704 mineures prostituées en 2025 : la loi de 2016 face à ses limites

704 mineures prostituées en 2025 : la loi de 2016 face à ses limites

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • En 2025, 704 mineures ont été recensées comme victimes de prostitution en France, soit une hausse de 43 % en quatre ans — un chiffre qui cache une réalité plus complexe qu’il n’y paraît.
  • Snapchat, sites d’annonces, réseaux sociaux : 86 % des mises en contact passent désormais par le numérique, transformant radicalement les modes d’exploitation et rendant le repérage bien plus difficile.
  • La loi de 2016 pénalisant les clients affiche un bilan en demi-teinte : seulement 1 442 contraventions dressées sur tout le territoire, avec des disparités criantes selon les régions.
  • Associations sous-financées, coordination insuffisante, prévention défaillante : pourquoi le dispositif français peine-t-il encore à endiguer une tendance qui ne s’inverse pas ?

En quatre ans, la prostitution des mineures a augmenté de 43 % en France. Ce chiffre, publié par l’Observatoire national des violences faites aux femmes, est d’une brutalité statistique qui mérite qu’on s’y arrête sans détour. En 2025, 704 mineures ont été recensées comme victimes par les forces de l’ordre, 416 victimes de proxénétisme, 288 victimes de recours à la prostitution. Elles étaient 659 en 2024. La quasi-totalité sont des filles, à 94 %. Ces chiffres ne sont pas des abstractions : ils désignent des enfants dont les corps ont été, selon les mots de la ministre déléguée à l’Égalité femmes-hommes Aurore Bergé, transformés en ressources exploitées.

« L’exploitation sexuelle, loin de reculer, se reconfigure et la prostitution des mineurs en constitue aujourd’hui l’une des manifestations les plus alarmantes. »

Avant d’interpréter cette hausse, une précaution méthodologique s’impose, et la Miprof elle-même la formule : une partie de cette progression reflète un meilleur repérage des victimes, une amélioration des conditions d’accueil dans les commissariats et les gendarmeries, et un travail associatif de terrain plus structuré. Ce n’est pas une progression à somme nulle, le phénomène réel s’aggrave, mais c’est une donnée honnête qui empêche toute lecture purement catastrophiste. La visibilité statistique d’un phénomène n’est pas identique à son ampleur réelle, et confondre les deux conduirait à des diagnostics erronés.

Cela dit, l’explication par le seul progrès du repérage ne suffit pas. Car ce qui ressort avec insistance des données, c’est la mutation du phénomène lui-même. Le numérique est devenu le vecteur central de l’exploitation : en 2025, pour 86 % des jeunes accompagnées par l’Amicale du Nid, la mise en contact avec les clients s’est faite au moins en partie via des outils numériques, Snapchat en tête, complété par des annonces sur des sites internet. Ce n’est plus la rue, c’est l’écran. Ce n’est plus le proxénète de coin de quartier visible des riverains, c’est un réseau diffus, rapide, difficile à saisir pour les enquêteurs comme pour les parents.

L’angle mort de la pénalisation des clients

C’est précisément là que la question de l’efficacité des outils législatifs disponibles devient centrale. La loi de 2016 a fait de la pénalisation des clients le pilier de la politique abolitionniste française. Or les chiffres publiés par la Miprof révèlent un décalage préoccupant entre l’ambition de la loi et sa mise en œuvre : seulement 1 442 contraventions ont été dressées en 2025 sur l’ensemble du territoire national. Ce chiffre est faible au regard des 40 000 personnes estimées en situation de prostitution en France. Pire, il varie fortement d’un territoire à l’autre, ce qui trahit une application inégale, tributaire des priorités locales plutôt que d’une doctrine nationale cohérente.

La Miprof souligne par ailleurs que la baisse de 8 % du nombre de personnes majeures en situation de prostitution enregistrées entre 2021 et 2025 s’expliquerait en partie par une réorientation des forces de l’ordre vers d’autres types de délinquance. C’est un aveu discret mais révélateur : la prostitution n’est pas, dans la pratique quotidienne du maintien de l’ordre, une priorité constante et uniforme. Les ressources policières étant finies, les arbitrages se font, et la lutte contre le système prostitutionnel en pâtit.

Dans ce tableau, un signal positif mérite d’être signalé : le nombre de condamnations définitives prononcées pour proxénétisme, proxénétisme aggravé, recours à la prostitution et infractions connexes a doublé entre 2017 et 2024. La réponse judiciaire, elle, se renforce. Mais ce durcissement répressif en aval ne compense pas encore l’insuffisance de la prévention et de la détection en amont, notamment là où les mineures sont les plus vulnérables, dans les foyers de l’aide sociale à l’enfance, dans les établissements scolaires, dans les espaces numériques que fréquentent quotidiennement des adolescentes.

Car c’est bien la spécificité de la prostitution des mineures qui commande une réponse distincte. Une mineure n’est pas une adulte en situation de vulnérabilité : elle ne dispose d’aucune capacité légale de consentement, et tout acte de recours à la prostitution sur une mineure est, par définition, une agression sexuelle aggravée. Le débat qui traverse parfois la société française sur le statut des adultes prostituées, entre tenants de l’abolitionnisme et partisans d’une reconnaissance professionnelle, ne s’applique pas ici. Sur les mineures, il n’y a pas d’ambiguïté juridique ni morale à entretenir.

Ce qui reste en suspens, et que les chiffres seuls ne tranchent pas, c’est la question de l’architecture institutionnelle de la réponse. Les associations de terrain font un travail de repérage que les institutions publiques ne pourraient pas assurer seules. Mais leur action reste fragmentée, sous-financée à l’échelle des besoins, et dépendante de la bonne volonté locale. La hausse de 43 % en quatre ans pose, in fine, une question de doctrine autant que de moyens : les outils législatifs sont là, les acteurs associatifs sont mobilisés, la conscience politique semble réelle, mais la coordination, elle, reste le maillon faible d’un dispositif qui peine à endiguer une tendance dont les données les plus récentes montrent qu’elle ne s’inverse pas.

IMPORTANT - À lire

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Source : lefigaro.fr

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