🔥 Les essentiels de cette actualité
- Depuis 5 mois, le député Charles Alloncle enquête sur l’audiovisuel public. Résultat : une contre-offensive médiatique d’une violence rare, révélatrice d’intérêts bien plus puissants que prévu.
- Nagui, Patrick Cohen, des médias liés à Xavier Niel… les attaques ad hominem se multiplient contre le rapporteur à mesure que la publication du rapport approche. Un acharnement qui interroge.
- Le vote du rapport est fixé au 27 avril. Un rejet constituerait un précédent institutionnel sans précédent dans l’histoire parlementaire française — et soulèverait des questions bien plus graves que le rapport lui-même.
- Derrière les polémiques, une question de fond : peut-on encore contrôler démocratiquement 4 milliards d’euros de financement public sans subir une campagne de déstabilisation organisée ?
La commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public approche de son terme, et la violence des réactions qu’elle suscite en dit, à elle seule, plus long que des centaines d’heures d’auditions. 5 mois de travaux, 234 personnes entendues, plus de 200 heures de séances : Charles Alloncle, député UDR de l’Hérault et rapporteur de la commission, a mené ce chantier avec une obstination que ses adversaires n’ont manifestement pas anticipée. C’est précisément cette obstination qui explique la violence de la contre-offensive.
Car ce qui se joue depuis quelques jours n’est plus seulement un débat sur l’audiovisuel public. C’est une démonstration de force d’un monde médiatique qui, confronté à l’examen de ses pratiques et de ses financements, a choisi l’offensive personnelle plutôt que la réfutation des arguments.
Quand la fourmilière riposte
Le 2 avril, au lendemain d’une audition tendue, Nagui choisit le plateau de Quotidien pour régler ses comptes. Reprochant au député de l’avoir ciblé personnellement, il lui avait adressé en janvier une lettre publique évoquant ses « origines égyptiennes », l’animateur n’hésite pas lui-même à fouiller dans le passé familial du rapporteur. Il raille que ce « fils de préfet » veuille « qu’on l’appelle Charles et pas Charles-Henri », et ajoute s’être « documenté sur son papa qui supportait Pasqua, ceux qui ont voté des lois contre l’Algérie, contre l’immigration ». Conclusion : « C’est bien de savoir qui sont ces personnes et ce qu’elles ont dans la tête. »
On appréciera la cohérence : reprocher à un député de s’intéresser à vos origines, puis s’intéresser publiquement aux siennes. Ce double standard est révélateur. Il ne s’agit pas de défendre un principe, mais de protéger un territoire.
Dans la foulée, Patrick Cohen s’interroge sur RMC : il « aimerait bien savoir » ce que la commission a « permis de révéler ». Le même jour, Jérémie Patrier-Leitus, président Horizons de la commission, s’indigne sur RTL de la couverture de L’Incorrect qui reprenait la formule « J’accuse » en référence à Zola.
« Je viens d’une famille qui a été marquée par l’antisémitisme, par l’histoire de la Shoah. Je crois que comparer l’audiovisuel public à l’affaire Dreyfus, c’est indécent. »
La charge est lourde et elle mérite d’être examinée avec sérieux. Nul ne conteste la gravité de l’affaire Dreyfus ni de la Shoah. Mais l’argument consiste ici à interdire toute référence à Zola pour quiconque enquêterait sur une institution puissante. C’est une manière rhétorique de verrouiller le débat : on sanctuarise un symbole pour le rendre inutilisable par l’adversaire, sans jamais répondre au fond.
Le lendemain, le média Les Jours, dont les fondateurs de Mediawan, Xavier Niel, Matthieu Pigasse et Pierre-Antoine Capton sont actionnaires, publie un article ciblant un collaborateur d’Alloncle pour des publications Facebook jugées « sexistes, racistes et islamophobes ». La séquence est désormais complète : attaque ad hominem sur le rapporteur, délégitimation par association mémorielle, puis tentative de déstabilisation par ricochet sur son entourage.
Charles Alloncle a répondu directement sur X, nommant explicitement les actionnaires du média et concluant : « Quel que soit leur pouvoir, quelles que soient leurs méthodes, quelles que soient leurs intimidations, ils ne me feront pas taire. »
Le rapport, enjeu central d’une bataille politique
Le vote du rapport est fixé au 27 avril. Et déjà, les lignes de fracture se dessinent. Le rapporteur a d’ores et déjà alerté : en cas de rejet, les vidéos des auditions et les retranscriptions risquent de disparaître du site de l’Assemblée nationale. Ce serait une forme d’effacement documentaire que l’on ose à peine imaginer pour une institution censée incarner la transparence démocratique.
Du côté de la majorité, les signaux sont pour l’instant rassurants. Un membre de la commission assure, confiant, que « le camp macroniste votera le rapport ». Un député RN prévient de son côté : « S’il n’est pas voté, on criera que la commission a été bâillonnée. » Ce n’est pas là une simple posture partisane, il est rarissime, dans l’histoire parlementaire française, qu’un rapport de commission d’enquête ne soit pas adopté. Un tel rejet constituerait un précédent d’une gravité institutionnelle considérable.
Et chacun sait, dans les couloirs de l’Assemblée, que le rejet ne ferait que décupler l’attention portée au document. Le rapport finirait dans la presse et Charles Alloncle se retrouverait propulsé en martyr de la liberté de contrôle parlementaire. Ceux qui cherchent à éteindre l’incendie risquent fort, en soufflant dessus, de l’attiser.
Car au-delà des affrontements de personnes, c’est bien cette question qui est en jeu : le Parlement peut-il exercer un contrôle réel sur des institutions financées par l’argent public ? La commission a fait son travail. Elle a auditionné, interrogé, confronté. Que ce travail puisse être balayé d’un vote partisan, sous pression d’intérêts médiatiques et financiers croisés, serait un aveu d’impuissance institutionnelle que même les défenseurs de l’audiovisuel public devraient avoir du mal à célébrer.
Caroline Parmentier, députée RN et membre de la commission, résume sobrement l’ampleur du travail accompli : « Il a abattu un travail de romain. » Sur les marchés du Pas-de-Calais, dit-elle, ses électeurs l’interpellent, lui demandent de « tenir bon sur l’audiovisuel public ». Ce détail mérite qu’on s’y arrête : ce sont les citoyens ordinaires qui suivent ces travaux, qui comprennent l’enjeu, qui savent que les quelque 4 milliards d’euros de financement public de l’audiovisuel méritent un regard exigeant. Ce sont eux que l’on prétend protéger en voulant taire le rapporteur.
La vraie question posée par cette séquence n’est pas celle du bilan d’Alloncle, ni même celle du contenu de son rapport. C’est celle de savoir si un élu peut, en France, mener une enquête sérieuse sur les médias financés par l’État sans subir une pression coordonnée destinée à le discréditer avant même que ses conclusions ne soient rendues publiques. La réponse que donnera le vote du 27 avril sera, à ce titre, bien plus instructive que n’importe quel édito.
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Source : bvoltaire.fr
