« Ils seront armés chez nous » : des maires ouvrent leurs portes aux policiers de Saint-Denis

« Ils seront armés chez nous » : des maires ouvrent leurs portes aux policiers de Saint-Denis

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Le maire LFI de Saint-Denis a décidé de désarmer sa police municipale. Résultat : plusieurs agents envisagent déjà de quitter la ville, refusant d’exercer leur métier sans moyens de se défendre.
  • Des maires LR et RN ont aussitôt ouvert leurs portes aux policiers concernés. Une brigade anti-stupéfiants armée est notamment créée à Franconville, à seulement 14 kilomètres de Saint-Denis.
  • Derrière ce bras de fer local se dessine une fracture politique profonde sur la sécurité : deux visions irréconciliables de ce que signifie gouverner une ville et protéger ses habitants.

La décision du maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, de désarmer sa police municipale a déclenché une onde de choc qui dépasse largement les frontières de la Seine-Saint-Denis. Elle a surtout révélé, en creux, une fracture politique profonde sur une question pourtant simple : à quoi sert un policier municipal et dans quelles conditions peut-il exercer sa mission ?

La réponse de terrain ne s’est pas fait attendre. Plusieurs agents, refusant de se retrouver livrés à eux-mêmes dans des rues qu’ils connaissent, envisagent de quitter Saint-Denis. Le syndicat de défense des policiers municipaux a franchi un pas supplémentaire en appelant à une migration hors des communes LFI. Ce n’est pas rien. C’est un signal d’alarme professionnel lancé par des fonctionnaires qui ont choisi ce métier pour protéger, pas pour subir.

Une politique du désarmement qui fait fuir ses propres agents

Ce que révèle cette séquence, c’est d’abord une rupture de confiance entre une municipalité et ses forces de sécurité. Désarmer des policiers municipaux dans une ville comme Saint-Denis, où les problèmes d’ordre public sont documentés et récurrents, n’est pas une décision neutre. C’est un choix idéologique qui envoie un message clair aux agents concernés : leur sécurité personnelle passe après d’autres considérations. On comprend dans ces conditions qu’ils cherchent à partir.

La réaction des communes de droite est, elle, aussi rapide que symboliquement chargée. Xavier Melki, maire LR de Franconville, dans le Val-d’Oise, à seulement 14 kilomètres de Saint-Denis, ne s’est pas contenté d’une déclaration de principe. Il a mis en regard les deux logiques avec une clarté désarmante :

« C’est comme un symbole. Saint-Denis désarme sa police et nous, à Franconville, allons créer une brigade pour lutter contre les produits stupéfiants. Il faudra recruter six ou sept agents, donc s’ils peuvent postuler, nous pourrons les intégrer à cette brigade anti-stupéfiants. »

Le contraste est saisissant et il est assumé. D’un côté, une ville qui retire ses armes à ceux qui sont chargés de la protection des habitants. De l’autre, une commune qui crée une unité spécialisée dans la lutte contre les stupéfiants et qui recrute. Ce n’est pas seulement une différence de méthode : c’est une divergence fondamentale sur ce que signifie gouverner une ville.

Éric Ciotti, à Nice, et Christophe Barthès, nouveau maire RN de Carcassonne, ont emboîté le pas avec des déclarations similaires. Le maire de Carcassonne, qui doit déterminer avec ses effectifs le nombre d’agents supplémentaires à recruter, a été direct :

« Ils sont les bienvenus chez nous et, bien sûr, ils seront armés. Dès lors qu’ils portent l’uniforme et sont sur le terrain, il n’est pas question de les laisser livrés à eux-mêmes. Et des problèmes pourraient survenir dans ces villes où les policiers sont désarmés. »

Cette phrase mérite qu’on s’y arrête. Elle dit une évidence que certains élus semblent avoir oubliée : un policier en uniforme, exposé quotidiennement à des situations de tension, ne peut pas travailler dans de bonnes conditions s’il ne dispose pas des moyens de se défendre. Ce n’est pas une question de posture sécuritaire ou d’idéologie droitière. C’est une question de responsabilité élémentaire à l’égard de ses propres agents.

Quand la sécurité devient un marqueur politique

Ce qui est frappant dans cette séquence, c’est que la sécurité des habitants et des agents est en train de devenir un différenciateur politique majeur à l’échelle municipale. Les communes LR et RN qui ouvrent leurs portes aux policiers fuyant Saint-Denis ne font pas que recruter des fonctionnaires : elles affirment une conception de la gouvernance locale fondée sur le maintien de l’ordre, la protection concrète des résidents et le respect des forces qui en sont chargées.

Face à cela, la décision de désarmer la police municipale de Saint-Denis apparaît comme le symptôme d’une idéologie qui, au nom de principes dont on peine à identifier la finalité pratique pour les habitants, fragilise l’outil même de la sécurité publique locale. On ne rend pas service aux Saint-Denisiens en désarmant ceux qui sont censés les protéger. Et les policiers concernés ont compris le message.

Le mouvement qui se dessine, des agents quittant des communes LFI pour rejoindre des villes de droite, est encore limité en nombre. Mais sa portée symbolique est considérable. Il matérialise, dans les faits et les mobilités professionnelles concrètes, une ligne de fracture sur la sécurité qui ne se réduit plus à des débats d’estrade. Elle se joue désormais dans les décisions quotidiennes des maires et dans les choix de carrière de ceux qui portent l’uniforme.

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Saint-Denis désarme ses policiers, Carcassonne les recrute : cette fracture municipale sur la sécurité n'est que l'une des nombreuses lignes de rupture que décrypte notre revue chaque mois.

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