La grogne monte chez les industriels européens du textile

La grogne monte chez les industriels européens du textile

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Les industriels européens du textile exigent des actions immédiates de l’UE contre la fast fashion. Ils dénoncent une concurrence déloyale et réclament une réforme urgente du code des douanes.
  • Les géants asiatiques comme Shein inondent le marché européen, menaçant des milliers d’emplois. Les fédérations textiles appellent à des sanctions lourdes et à un dialogue avec la Chine.
  • En France, les entreprises textiles souffrent, avec des pertes de chiffre d’affaires importantes. Le savoir-faire français est en danger face à l’inaction de Bruxelles.

Les industriels européens en ont assez des promesses vides : elles réclament une action européenne maintenant !

Dans un courrier cinglant envoyé à Bruxelles, ils exigent que l’UE cesse de tergiverser face à l’invasion de la « fast fashion » qui écrase notre économie.

Ces patrons sont à bout. Finis les « on va réfléchir » et les « on va mettre en place un comité ».

Dans leur lettre commune, ils tapent du poing sur la table et rappellent qu’ils « ne peuvent plus attendre des années avant que des mesures ne soient prises contre la mode ultra-express ».

Les mots sont sans équivoque : « sans délai », « immédiatement » – un vocabulaire inhabituel dans ce type de correspondance, mais révélateur de l’urgence.

Une concurrence déloyale tolérée par Bruxelles

On comprend leur frustration. Pendant que nos entreprises textiles suffoquent sous le poids des normes, des taxes et des contraintes européennes, des mastodontes étrangers comme Shein, Temu ou AliExpress inondent notre marché avec des produits fabriqués sans aucune des obligations qui étranglent nos fabricants.

Les acteurs du secteur dénoncent une accumulation de problèmes : prix cassés, normes bafouées, conditions de travail indignes et pollution massive.

Ils appellent ainsi l’Union européenne à mener « des actions d’urgence » pour endiguer cette « hausse sans précédent des déchets textiles » et « la pression intenable sur les entreprises européennes ».

Ils rappellent qu’en 2024, ce sont 4,5 milliards de colis qui ont déferlé sur le continent, expédiés par « les plus grandes plateformes d’e-commerce de pays tiers », selon le courrier consulté par l’AFP.

La mode française face à l’immobilisme

Mode française aux abois : l’État laisse les géants asiatiques piller notre savoir-faire pendant que nos entreprises agonisent.

Dans les Vosges, un fabricant confie avoir perdu 40 % de son chiffre d’affaires en deux ans.

On nous parle de souveraineté industrielle à longueur de journée, mais personne ne bouge le petit doigt quand des entreprises étrangères nous écrasent.

Pendant ce temps, des milliers d’emplois disparaissent en silence.

Et l’écologie dans tout ça ? Les plateformes livrent des millions de petits colis chaque jour, font tourner des usines sans contrôle environnemental, envoient des vêtements qui finissent à la poubelle après trois lavages…

Le bilan carbone est catastrophique. Mais Bruxelles préfère taxer les citoyens européens plutôt que de s’attaquer à cette pollution importée.

Le pire reste sans doute les conditions sociales dans les ateliers qui alimentent ces sites. Ouvriers exploités plus de 15 heures par jour, salaires de misère…

C’est cela, la « modernité » qu’on déroule sous nos yeux. Pendant que nos artisans croulent sous les contrôles et les impôts, ceux qui pratiquent l’esclavage moderne profitent d’un tapis rouge.

Les revendications des fédérations textiles

Face à ce désastre, les fédérations exigent que Bruxelles mette en place « immédiatement », et non dans quelques années, la réforme du code des douanes européen.

Cette réforme doit supprimer l’exonération de droits pour les colis de moins de 150 euros – une faille exploitée à outrance par les géants de l’e-commerce visés, qui fractionnent leurs envois pour échapper au fisc.

Les signataires réclament aussi une accélération des enquêtes, « les sanctions les plus lourdes » prévues par les textes européens, l’instauration de frais spécifiques sur les petits colis, ainsi qu’un « dialogue avec les autorités chinoises »

Enfin, ils jugent indispensable « d’exiger » que ces entreprises « désignent des représentants (…) afin qu’elles puissent être tenues légalement responsables ».

Mario Jorge Machado, président d’Euratex, ne mâche pas ses mots : l’UE a « à la fois les moyens et le devoir d’agir dès maintenant », insiste-t-il dans une déclaration transmise à l’AFP.

Une mobilisation inédite

Euratex, la Confédération Européenne de l’Habillement et du Textile, porte cette fronde aux côtés des fédérations de France, Italie, Espagne, Allemagne, Portugal, Grèce, Suisse, Belgique et bien d’autres.

« C’est la première fois que les fédérations européennes décident d’une déclaration commune », souligne Pierre-François Le Louët, coprésident de l’UFIMH.

Olivier Ducatillion, président de l’UIT, salue pour sa part « le début d’actions concrètes sans passer par les méandres des décisions européennes ».

Cette lettre a été signée mardi au salon parisien Première Vision (GL Events) avant d’être transmise à la Commission européenne.

Elle incarne une prise de conscience tardive mais nécessaire : sans action concertée, c’est tout un pan de notre patrimoine industriel qui risque de disparaître.

Hypocrisie des élites et réveil tardif

Depuis plusieurs mois, les plateformes asiatiques subissent enquêtes, amendes colossales et menaces de nouvelles lois.

Mais pour les industriels, ces efforts restent largement insuffisants. Et pour cause : le réveil des technocrates n’intervient que lorsque les intérêts des grands groupes occidentaux sont menacés.

La duplicité est totale : quand ces sites offrent une alternative abordable aux familles asphyxiées par l’inflation, ils sont diabolisés au nom de l’écologie ou des droits humains.

Mais quand il s’agit de sauver nos emplois et notre tissu industriel, Bruxelles traîne des pieds.

Le gouvernement français, de son côté, a adressé, fin août, une lettre à la Commission pour demander de nouveaux pouvoirs de « déréférencement » contre les plateformes récalcitrantes, ciblant notamment Shein.

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