« Rends-toi, tout simplement » : le frère d’Agnès Dupont de Ligonnès brise quinze ans de silence

« Rends-toi, tout simplement » : le frère d'Agnès Dupont de Ligonnès brise quinze ans de silence

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Quinze ans après le drame, le frère d’Agnès Dupont de Ligonnès brise enfin le silence et adresse un message direct au fugitif : « Rends-toi, tout simplement. »
  • Xavier Dupont de Ligonnès reste introuvable malgré un mandat d’arrêt international — une fausse arrestation en Écosse et une piste texane récente illustrent l’impasse totale de l’enquête.
  • Derrière les rebondissements médiatiques se cache une réalité humaine rarement évoquée : l’impossibilité de faire son deuil quand un meurtrier présumé reste en fuite.

Quinze ans. C’est le temps qu’il a fallu à Guillaume Abbas Hodanger pour décider de prendre publiquement la parole. Le frère d’Agnès Dupont de Ligonnès s’est exprimé ce 11 avril sur France 5, dans l’émission C à vous, pour la première fois depuis la découverte, en avril 2011, des corps de sa sœur et de ses quatre neveux et nièces sous la terrasse de leur maison nantaise. Ce silence de quinze ans n’a rien d’une posture : il dit quelque chose de la douleur particulière des familles de victimes dans les affaires sans résolution, condamnées à vivre dans une attente que le temps ne comble pas.

Son message est clair, sans détour. Guillaume Abbas Hodanger dit n’avoir « aucun doute » sur la responsabilité de Xavier Dupont de Ligonnès, estimant que « tous les faits concordent » et qu’il n’existe pas d’autre suspect concevable. Il souhaite que l’affaire se referme, pour pouvoir enfin faire son deuil. Il s’adresse directement au fugitif.

« Rends-toi, tout simplement. »

Cette phrase, adressée à un homme dont on ne sait ni où il se trouve, ni même avec certitude s’il est encore en vie, résume à elle seule l’étrangeté de cette affaire. L’une des particularités les plus troublantes du dossier Dupont de Ligonnès tient précisément à cela : on ne sait pas. On ne sait toujours pas où est cet homme, quinze ans après que sa disparition a été constatée dans le Var. Cette ignorance fondamentale a nourri, saison après saison, un feuilleton judiciaire et médiatique sans précédent dans l’histoire criminelle française récente.

Une enquête suspendue dans le vide

L’affaire s’est singularisée très tôt par la multiplication des fausses pistes. La plus spectaculaire reste celle de Glasgow, en octobre 2019 : la police écossaise annonce avoir arrêté le fugitif à l’aéroport, des enquêteurs français se déplacent, une perquisition est menée à Limay, la presse annonce sa capture. Il s’agissait en réalité de Guy Joao, un retraité français d’origine portugaise, détenu pendant environ 26 heures avant que les tests ADN ne dissipent toute confusion. L’épisode, embarrassant pour les autorités, illustre les effets pervers d’une affaire trop médiatisée : une ressemblance physique approximative suffit à déclencher une machine judiciaire et médiatique difficile à arrêter.

Plus récemment, fin mars 2026, c’est depuis le Texas que la piste a semblé se ranimer. Le shérif Ronny Dodson, du comté de Brewster, a lancé un appel à témoins autour d’un individu qui aurait « un accent français » et lui ressemblerait « beaucoup ». Le parquet de Nantes a indiqué ne pas avoir été informé de cet appel à témoins par les autorités texanes, et que cette hypothèse reste à ce stade invérifiée par la justice française. Un épisode de plus dans une longue série de signalements aux quatre coins du monde, en Europe, en Amérique du Nord et ailleurs, qui n’ont jamais abouti à une interpellation.

Ce que révèle cette accumulation de fausses pistes, c’est moins l’incompétence des enquêteurs qu’une réalité structurelle : sans corps, sans aveu, sans témoin crédible, une enquête criminelle peut se trouver durablement paralysée, réduite à réagir aux signalements plutôt qu’à progresser de manière autonome. Le mandat d’arrêt international existe. Il n’a, à ce jour, produit aucun résultat tangible.

Le deuil impossible des familles

C’est dans ce contexte que la prise de parole de Guillaume Abbas Hodanger prend tout son sens et toute sa dimension humaine. Il ne vient pas apporter d’éléments nouveaux au dossier. Il ne prétend pas détenir une information ignorée des enquêteurs. Il vient simplement dire, publiquement, ce que quinze années d’absence de résolution imposent à une famille : l’impossibilité de tourner la page quand celle-ci n’a pas de fin.

La question du deuil dans les affaires criminelles non résolues est rarement traitée pour ce qu’elle est : une forme de violence prolongée faite aux proches des victimes. Lorsqu’un meurtrier est jugé et condamné, la société offre au moins un cadre, une reconnaissance, une clôture symbolique. Lorsqu’il reste en fuite, ce cadre n’existe pas. Les familles demeurent dans une sorte d’entre-deux juridique et psychologique, ni vraiment endeuillées, ni libérées de l’attente.

Guillaume Abbas Hodanger dit vouloir que « cette affaire se ferme ». C’est une demande à la fois simple et impossible tant que Xavier Dupont de Ligonnès n’est pas retrouvé. Elle rappelle, s’il en était besoin, que derrière les rebondissements médiatiques, les appels à témoins transatlantiques et les arrestations spectaculaires avortées, il y a des personnes réelles dont la vie a été fracturée un matin d’avril 2011, et qui attendent encore.

IMPORTANT - À lire

L'affaire Dupont de Ligonnès illustre ce que les grandes affaires criminelles révèlent : des familles brisées, une justice suspendue, une société qui cherche des réponses.

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Source : lindependant.fr

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