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Immobilier de luxe : la grande blanchisseuse

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La vue sur la mer est éblouissante. Un de ces décors de carte postale qui aimantent les grandes fortunes mondiales. La villa et sa piscine bordée de pins, dans l’un des coins les plus courus de Saint- Tropez, invitent à la contemplation. La propriétaire des lieux doit tellement apprécier l’endroit qu’elle a même acheté… la maison d’à côté. A travers deux sociétés civiles immobilières (SCI), dénommées Zebra et La Grenouille, une certaine Sevil Aliyeva a acquis en 1999 la première demeure, qui comprend une quinzaine de chambres sans compter le trois-pièces du gardien, pour 5,2 millions d’euros ; puis la deuxième, en 2008, pour 15,9 millions. Ces deux maisons tropéziennes ne représentent qu’une partie de son patrimoine immobilier en France : dans le 16e arrondissement de Paris, elle a aussi acheté, en 2005, via une SCI du nom de Taureau, un hôtel particulier équipé d’une piscine intérieure. Montant de l’opération : 11,5 millions d’euros, payés sans qu’elle prenne d’hypothèque pour garantir un éventuel emprunt, comme pour presque tous ses achats.

Car ce n’est pas fini : Sevil Aliyeva, c’est son nom, possède aussi quatre appartements juste à côté des Champs-Elysées, d’une valeur totale de plus de 14 millions d’euros, via des SCI dénommées cette fois Succès, Grand Succès et Grande Chance. (…) Inconnue (ou presque) en France, Sevil Aliyeva porte un patronyme bien connu en Azerbaïdjan, cette ancienne république soviétique du bord de la mer Caspienne, riche en hydrocarbures et épinglée pour son niveau de corruption par l’ONG Transparency international… Elle est la fille de Heydar Aliyev, l’ancien président du pays, en poste entre 1993 et 2003. Et elle est aussi la sœur d’llham Aliyev, qui a succédé à son père à son décès, après des élections controversées. Le même Ilham Aliyev qui dirige toujours le pays d’une main de fer, après avoir emprisonné ses opposants, et dont l’armée a été accusée de crimes de guerre lors du conflit contre l’Arménie en 2020 pour le contrôle de la région du Haut-Karabagh. D’où viennent les 52 millions d’euros (au moins) que Sevil Aliyeva a investis dans des biens immobiliers en France ? Impossible de le savoir. Contactée, la sœur du président azerbaïdjanais n’a pas répondu à nos messages.

Des investissements immobiliers posant question, comme ceux de Sevil Aliyeva, ne sont pas rares en France. Bien au contraire. « L’Obs », associé à un collectif de journalistes indépendants, est parvenu à identifier 196 opérations immobilières sur lesquelles il est permis de s’interroger, réalisées par 62 personnalités étrangères : des proches de dirigeants politiques dont le revenu connu n’est pas suffisant pour couvrir la dépense, des individus impliqués dans des affaires de corruption, d’autres visés par des sanctions économiques pour violation des droits humains…

(…)

Cette somme vertigineuse vient corroborer le constat du Conseil d’orientation de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (Colb) : selon cet organe, qui réunit toutes les professions concernées par cette forme de délinquance, l’immobilier français fait face à une « menace élevée » en termes de blanchiment de capitaux. La majeure partie de ces 744 millions d’euros d’opérations immobilières a d’ailleurs, comme dans le cas de Sevil Aliyeva, été réalisée sans que les acquéreurs aient besoin de recourir à une hypothèque sur la maison, le château ou l’appartement en question – donc probablement avec leurs fonds personnels.

(…)

Car certains propriétaires concernés prennent davantage de précautions pour se dissimuler. En utilisant par exemple un prête-nom, dont le patronyme sera apposé sur les documents officiels de la transaction. Ainsi, un appartement de quatre pièces dans le 7e arrondissement de Paris a été vendu en 2006 à un certain Rafael Sarria Diaz pour plus de 3 millions d’euros. La spécialité de cet intermédiaire vénézuélien, que nous n’avons pas pu joindre, est de blanchir de l’argent pour le compte de trafiquants de drogue ou d’officiels du régime de Caracas dans l’immobilier, selon le département américain de la Justice, qui l’a mis sous sanctions. L’investisseur souhaitant rester dans l’ombre peut également dissimuler son nom derrière une cascade de montages sophistiqués. Parfois, les entreprises possédant de l’immobilier en France sont elles-mêmes détenues par des sociétés établies dans des paradis fiscaux : Bahamas, îles Caïmans, îles Vierges britanniques, Bermudes, île de Man, Panama, Liechtenstein… Dans les bases de données que nous avons analysées, nous avons ainsi remonté la trace de près de 13 600 logements liés à 2 475 sociétés basées dans des pays connus pour leur fiscalité douce et leur manque de transparence. Ainsi, parmi les intimidantes propriétés du cap Fer-rat, flanquées de courts de tennis et de piscines, beaucoup sont la propriété de sociétés françaises d’apparence banale. Mais la lecture des documents enregistrés au tribunal de commerce fait apparaître des montages plus complexes. Au cadastre de la commune de Saint-Jean-Cap-Ferrat, on compte ainsi 32 parcelles où des biens immobiliers sont la propriété d’entreprises enregistrées dans des paradis fiscaux. Associé-gérant hongrois, administratrice russe, holdings basées au Luxembourg, aux Bahamas, ou à Chypre…, la lecture de ces austères actes administratifs donne vite le tournis. Qui sont les vrais bénéficiaires ? Qui profite de la vue sur le bleu azur de la Méditerranée ?

L’Obs

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