🔥 Les essentiels de cette actualité
- À Saint-Denis, un policier municipal témoigne anonymement : des individus connus pour leur participation à des points de deal auraient célébré la victoire de Bally Bagayoko directement à l’Hôtel de Ville.
- Quelques heures seulement après l’élection, des points de trafic se réinstallent dans des secteurs assainis depuis des années : le travail de toute une mandature s’effacerait à grande vitesse.
- Le nouveau maire insoumis a ordonné le désarmement progressif de sa police municipale et mis fin aux patrouilles préventives dans les cités : une doctrine sécuritaire radicalement inversée par décision idéologique.
- Résultat : plusieurs cadres de la police municipale prépareraient déjà leur départ vers d’autres communes, emportant avec eux des années d’expertise terrain difficilement reconstituables.
À Saint-Denis, la question n’est pas abstraite. Elle ne relève ni d’une querelle idéologique de salon ni d’un débat académique sur les modèles de sécurité urbaine. Elle est concrète, quotidienne et se pose dans les rues, aux abords des gares et dans les cités. Depuis l’élection de Bally Bagayoko à la mairie, un policier municipal de la ville a choisi de parler. Anonymement, mais clairement.
Ce témoignage, recueilli par le journaliste Amaury Bucco, décrit une séquence qui frappe par sa brutalité symbolique : dans les heures suivant la victoire du nouveau maire, des individus connus des services de police, décrits comme des participants actifs à des points de deal, auraient pénétré dans l’Hôtel de Ville pour célébrer le résultat du scrutin.
« On a pu le voir lors de la soirée des résultats à l’Hôtel de Ville, effectivement, ce sont des dizaines et des dizaines d’individus, connus de nos services, des participants de points stups, qui ont pu pénétrer dans l’Hôtel de Ville, qui ont pu célébrer la victoire du nouveau maire. »
Si ce témoignage est exact, et rien, à ce stade, ne permet de le contester, il ne s’agit pas d’un détail anecdotique. Il ne s’agit pas non plus d’une coïncidence malheureuse. Il décrit une scène où ceux qui font profession d’enfreindre la loi ont ressenti, dans l’élection d’un maire, une promesse de retour à une situation antérieure. Ces individus, toujours selon le policier, espéraient « retrouver le calme et la quiétude qu’ils avaient avant 2020 ». Autrement dit : le calme des dealers, pas celui des habitants.
Une reconquête défaite en quelques heures
Ce qui est décrit ici est l’effacement rapide d’un travail de fond. Pendant la mandature de Mathieu Hanotin, la sécurité avait été érigée en priorité. Les 140 agents de la police municipale de Saint-Denis avaient progressivement repris du terrain sur les trafics, repoussé les points de deal et réduit la visibilité des réseaux. Des résultats visibles, concrets, mesurables à l’échelle du quotidien : des « chaises en pleine rue » qui avaient disparu, des secteurs redevenus praticables.
Quelques heures après l’élection, selon le même témoin, ces acquis commençaient déjà à se défaire. Des points de vente se réinstallaient dans des secteurs « où ces choses avaient disparu depuis plusieurs années ». Les ventes à la sauvette autour de la gare et en centre-ville se multipliaient « à grande vitesse ». Et surtout : les délinquants « ne se cachent plus du tout ».
Cette dernière formule mérite que l’on s’y arrête. La visibilité du trafic n’est pas seulement un indicateur d’activité criminelle : c’est un signal adressé à l’ensemble du tissu social. Quand les réseaux se montrent, c’est qu’ils ont évalué le rapport de forces et conclu qu’ils pouvaient le faire. C’est un message adressé aux riverains autant qu’aux forces de l’ordre. Et ce message, dans les heures suivant l’élection de Bally Bagayoko, semblait déjà envoyé.
Des agents réduits à l’attente
Le nouveau maire insoumis a annoncé le désarmement progressif de sa police municipale, en commençant par le retrait des lanceurs de balles de défense. Mais au-delà de l’équipement, c’est la doctrine d’emploi elle-même qui semble avoir changé. Selon le policier interrogé, les patrouilles n’interviennent désormais plus dans les quartiers des cités, sauf sur appel ou réquisition des habitants via le Centre de supervision urbain. Les saisies de marchandises illicites, tabac et nourriture vendus hors cadre légal, auraient également cessé.
Cette évolution est profonde. Une police municipale qui ne patrouille plus, qui n’intervient plus de manière préventive et qui attend d’être appelée pour agir n’est plus une présence dissuasive : elle devient une force de réaction différée. Or la dissuasion, en matière de sécurité urbaine, tient précisément à la présence visible et active des agents dans l’espace public. C’est précisément cette présence que la nouvelle direction politique semble avoir décidé de retirer.
Le sentiment d’amertume décrit par ce policier est celui de professionnels qui ont vu leur travail de plusieurs années se défaire sous leurs yeux, non pas à cause d’un échec opérationnel, mais d’une décision politique. Ajoutons que, selon des informations rapportées par Europe 1, plusieurs cadres de la direction de la police municipale prépareraient leur départ vers d’autres communes. Ce n’est pas une fuite ordinaire : c’est le départ de ceux qui avaient construit, sur le terrain, les résultats que la nouvelle équipe municipale semble vouloir effacer.
Le cas de Saint-Denis pose une question simple, mais fondamentale : une politique de sécurité est-elle réversible par décision idéologique ? La réponse, à en croire ce témoignage, est oui, et très vite. Ce qui a demandé des années à construire peut se défaire en quelques heures si la volonté politique disparaît. Les habitants de Saint-Denis, eux, n’ont pas le luxe d’attendre que le prochain scrutin municipal rétablisse ce que celui-ci vient de détruire.
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