La tension monte entre l’Iran et l’AIEA

IRAN AIEA

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • La tension monte entre l’Iran et l’AIEA après les critiques d’Abbas Araghchi contre Rafael Grossi. Le ministre iranien dĂ©nonce des intentions malveillantes derrière les demandes d’inspection.
  • Un journal iranien appelle Ă  « exĂ©cuter » le directeur gĂ©nĂ©ral de l’AIEA, provoquant une rĂ©action internationale. L’ambassadeur iranien tente de rassurer sur la sĂ©curitĂ© des inspecteurs.
  • Les diplomates europĂ©ens exhortent l’Iran Ă  coopĂ©rer et Ă  garantir la sĂ©curitĂ© du personnel de l’AIEA. Le prĂ©sident iranien confirme la rupture de la coopĂ©ration avec l’agence.
  • L’Iran cache probablement une partie de son uranium enrichi, rendant les inspections difficiles. Le rĂ©gime des mollahs joue au chat et Ă  la souris avec la communautĂ© internationale.

En Iran, la tension monte d’un cran avec l’AIEA. Abbas Araghchi, ministre iranien des Affaires Ă©trangères, n’a pas hĂ©sitĂ© Ă  s’en prendre Ă  Rafael Grossi, dirigeant de l’agence onusienne, ce vendredi. Rafael Grossi souhaite inspecter les sites nuclĂ©aires iraniens qui ont Ă©tĂ© rĂ©cemment bombardĂ©s, une demande qui passe mal Ă  TĂ©hĂ©ran.

« L’insistance de Rafael Grossi Ă  visiter les sites bombardĂ©s (…) n’a pas de sens et peut mĂŞme cacher des intentions malveillantes », a dĂ©clarĂ© Abbas Araghchi dans un message publiĂ© sur X. Le ministre reproche notamment au dirigeant de l’AIEA son silence face aux frappes israĂ©liennes et amĂ©ricaines contre des installations nuclĂ©aires du pays.

L’affaire a pris une tournure encore plus explosive quand un journal iranien a carrĂ©ment appelĂ© Ă  « exĂ©cuter » le directeur gĂ©nĂ©ral de l’AIEA. Une situation tellement tendue que TĂ©hĂ©ran a dĂ» faire marche arrière dimanche, par la voix de son ambassadeur Ă  l’ONU, Amir Saeid Iravani.

L’Europe appelle l’Iran à la coopération

« Non, il n’y a aucune menace » contre les inspecteurs ou le directeur gĂ©nĂ©ral, a tentĂ© de rassurer Amir Saeid Iravani sur CBS. InterrogĂ© sur les menaces de mort publiĂ©es dans Kayhan (quotidien ultraconservateur proche des cercles du pouvoir), le diplomate a simplement affirmĂ© que les inspecteurs prĂ©sents en Iran « sont en sĂ©curitĂ© ». Une dĂ©claration qui ne convaincra probablement personne, tant la pression monte dans ce bras de fer entre TĂ©hĂ©ran et l’Occident.

Le torchon brĂ»le entre l’Iran et l’AIEA : Paris, Berlin et Londres s’agitent en coulisses.

Les diplomates europĂ©ens, eux, ont sorti leurs plus beaux stylos ce lundi 30 juin pour tenter de calmer le jeu. Jean-NoĂ«l Barrot, Johann Wadephul et David Lammy – les chefs de la diplomatie française, allemande et britannique – demandent Ă  l’Iran de « prendre toutes les mesures nĂ©cessaires pour garantir la sĂ»retĂ© du personnel de l’AIEA ».

Nous exhortons l’Iran (…) Ă  prendre toutes les mesures nĂ©cessaires pour garantir la sĂ»retĂ© et la sĂ©curitĂ© du personnel de l’AIEA.

Ils supplient aussi TĂ©hĂ©ran de ne pas claquer la porte de sa coopĂ©ration avec l’agence atomique.

Les réactions internationales

Plus tĂ´t dans la journĂ©e, la France avait dĂ©jĂ  jouĂ© cavalier seul en rĂ©clamant que l’Iran respecte « pleinement et immĂ©diatement » ses obligations internationales. Des mots qui sonnent creux quand on connaĂ®t l’influence rĂ©elle de Paris sur la scène internationale…

Mais Ă  TĂ©hĂ©ran, on n’a visiblement que faire des injonctions occidentales. Le prĂ©sident iranien Massoud Pezeshkian a confirmĂ© sans dĂ©tour que son pays avait rompu sa coopĂ©ration avec l’Agence internationale de l’Ă©nergie atomique. La raison ? Il dĂ©nonce la conduite du chef de l’AIEA envers son pays.

Dans un Ă©change tĂ©lĂ©phonique avec Emmanuel Macron dimanche soir, le prĂ©sident iranien s’est montrĂ© direct avec son homologue français. « L’initiative prise par des membres du Parlement (…) est une rĂ©ponse naturelle Ă  la conduite injustifiĂ©e, non constructive et destructrice du directeur gĂ©nĂ©ral de l’Agence internationale de l’Ă©nergie atomique », a indiquĂ© Massoud Pezeshkian Ă  Emmanuel Macron, d’après un communiquĂ© de son bureau. Une nouvelle fois, les tensions montent entre TĂ©hĂ©ran et les instances internationales, qui semblent incapables de dialoguer sans arrière-pensĂ©es politiques.

Contrairement Ă  nos dirigeants occidentaux, Massoud Pezeshkian semble dĂ©fendre sans complexe les intĂ©rĂŞts de son pays face aux pressions extĂ©rieures. Le ton ferme employĂ© face Ă  Emmanuel Macron montre bien qu’il n’entend pas se plier aux injonctions d’organisations internationales dont l’impartialitĂ© est de plus en plus contestĂ©e.

Une opacité persistante

Le dossier iranien reste une poudrière. Selon plusieurs spĂ©cialistes, il est impossible d’Ă©valuer concrètement les dĂ©gâts causĂ©s lors des frappes contre les installations nuclĂ©aires iraniennes, surtout dans celles de Fordo. C’est lĂ , rappelons-le, que l’Iran garde ses milliers de centrifugeuses d’enrichissement d’uranium.

La semaine dernière, le patron de l’AIEA a exigĂ© d’accĂ©der aux installations nuclĂ©aires iraniens. Pourquoi ? Probablement pour retrouver la trace de l’uranium hautement enrichi que possède TĂ©hĂ©ran. On parle quand mĂŞme de plus de 400 kilos d’uranium enrichi Ă  plus de 60% – autant dire presque prĂŞt pour fabriquer l’arme atomique.

Difficile de croire à la transparence du régime des mollahs. De nombreux experts estiment que les Iraniens ont probablement caché une bonne partie de ce stock sensible dans des endroits tenus secrets.

L’Iran face aux inspections internationales

Les autoritĂ©s iraniennes jouent au chat et Ă  la souris avec la communautĂ© internationale depuis des annĂ©es. Et pendant ce temps-lĂ , nos gouvernements semblent incapables d’obtenir des garanties sĂ©rieuses sur le programme nuclĂ©aire iranien.

Ce n’est pas la première fois que l’Iran esquive les inspections. Cette tactique dilatoire leur a permis d’avancer tranquillement dans leur programme nuclĂ©aire, pendant que nos diplomates s’Ă©poumonent dans des salles de confĂ©rence sans rĂ©sultat concret.

L’Iran tourne le dos Ă  l’AIEA, ce qui fait craindre le pire. Selon le directeur de l’agence, Rafael Grossi, les Iraniens pourraient relancer l’enrichissement d’uranium « d’ici quelques mois » – voilĂ  ce qu’il a dĂ©clarĂ© sur CBS.

Ballet diplomatique

Que TĂ©hĂ©ran puisse dĂ©velopper un programme nuclĂ©aire clandestin n’Ă©tonne plus personne, surtout quand on sait comment les grandes puissances manipulent ces informations selon leurs intĂ©rĂŞts.

Ce ballet diplomatique, qu’on nous prĂ©sente comme essentiel pour notre sĂ©curitĂ©, ressemble de plus en plus Ă  un jeu de dupes oĂą les mĂŞmes acteurs reviennent pĂ©riodiquement nous annoncer tantĂ´t des progrès, tantĂ´t des reculs.

Entre temps, nos dirigeants continuent de prĂ©tendre qu’ils maĂ®trisent la situation alors que le dossier iranien s’enlise depuis des dĂ©cennies, creusant toujours plus profond dans nos poches. Et pendant qu’on surveille le Moyen-Orient, qui surveille les vrais problèmes des Français ?

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