La dette US pour les nuls : Situation au 10 août 2022 (source US Treasury)

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par Dominique Delawarde.

Alors que l’hégémonie du dollar, pilier de la puissance US, est aujourd’hui menacée, il m’a paru intéressant de réactualiser un de mes billets de mars 2019, sur l’évolution et l’état de la dette US, qui conditionnent la puissance du dollar mais surtout portent en germe son avenir.

Cet article est sourcé sur les publications mensuelles du département du Trésor US.


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La dette US pour les nuls : Situation au 10 août 2022 (source US Treasury)

Le 6 juin 2019, j’écrivais à mes amis un billet pour leur expliquer l’état de la dette US.

En plus de trois années, la situation de cette dette US s’est considérablement détériorée avec la crise sanitaire et les 5 premiers mois de la guerre en Ukraine.

Souvent surpris des propos très approximatifs de mes interlocuteurs lorsqu’on évoque la dette états-unienne et les principaux créanciers des USA, je vais donc tenter de refaire un point sur la question dans les lignes qui suivent.

La dette US totale comprend : les dettes des ménages, des entreprises, des 50 États de l’union, des institutions locales, des institutions financières et enfin la dette fédérale.

Au 10 août 2022 cette dette totale US se monte à 92 000 milliards de dollars soit 370% du PIB US, 96% du PIB mondial, 33 fois le PIB français…1                               

Elle a donc augmenté de 18 000 milliards de dollars en 3 ans (depuis mon dernier point de situation de 2019), soit 6000 milliards de dollars par an …

Sur ce montant considérable, la dette fédérale, celle de l’État US, dont on parle le plus souvent en géopolitique, n’est que de 30 640 milliards de dollars, soit 123,4% du PIB US, le 10 août 2022. Elle n’était que de 22 356 milliards de dollars (105,5% du PIB) en juin 2019.

Elle continue de croître au rythme de 7 milliards de dollars par jour (moyenne sur les 3 dernières années).

Cette dette fédérale est, pour 75,8%, détenue par les Américains eux mêmes (fonds de pensions, épargne des citoyens, compagnies d’assurance, institutions financières privées ou étatiques).

Les États étrangers ne détiennent que 7422 milliards de dollars de dettes fédérales états-uniennes au 30 mai 2022 (dernier chiffre connu) soit 24,2% de la dette fédérale US. Cette proportion de la dette US détenue par l’étranger est désormais en forte baisse, probablement en raison d’un manque de confiance dans la solvabilité du pays débiteur (les USA) et par crainte de nombreux pays de se faire geler leurs avoirs en cas de sanctions unilatérales US. C’est à la fois peu et beaucoup, notamment en cas de crise économique mondiale résultant d’une faillite US.

Quels sont les continents et les pays les plus exposés au produit financier de plus en plus toxique que devient la dette US ?2

Europe                                                      

Commentaires DD : Il apparaît que le premier créancier des USA est bien désormais l’ensemble UE+UK+Norvège qui détient 2225 milliards de dollars de dette US, chiffre en hausse constante, et non la Chine+Hong Kong qui n’en détiennent plus que 1 167 milliards, chiffre en baisse progressive et continue depuis début 2018.

En clair, en cas de crise économique, monétaire et/ou boursière, partant des USA, c’est l’UE qui se trouverait la plus exposée, après les USA, aux conséquences immédiates d’un effondrement du dollar, de la bourse et/ou de l’économie US.

Il est vrai que la Chine perdrait, avec les USA, son troisième partenaire commercial, derrière l’UE et l’Asie, et serait durement affectée, elle aussi. Mais la Chine dispose d’un immense marché intérieur et surtout d’un gigantesque marché planétaire en développement rapide (Routes de la Soie, BRICS, OCS) qui lui permettrait sans doute de s’en sortir moins mal que d’autres …

Notons aussi que les paradis fiscaux (Îles Caïmans par exemple) regorgent de dettes US. Le blanchiment d’argent et la corruption se portent donc toujours très bien dans le monde.

La comparaison du tableau de mai 2022 avec celui de mars 2019, ci dessous, est édifiante. On réalise que seuls les pays de l’OTAN, à l’exception de la Turquie, et quelques alliés asiatiques (Japon, Taïwan, Corée du Sud) ou océaniens (Australie, Nouvelle Zélande) s’accrochent encore au dollar et viennent le soutenir en achetant toujours plus de dettes US et en liant ainsi leur sort à celui des États-Unis.

La quasi totalité des autres pays se désengage (Chine et Inde, bien sûr, mais aussi Afrique et Amérique latine), sans parler de la Russie et de ses amis (Biélorussie, Iran, Venezuela, Syrie, Cuba… etc) qui ont abandonné le dollar depuis longtemps.

L’exposition des pays de l’UE + UK à la dette US est en forte croissance depuis 2019.

Pour comparaison, le même tableau de juin 2019 :

Commentaires DD : Rien de bien surprenant à ces tableaux et à leur comparaison. L’engagement du Royaume Uni, principal allié, voire complice des USA, est de 2,5 fois supérieur à celui de la France pour un PIB supérieur de seulement 15%. L’exposition UK sur la dette US a plus que doublé en 3 ans. Le Royaume-Uni continue donc, plus que jamais, de lier son destin à celui des USA.

L’Allemagne, avec un PIB supérieur de 26% à celui du Royaume-Uni se montre beaucoup plus prudente en s’exposant 7 fois moins.

La France qui s’exposait moins que l’Allemagne le 30 avril 2017 (élection du président Macron) à 67 milliards contre 75 milliards, s’expose désormais beaucoup plus à 244 milliards contre 92 … alors que son PIB est d’un tiers inférieur à celui de l’Allemagne. Cherchez l’erreur.

Depuis l’arrivée de Emmanuel Macron au pouvoir, l’exposition française à la dette US a quadruplé en 5 ans passant de 67 milliards de dollars le 30 avril 2017 à 244 milliards le 31 mai 2022. La France prend donc tous les risques  pour participer au sauvetage du soldat « dollar » et par conséquent de l’hégémonie de son allié US.

Il est vrai que la France n’a désormais guère le choix. Alors que sa dette explose depuis l’an 2000, et plus encore depuis 2017, sa bourse (CAC 40) est toujours plus sous contrôle des fonds de pension américains et notamment de BlackRock, fondé par des membres de la diaspora new-yorkaise3.

Comme tous les fonds de pension US, BlackRock détient aussi de la dette US en quantité non négligeable. Si le système US de la dette « à la Madoff » venait à s’effondrer BlackRock serait évidemment impacté, et donc le CAC40 aussi… On comprend tout l’intérêt de la France à soutenir le système fou de la dette US « à la Madoff » dont l’effondrement provoquerait le sien…

Notons, au passage, que Madoff, était membre de la diaspora néoconservatrice, comme le sont les fondateurs de BlackRock, comme l’étaient Marthe Hanau et Stavisky, en France, à la veille et au lendemain de la crise de 1929 (ces deux derniers n’étaient pas néoconservateurs …) ou comme le sont bon nombre des milliardaires qui possèdent et/ou contrôlent les GAFAM, les laboratoires pharmaceutiques et la majorité des médias mainstream occidentaux.

Notons encore que Janet Yellen, secrétaire au Trésor US est également un membre éminent de la diaspora néoconservatrice comme tous ses prédécesseurs. C’est donc elle qui gère la dette US (à la Madoff) et concocte les sanctions ou pressions tous azimuts prises dans le cadre des guerres économiques et/ou commerciales à visée géopolitique (Russie, Iran, Syrie, Turquie, Venezuela, Chine, Mexique, UE, North Stream 2… etc…).

Il est vrai aussi que notre pays est soumis aux pressions très fermes de lobbies transnationaux, de multinationales, de grandes concentrations médiatiques et de pouvoirs politiques trans et supra-nationaux d’obédience néoconservatrice, très engagés dans la finance internationale, qui le « contraignent » quelque peu pour ce qui concerne sa politique économique et financière et, bien évidemment, sa politique étrangère.

On me dit souvent : « l’explosion de la dette n’est pas un problème dans la mesure où l’on sait bien qu’elle ne sera jamais remboursée. Une bonne petite guerre permettra de remettre les compteurs à zéro, comme après la crise de 1929 ». Nous y sommes, ou nous en approchons, peut être…

Il n’est pas impossible que cette prophétie peu rassurante finisse, hélas, par se réaliser, dans un réflexe de « fuite en avant » de ceux qui ont déjà beaucoup perdu, qui savent qu’ils vont tout perdre s’ils ne tentent rien, et qui n’ont plus grand-chose à perdre…

Dominique Delawarde

  1. https://www.usdebtclock.org
  2. https://ticdata.treasury.gov/Publish/slt3d.txt
  3. https://www.ouest-france.fr/blackrock-lefonds-de-pension-americain-patron-du-cac-40

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