Bercy face à sa troisième déroute fiscale : 10 milliards qui s’évaporent

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Pour la 3ème année consécutive, Bercy se trompe sur la TVA, avec une erreur de 10 milliards d’euros pour 2025. Comment est-ce possible ?
  • Le ministère pointe du doigt la fraude et les plateformes e-commerce, mais est-ce la vraie raison de ces grossières erreurs ?
  • Les politiques d’austérité et un modèle économique défaillant expliquent-ils cette série de déroutes fiscales ?
  • Les aides mal ciblées post-Covid contribuent-elles à ces pertes colossales ? Découvrez les détails dans l’article.

Pour la troisième année de suite, Bercy s’est complètement planté dans ses calculs de TVA. Cette nouvelle erreur devrait peser environ 10 milliards d’euros dans les comptes publics pour 2025.

C’est comme si on avait égaré l’équivalent du budget annuel d’un ministère entier. Comment ces fonctionnaires grassement payés peuvent-ils se tromper aussi grossièrement, et surtout aussi régulièrement ?

On nous bassine avec la rigueur budgétaire, on nous impose des hausses d’impôts, et pendant ce temps, ces gens sont incapables de prévoir correctement les recettes fiscales les plus élémentaires du pays.

Le ministère de l’Économie parle pudiquement d’un « manque à gagner » qui pourrait « très légèrement varier d’ici à fin décembre ».

Mais à un gros mois de l’échéance, il est certain que Bercy s’est sacrément planté dans ses calculs.

À force de se répéter, ces « erreurs » ressemblent de plus en plus à une méthode de gouvernement : surestimer les recettes pour justifier toujours plus de dépenses, puis faire les poches des contribuables quand la réalité rattrape les fantasmes budgétaires.

https://twitter.com/SirAfuera/status/1989655019956871336?s=20

La réaction de l’exécutif et des parlementaires

Devant la Commission des finances du Sénat, la ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, a reconnu « une situation préoccupante » et que le « sujet TVA » devenait une affaire d’État.

Pour cause : il s’agit de la troisième année consécutive où cette recette fiscale cruciale est l’objet d’une surestimation massive.

Le député (Liot) Charles de Courson, ancien rapporteur du budget, a confirmé cette dérive sans mâcher ses mots.

C’est nous qui payons pour cette incompétence, alors que chaque euro compte dans nos foyers frappés par l’inflation.

Pendant qu’on traque le moindre euro non déclaré chez le petit commerçant, nos dirigeants sont incapables de tenir leurs propres comptes.

https://twitter.com/BusinessBourse/status/1990104556735193225?s=20

Les excuses de Bercy et le piège des gros chiffres

Mais pourquoi le ministère de l’Économie se trompe-t-il si souvent dans ses calculs ?

Pour expliquer la fuite de ces milliards, Bercy préfère pointer du doigt la fraude et des facteurs externes plutôt que de s’interroger sur sa politique économique.

Bercy accuse d’abord les plateformes de commerce électronique comme Shein et Temu.

Selon le ministère, la valeur de leurs colis serait sous-déclarée pour échapper à la TVA, ce qui entraînerait un amoindrissement des recettes.

De plus, le ministère de l’Économie chiffre à au moins un milliard d’euros le manque à gagner dû à une mystérieuse « fraude à la consommation ».

Ces justifications masquent un biais majeur : l’importance colossale des montants en jeu.

Trois, deux, un, armada de gros chiffres : la consommation des ménages est à l’origine de 60 % de notre croissance, la TVA représente 37 % des recettes fiscales du pays, et elle dépasse allègrement les 200 milliards annuels.

À ce niveau, la moindre variation engendre des séismes. Ces technocrates vous présenteront les 10 milliards d’euros d’erreur comme une broutille, plaidant s’être trompés de même pas 5 %.

L’optimisme idéologique et les modèles défaillants

Peut-on pour autant dédouaner Bercy ? « Bien sûr, on ne peut pas prévoir les recettes fiscales à la virgule près, mais il y avait moyen de faire mieux », estime Anne-Sophie Alsif, cheffe économique au Bureau d’informations et de prévisions économiques (BIPE).

Si le ministère a ses excuses, il a aussi ses torts, appuie Dominique Plihon, économiste :

Les politiques ont tendance à être systématiquement trop optimistes sur les prévisions de croissance, et donc de consommation, afin de montrer que le budget sera équilibré ou le déficit pas trop important.

Cet optimisme forcené est déconnecté de la réalité. Un climat politique plus tendu, les menaces de conflits aux frontières ou la crise écologique sont autant de facteurs qui « peuvent impacter le moral des Français, les inquiéter ou leur faire dire qu’il vaut mieux attendre de meilleures opportunités », indique l’expert.

En somme : ne pas dépenser. Moins de consommation équivaut directement à moins de TVA.

L’impact sous-estimé des politiques d’austérité

Outre la surestimation de la croissance, les politiques – dont Bercy – auraient également une tendance à sous-estimer « l’impact négatif des politiques d’austérité menées depuis plusieurs années », estime Dominique Plihon.

Lorsqu’on baisse les allocations chômage, le remboursement des médicaments, cela entraîne une déprime de l’activité et une baisse de la consommation.

L’élite politico-administrative semble incapable de comprendre que derrière les courbes, il y a des familles qui peinent à boucler leurs fins de mois.

Pour Anne-Sophie Alsif, « les prévisions fonctionnent encore trop sur un modèle automatique. Plus on va stimuler la demande, plus on aura de consommation, donc de la TVA ».

Ce modèle était relativement juste jusqu’à la crise du Covid. Depuis, les prévisions ont commencé à sérieusement se gripper elles aussi, et Bercy enchaîne les erreurs.

https://twitter.com/PLIB_fr/status/1990319878117404757?s=20

Le gaspillage des aides mal ciblées

L’erreur s’explique aussi par un ciblage des aides devenu obsolète. Jadis, les stimulus budgétaires – comme l’allocation de rentrée – « étaient extrêmement fléchés.

Quand vous donnez une allocation de rentrée, vous la donnez à des personnes à bas revenus qui vont forcément consommer. Elles n’ont pas de quoi épargner ».

L’aide se transformait ainsi automatiquement en TVA, et l’équation de Bercy était respectée.

Mais depuis le Covid et le « Quoiqu’il en coûte », les stimuli sont beaucoup moins bien fléchés. Anne-Sophie Alsif constate :

Tous les ménages sont arrosés quel que soit le revenu. Or, on peut dire qu’au-dessus de 2,1 smic, une personne qui reçoit encore de l’aide va avoir tendance à épargner.

Elle cite l’exemple de l’indexation des retraites sur l’inflation.

La dernière a coûté 25 milliards d’euros, dont 19 milliards ont été épargnés, soit 75 % du montant qui ne fournira aucune TVA.

Malgré un pouvoir d’achat qui a évolué positivement sur les premiers mois de l’année, les Français mettent de côté.

Sur l’ensemble de 2025, la consommation des ménages ne devrait connaître qu’une maigre progression de 0,5 %, moitié moins qu’en 2024.

L’économiste conclut que « Le modèle n’intègre pas assez les prévisions d’épargne, et Bercy manque de corrections plus fines sur son modèle ».

Face à ce fiasco, Amélie de Montchalin a annoncé le 13 novembre avoir confié une « mission d’urgence » sur le sujet à « tous les services de Bercy ». Le contribuable, lui, peut attendre : le verdict n’est attendu qu’en 2026.

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