🔥 Les essentiels de cette actualité
- Le nouveau maire insoumis de Saint-Denis veut désarmer sa police municipale. Résultat immédiat : 90 demandes de mutation déposées par des agents qui ne veulent pas attendre la réforme.
- Éric Ciotti saisit l’opportunité et ouvre les portes de Nice aux policiers dionysiens. Cinq entretiens passés dès le premier jour, dans le cadre d’un programme de doublement des effectifs sur le terrain.
- Saint-Denis figure parmi les communes les plus exposées à la violence urbaine en France. Fragiliser sa police au nom d’une idéologie, ce sont les habitants qui en paieront le prix au quotidien.
- Entre une sécurité traitée comme variable d’ajustement politique et une protection des citoyens non négociable, cinq policiers ont déjà voté avec leurs pieds.
Cinq policiers municipaux de Saint-Denis candidats à Nice : ce chiffre, modeste en apparence, est en réalité le symptôme d’une fracture profonde dans la manière dont la gauche radicale conçoit la sécurité publique. Depuis l’annonce du nouveau maire insoumis de Saint-Denis, Bally Bagayoko, d’engager sa commune dans un « processus de désarmement » de sa police municipale, c’est tout un service d’ordre territorial qui se retrouve déstabilisé. Selon une source au sein de l’ancienne administration, ce sont déjà 90 demandes de mutation qui ont été déposées. Pas un ou deux agents mécontents : une vague.
La réaction d’Éric Ciotti, nouveau maire de Nice, n’a pas tardé. En déclarant que Bally Bagayoko mettait « une cible dans le dos » des policiers municipaux, il a lancé un appel à candidatures auprès des agents souhaitant quitter Saint-Denis. Résultat affiché dès ce mercredi : cinq entretiens passés dans la journée avec des policiers dionysiens, dans le cadre d’un programme assumé de doublement des effectifs sur le terrain niçois.
«Ma première adjointe, Françoise Souliman, passe aujourd’hui 12 entretiens, dont 5 policiers de Saint-Denis. Nous doublerons les effectifs présents sur le terrain pour garantir la sécurité des Niçois !»
L’épisode révèle, au fond, quelque chose de plus grave qu’un simple désaccord politique entre édiles de sensibilités opposées. Il expose la tension irréductible entre une vision idéologique de l’ordre public, où le désarmement des forces municipales devient un signal envoyé à une partie de l’électorat, et la réalité vécue par ceux qui assurent chaque jour la sécurité dans l’une des communes les plus exposées de France.
Un désarmement progressif, mais un signal immédiat
Bally Bagayoko a tenu, lundi sur France Inter, à nuancer son annonce initiale. Le désarmement serait «progressif», les policiers auraient «potentiellement» encore des armes à feu à la fin de son mandat, et le port d’armes pourrait être cantonné à des «patrouilles spécifiques» ou des situations précises. Il a dit faire «confiance» au «professionnalisme» de ses agents, capables selon lui de «s’adapter», rappelant que la police municipale de Saint-Denis n’était pas armée avant 2020.
Cet argument mérite d’être pris au sérieux dans sa forme, mais il ne dissipe pas le malaise. Ce n’est pas tant le calendrier du désarmement qui provoque les départs, c’est le signal politique envoyé dès l’annonce. Dans un métier où l’autorité repose sur la crédibilité, où l’agent de terrain sait que son efficacité dépend en partie de la certitude que ses moyens de défense ne seront pas réduits au gré des alternances municipales, une telle déclaration ne passe pas inaperçue. Les 90 demandes de mutation ne sont pas une réaction à une réforme aboutie : elles sont une réponse à une direction clairement indiquée.
Le maire de Saint-Denis est libre de ses choix politiques sur sa commune. Mais il ne peut pas s’exonérer de leurs conséquences concrètes sur le moral et la stabilité d’un corps de fonctionnaires dont il a la responsabilité. Invoquer le professionnalisme des agents pour les inviter à « s’adapter » à leur propre désarmement progressif, c’est demander à des professionnels de la sécurité de se réconcilier avec une décision prise non pas sur la base de leur expertise, mais sur celle d’une orientation idéologique.
Nice profite, Saint-Denis s’affaiblit
Il y a une ironie cruelle dans cette séquence : c’est Nice qui recrute ce que Saint-Denis perd. Les agents qui partent ne disparaissent pas ; ils se réorientent vers des collectivités qui, précisément, affichent une politique de renforcement des moyens de sécurité. Éric Ciotti l’a compris et joue la carte à plein, avec un pragmatisme que l’on peut juger opportuniste mais qui répond à une demande réelle, tant du côté des agents que de celui des habitants niçois.
Pour Saint-Denis, le calcul est plus douloureux. La commune figure parmi les plus exposées aux problématiques de délinquance et de violence urbaine en France. Affaiblir structurellement sa police municipale, même progressivement, même de façon nuancée, c’est fragiliser un maillon d’une chaîne de sécurité déjà sous tension. Les habitants de Saint-Denis, eux, ne choisissent pas leur maire de la même façon qu’ils choisiraient une expérimentation sociale. Ils vivent les conséquences des arbitrages de leur édile sur la voie publique, au quotidien.
Ce que révèle finalement cet épisode, c’est l’écart entre une certaine conception de la sécurité comme variable d’ajustement politique, qu’on peut moduler, réformer, « désarmer progressivement » au nom d’une vision, et celle qui place la protection des citoyens comme une priorité non négociable, indépendante des cycles électoraux. Entre ces deux visions, cinq policiers ont déjà voté avec leurs pieds.
IMPORTANT - À lire
Saint-Denis désarme, Nice recrute : derrière ce fait divers politique se cache une fracture idéologique profonde sur la sécurité. Un symptôme parmi d'autres que nous analysons chaque mois.
Nos analyses vont plus loin, sans filtre ni langue de bois. Recevez chaque mois notre revue papier et décryptez les vrais enjeux qui façonnent la France. Abonnez-vous.
