eux, le spectacle édifiant d’une élite mondiale prise la main dans le sac de ses turpitudes. Bill Gates, le philanthrope au sourire débonnaire qui prétend sauver la planète à coups de vaccins et de conférences sur le climat, vient d’avouer publiquement ses « liaisons extraconjugales » devant les membres de sa propre fondation. Une « joueuse de bridge russe », une « physicienne nucléaire russe », on croirait presque un roman d’espionnage mal écrit. Mais le plus troublant n’est pas là. Il réside dans cette proximité assumée, répétée et documentée avec un prédateur sexuel condamné, Jeffrey Epstein, dont le milliardaire de Seattle reconnaît désormais qu’elle fut une « énorme erreur ».

Que savait exactement Bill Gates ? La question mérite d’être posée avec insistance. Car on ne fréquente pas « par erreur » un homme condamné en 2008 pour sollicitation de prostitution auprès d’une mineure. On ne se rend pas « par mégarde » à son domicile new-yorkais, où des photos attestent de visites répétées. On n’invite pas « par inadvertance » les dirigeants de sa fondation caritative à des réunions en sa compagnie. Le brouillon d’e-mail retrouvé dans les dossiers judiciaires, où Epstein évoque avoir aidé « Bill » à se procurer des médicaments pour « remédier aux conséquences de relations sexuelles avec des filles russes », dessine un tableau autrement plus sordide que celui d’une simple « erreur de jugement ».

« Ce courrier électronique n’a jamais été envoyé et il était faux, donc je ne sais pas ce qu’il pensait en faire. »

La défense est habile. Epstein étant mort, il ne peut plus témoigner. Gates peut donc qualifier le défunt de « menteur patenté » sans craindre de contradiction. Mais cette stratégie de communication, qui consiste à tout mettre sur le dos d’un homme qui s’est opportunément suicidé dans sa cellule, ne convainc guère. Elle relève de cette arrogance caractéristique des puissants qui pensent que leur fortune les met à l’abri de toute véritable reddition de comptes.

L’oligarchie mondiale face à ses contradictions

Ce qui frappe dans cette affaire, c’est moins la turpitude individuelle, après tout, l’humanité n’a pas attendu les milliardaires de la Silicon Valley pour produire des comportements déviants, que le système qu’elle révèle. Jeffrey Epstein n’était pas un marginal isolé. Il était un nœud de réseau, un entremetteur au carrefour des mondes de la finance, de la technologie, de la politique et du divertissement. Son carnet d’adresses ressemblait au bottin mondain de Davos.

Bill Clinton, Bill Gates, le patron du Forum économique mondial Borge Brende qui vient de démissionner, Jack Lang et sa fille en France… La liste des personnalités éclaboussées dessine les contours d’une internationale des élites qui se retrouvent dans les mêmes lieux, partagent les mêmes cercles et, manifestement, ferment les yeux sur les mêmes crimes. Ces gens qui nous donnent des leçons de morale sur l’écologie, l’inclusion, les droits de l’homme, fréquentaient un réseau de trafic sexuel impliquant des mineures. L’hypocrisie atteint ici des sommets vertigineux.

Une justice à géométrie variable

La déclaration de Todd Blanche, procureur général adjoint des États-Unis, mérite qu’on s’y arrête. Ancien avocat personnel de Donald Trump, il affirme que le ministère de la Justice a « examiné le dossier » et qu’il n’y a « rien qui permette de poursuivre qui que ce soit ». Circulez, il n’y a rien à voir. Des milliers de documents accablants, des témoignages de victimes, des photos compromettantes, mais aucune poursuite. L’affaire est close avant même d’avoir véritablement commencé.

On mesure ici l’abîme qui sépare la justice des puissants de celle du commun des mortels. Qu’un citoyen ordinaire soit soupçonné d’avoir fréquenté un réseau pédocriminel et les enquêteurs retourneraient chaque pierre de son existence. Mais, quand il s’agit de milliardaires et d’anciens présidents, le ministère de la Justice américain découvre soudain les vertus de la retenue et de la présomption d’innocence.

Cette impunité structurelle alimente, à juste titre, la défiance des peuples envers leurs élites. Comment demander aux Français, aux Américains, aux citoyens du monde entier de respecter des règles que les plus puissants piétinent allègrement ? Comment exiger des classes populaires qu’elles fassent confiance à des institutions qui protègent manifestement ceux qui devraient être leurs justiciables les plus surveillés ?

La Fondation Gates continuera sans doute ses activités philanthropiques. Bill Gates reprendra probablement ses conférences sur le réchauffement climatique et la santé mondiale. Les médias dominants, après quelques jours d’effervescence, passeront à autre chose. Mais quelque chose s’est définitivement brisé. Le vernis de respectabilité qui recouvrait cette oligarchie mondialisée a craqué. Et aucun milliard ne suffira à le réparer.

Pour les nations soucieuses de leur souveraineté, la leçon est claire. Ces élites déracinées, qui circulent de Davos à Manhattan, de fondations en think tanks, ne partagent ni nos valeurs, ni nos préoccupations, ni notre sens de la justice. Elles constituent un monde à part, avec ses propres règles, ou plutôt son absence de règles. Face à cette réalité, l’attachement aux cadres nationaux, aux institutions démocratiques contrôlables par les citoyens, aux valeurs transmises par nos civilisations, n’apparaît pas comme un repli frileux. Il s’impose comme une nécessité vitale. Car c’est dans l’enracinement que se trouve le rempart contre la corruption des puissants sans patrie.

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