Minelli replonge dans le redressement judiciaire : quand le « toujours moins cher » détruit le commerce français

Minelli replonge dans le redressement judiciaire : quand le « toujours moins cher » détruit le commerce français

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Minelli vient d’être placée en redressement judiciaire pour la deuxième fois en moins de trois ans, avec 3,7 millions d’euros de pertes — malgré une restructuration drastique qui avait déjà coûté 400 emplois.
  • Derrière cette faillite en série, un adversaire nommé Shein : une plateforme asiatique qui écrase les prix grâce à des avantages douaniers et sociaux que les enseignes françaises n’ont tout simplement pas.
  • Minelli n’est pas un cas isolé : Claire’s, Jennyfer, Okaïdi, IKKS… tout le commerce de détail français du milieu de gamme s’effondre face au même déséquilibre de concurrence.
  • Le vrai responsable n’est ni le repreneur ni le marché, mais l’absence totale de politique commerciale protectrice de la part de l’État — et cet article en fait la démonstration.

Le redressement judiciaire de Minelli, prononcé en mars dernier par le tribunal des activités économiques de Paris, n’est pas qu’un fait divers économique. C’est un symptôme. Deux ans et demi après un premier sauvetage qui avait coûté à l’enseigne plus des deux tiers de ses effectifs, passés de 600 à moins de 200 salariés, la marque se retrouve à nouveau en cessation de paiements, avec 3,7 millions d’euros de pertes sur son dernier exercice. Tout ce chemin pour revenir à la case départ.

Créée en 1973, Minelli incarnait une certaine idée du commerce français : une enseigne spécialisée, ancrée dans un savoir-faire, offrant à des femmes des chaussures et articles de maroquinerie à un positionnement intermédiaire, ni le luxe inaccessible, ni le bas de gamme sans âme. Ce créneau, qui semblait solide pendant des décennies, s’est révélé être le plus exposé lorsque le marché a basculé.

Quand le « toujours moins cher » écrase tout sur son passage

Car c’est bien là que réside le cœur du problème. Des marques comme Minelli, Claire’s, Jennyfer, Okaïdi ou IKKS, toutes passées par la case redressement judiciaire ces deux dernières années, partagent un point commun : elles se trouvent coincées entre deux forces contraires. D’un côté, des consommateurs aux budgets contraints qui arbitrent en faveur du prix le plus bas. De l’autre, des plateformes asiatiques comme Shein, capables de proposer des articles à des tarifs défiant toute concurrence, grâce à des chaînes de production délocalisées, des conditions sociales opaques et des avantages logistiques considérables.

Face à ce dumping structurel, les enseignes françaises du milieu de gamme ne peuvent pas gagner à ce jeu-là. Elles ne le peuvent pas parce qu’elles opèrent dans un cadre légal et fiscal qui leur impose des charges que leurs concurrentes asiatiques ignorent superbement. Elles paient des cotisations sociales, respectent le droit du travail, acquittent la TVA, louent des locaux commerciaux à prix élevé dans des centres-villes et des centres commerciaux. Shein, elle, bénéficie, jusqu’à très récemment du moins, de dispositifs douaniers avantageux qui lui permettaient d’expédier des colis individuels en franchise de droits de douane.

« Une dizaine de boutiques reprises s’avèrent être déficitaires. »

Ce constat, tiré du jugement de sauvegarde consulté par l’AFP, résume à lui seul l’impasse dans laquelle se trouvait la nouvelle entité « Maison Minelli » depuis sa création. Les repreneurs, des investisseurs associés à la marque « Mes Demoiselles Paris », avaient pris le pari d’un redressement par la restructuration. Ils ont taillé dans les effectifs, fermé des boutiques, réorganisé l’ensemble. Mais restructurer ne suffit pas quand le modèle lui-même est attaqué à sa base.

Il serait trop simple de faire porter la responsabilité aux seuls repreneurs. La vraie question est celle des conditions dans lesquelles le commerce de détail français peut encore exister face à une concurrence internationale qui joue selon des règles fondamentalement différentes. Ce n’est pas une question de dynamisme entrepreneurial ou de qualité de management : c’est une question de règles du jeu. Et les règles du jeu, actuellement, sont fixées au détriment des acteurs installés sur le territoire national.

Un patriotisme économique qui ne peut rester un slogan

Le patriotisme économique est une conviction que l’on entend proclamer régulièrement dans les discours officiels. Mais proclamer ne protège pas. Ce qui protège, c’est une politique commerciale qui impose aux acteurs étrangers les mêmes contraintes que celles pesant sur les acteurs français. Ce qui protège, c’est un mécanisme douanier sérieux aux frontières européennes, une taxation équitable des plateformes étrangères et une préférence assumée pour les entreprises qui maintiennent des emplois sur le territoire.

Le cas Minelli illustre ce que coûte concrètement l’absence de tels outils : des emplois perdus, d’abord par centaines lors de la première procédure, peut-être davantage à l’issue de celle-ci. Des boutiques qui ferment dans des rues commerçantes déjà fragilisées. Un savoir-faire commercial et une marque patrimoniale qui risquent de disparaître. Les pertes humaines, elles, sont déjà comptabilisées : les 400 salariés partis lors de la reprise de 2024 ne sont pas revenus.

La multiplication des procédures collectives dans le secteur de la mode et des accessoires n’est pas une coïncidence malheureuse. C’est la traduction visible d’un déséquilibre de concurrence que ni le marché seul, ni les repreneurs les mieux intentionnés, ne peuvent corriger. Il n’y a pas de reprise possible pour des entreprises comme Minelli tant que les conditions structurelles qui les condamnent ne sont pas modifiées. C’est à la puissance publique d’agir, et elle ne l’a pas fait.

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