Canada : le suicide assisté désormais pratiqué le jour même, une femme tuée après avoir changé d’avis

Canada : le suicide assisté désormais pratiqué le jour même, une femme tuée après avoir changé d’avis

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • En 2024, 16 500 Canadiens ont eu recours à l’aide médicale à mourir — dont plus de 200 en Ontario dans les 24 heures suivant leur approbation. Un rythme qui interroge la réalité du consentement éclairé.
  • Une femme octogénaire euthanasiée le lendemain de son refus explicite, un mourant qu’il a fallu « secouer vigoureusement » pour obtenir un oui à peine audible : le rapport ontarien de 2024 documente des cas glaçants.
  • Kiano Vafaeian, 26 ans, dépressif et partiellement aveugle : sa famille accuse une praticienne de l’avoir coaché pour satisfaire les critères du programme. Une affaire symptomatique d’un système qui dérape.
  • L’extension du programme aux maladies mentales est programmée pour 2027. Comment évaluer le consentement d’un patient dont la pathologie altère précisément son jugement ? Le Canada n’a pas de réponse.

Le Canada s’enfonce dans une dérive que l’on croyait réservée aux dystopies littéraires. Ce que révèle le rapport ontarien de 2024, relayé par The Free Press, dépasse l’entendement : des milliers de suicides assistés pratiqués le jour même de leur approbation, une femme octogénaire euthanasiée alors qu’elle avait retiré sa demande la veille pour des raisons religieuses, un homme atteint d’un cancer qu’il a fallu « secouer vigoureusement » pour obtenir un consentement murmuré du bout des lèvres. Voilà où mène le programme MAiD (Medical Assistance in Dying), présenté à ses débuts comme un accompagnement compassionnel de fin de vie.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 16 500 personnes ont eu recours à ce programme en 2024 sur l’ensemble du territoire canadien. En Ontario, plus de 200 patients ont choisi de mourir dans les 24 heures suivant leur approbation, dont 30 % le jour même. La suppression du délai de réflexion de dix jours en 2021 a ouvert une brèche béante dans laquelle s’engouffrent désormais des pratiques qui interrogent profondément la nature même du consentement éclairé.

L’effacement du consentement

Le cas de Mrs B constitue un scandale éthique d’une gravité exceptionnelle. Cette femme, dans sa quatre-vingtième décennie, avait explicitement retiré sa demande d’aide médicale à mourir, invoquant des convictions religieuses et personnelles. Elle souhaitait poursuivre les soins palliatifs et la sédation en hospice. Le lendemain, refusée pour une prise en charge hospitalière, elle se retrouve réévaluée à la demande de son époux, lui-même en situation d’épuisement notoire. Un premier praticien refuse de procéder le jour même, notant ce « changement drastique de perspective » et la possibilité d’une coercition. Qu’importe : un troisième évaluateur est dépêché, approuve la procédure et, quelques heures plus tard, Mrs B est morte.

Comment qualifier autrement qu’un meurtre institutionnel l’élimination d’une personne qui avait expressément refusé de mourir ? La bureaucratie canadienne a trouvé les moyens de contourner la volonté explicite d’une patiente au nom de l’« urgence » d’une demande formulée par un tiers épuisé. Le système censé protéger les plus vulnérables s’est retourné contre l’un de ceux qu’il était censé protéger.

Le cas de Mr C n’est guère plus rassurant. Hospitalisé pour un cancer, son état s’est rapidement détérioré jusqu’au délire. Le rapport ontarien précise qu’un soignant a dû le « secouer vigoureusement » pour obtenir qu’il articule un « oui » à peine audible. Ce simulacre de consentement a suffi pour procéder à son euthanasie. On mesure ici l’écart vertigineux entre les principes affichés, autonomie du patient et décision libre et éclairée, et la réalité d’une mécanique administrative qui trouve toujours un moyen de faire signer les formulaires.

« Nous pensons qu’elle le guidait pour qu’il détériore son état physique et lui expliquait pour quels motifs sa demande pourrait être approuvée, ainsi que ce qu’elle pourrait valider sans que cela pose de problème. »

Cette accusation, formulée par la famille de Kiano Vafaeian à l’encontre du Dr Ellen Wiebe, révèle une autre dimension du problème. Ce jeune homme de 26 ans, partiellement aveugle et souffrant de dépression, a vu ses demandes répétées rejetées grâce à l’intervention de ses proches, avant qu’une praticienne ne trouve finalement le moyen de l’approuver. Sa famille affirme qu’il aurait été coaché pour remplir les critères. Le Dr Wiebe fait partie des quelque cent praticiens canadiens ayant pratiqué chacun plus de trente euthanasies en 2024.

Une pente sans fond

L’extension programmée du MAiD aux maladies mentales, reportée à mars 2027, soulève des questions que le Canada semble incapable d’affronter sérieusement. Comment établir qu’une souffrance psychique est « intolérable » et sans issue ? Comment s’assurer qu’un patient dépressif formule une demande véritablement libre alors même que la nature de sa pathologie altère son jugement ? Les opposants au programme ont obtenu des reports successifs, mais la logique interne du système pousse inexorablement vers l’élargissement des critères.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : une fois admis le principe que l’État peut aider à mourir, les digues cèdent les unes après les autres. En 2016, le programme concernait les patients en fin de vie. En 2021, il s’est étendu à ceux dont la mort n’est pas « raisonnablement prévisible ». Demain, il englobera les malades mentaux. Et après ? Les rapports font déjà état de nombreuses procédures achevées avant le délai réglementaire de 90 jours, au moyen d’exceptions censées rester exceptionnelles.

Le témoignage de Price Carter, mort en juin 2025 après un diagnostic de cancer du pancréas, offre un contraste saisissant avec les cas précédents. « Je vais bien avec ça. Je ne suis pas triste », déclarait-il avant sa mort. « Je ne m’accroche pas pour quelques jours de plus sur cette planète. » Voilà le visage acceptable du programme, celui que ses promoteurs mettent en avant. Mais ce visage ne doit pas masquer celui de Mrs B, de Mr C et de Kiano Vafaeian.

Plus de 2 200 médecins et infirmiers praticiens ont administré la mort au Canada en 2024. Ce chiffre témoigne d’une normalisation qui devrait inquiéter tout observateur attaché à la dignité humaine et à la protection des plus fragiles. Quand la mort devient une option médicale comme une autre, quand des praticiens se spécialisent dans son administration et quand les délais de réflexion sont supprimés au nom de l’efficacité, c’est toute une civilisation qui perd ses repères.

La famille Vafaeian a résumé l’enjeu avec une lucidité douloureuse : « Nous ne voulons voir aucune autre famille souffrir, ni aucun pays introduire une législation qui tue ses personnes handicapées ou vulnérables sans plans de traitement appropriés qui pourraient leur sauver la vie. » Cette mise en garde devrait résonner bien au-delà des frontières canadiennes. Car ce qui se passe au Canada n’est pas une expérience isolée : c’est un laboratoire dont certains voudraient importer le modèle.

Face à cette dérive, la défense de la vie et de la dignité des plus vulnérables n’est pas une position réactionnaire. C’est un impératif de civilisation. Une société se juge à la manière dont elle traite ceux qui ne peuvent plus se défendre eux-mêmes. Le Canada a choisi de les éliminer. Ce n’est pas du progrès. C’est une régression vers une forme de barbarie administrative, d’autant plus glaçante qu’elle se drape dans le vocabulaire de la compassion.

IMPORTANT - À lire

Ce que vivent Mrs B, Mr C et Kiano Vafaeian au Canada n'est pas un accident : c'est le symptôme d'une civilisation qui perd ses repères. Notre revue papier décrypte chaque mois ces dérives qui reconfigurent nos sociétés.

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