🔥 Les essentiels de cette actualité
- Le cabinet Altares recense 71 100 défaillances d’entreprises sur douze mois glissants au premier trimestre 2025, un record absolu, avec 75 350 emplois directement menacés, un niveau inédit depuis la crise de 2009.
- Les microentreprises de moins de trois salariés concentrent les trois quarts des défauts, tandis que les jeunes entreprises créées depuis moins de trois ans voient leurs défaillances progresser de 14 % sur un an.
- L’agriculture enregistre une hausse de 23 % des procédures, les transports de 12,9 % et l’agroalimentaire de 8,6 %, révélant une dégradation sectorielle qui touche des pans entiers de l’économie réelle.
- L’article souligne un paradoxe frappant : les grandes entreprises résistent, tandis que les petites structures s’effacent, dessinant une France à deux vitesses économiques séparées non par territoire, mais par taille.
- À quel seuil d’érosion du tissu de base — artisans, agriculteurs, transporteurs indépendants — les effets se feront-ils sentir sur l’emploi de masse et la cohésion territoriale du pays ?
Les chiffres du cabinet Altares pour le premier trimestre 2025 ne laissent guère de place à une interprétation optimiste : 18 986 procédures de défaillance ont été ouvertes, soit une hausse de 6,4 % sur un an, portant à 71 100 le nombre de défauts sur douze mois glissants. Un record absolu. Fait plus marquant encore, 75 350 emplois sont directement menacés par les défaillances de ce seul trimestre, un niveau inédit depuis la crise de 2009.
Ce n’est pas une statistique parmi d’autres. C’est le signal d’une économie qui, sous des apparences de stabilisation macroéconomique, continue de se déliter à sa base. La France n’assiste ni à un ajustement sectoriel ponctuel, ni à une correction mécanique des excès de la période post-Covid. Elle observe la remontée d’une vague longue, dont la morphologie mérite d’être analysée avec précision.
Une fragilité qui ronge par le bas
Le premier enseignement des données Altares est structurel : ce sont les plus petites structures qui s’effondrent le plus rapidement. Les microentreprises de moins de trois salariés concentrent les trois quarts des défauts, avec une hausse de 11,2 % sur un an. Plus inquiétant encore, les jeunes entreprises créées depuis moins de trois ans enregistrent une progression de leurs défaillances de 14 %. Ce sont précisément ces entités, récentes, légères, souvent portées par un entrepreneur isolé, qui incarnaient dans le discours officiel de la dernière décennie la vitalité retrouvée du tissu entrepreneurial français.
La réalité est moins flatteuse. Beaucoup de ces structures ont été créées dans un contexte de taux bas, de subventions abondantes et d’aides publiques massives. Dès lors que ces conditions disparaissent, avec la hausse du coût du crédit, la fin des dispositifs d’urgence et la normalisation fiscale, leur viabilité intrinsèque est mise à l’épreuve. Ce qui était perçu comme un dynamisme durable se révèle, pour une part significative, n’être qu’une survie sous perfusion.
La géographie sectorielle des défaillances confirme cette lecture. L’agriculture enregistre une hausse de 23 % des procédures, un chiffre qui devrait alerter dans un pays qui prétend défendre sa souveraineté alimentaire. Les services aux particuliers progressent de 17 %, les transports de 12,9 %, les services aux entreprises de 11,7 %. L’agroalimentaire industriel lui-même affiche une hausse de 8,6 %. Seule la restauration se stabilise marginalement, à -0,4 %.
« Le recours préventif [au tribunal de commerce] demeure marginal », avec seulement 1 500 procédures de sauvegarde ouvertes en un an.
Ce constat formulé par Thierry Millon, directeur des études d’Altares, est peut-être le plus révélateur de tous. La procédure de sauvegarde, outil juridique conçu précisément pour intervenir avant que la situation ne devienne irréversible, reste massivement ignorée ou méconnue des chefs d’entreprise. Sur les 18 986 procédures du trimestre, à peine 383 relèvent de cette catégorie préventive. Les autres, redressements judiciaires et liquidations, interviennent quand le mal est déjà fait, souvent trop tard pour sauver l’emploi.
Prévenir plutôt que constater
C’est dans ce contexte qu’Altares encourage à « pleinement soutenir » la Charte de confiance lancée en février par le gouvernement, qui vise à mobiliser les interlocuteurs naturels des entreprises, banques, experts-comptables et commissaires aux comptes, afin qu’ils sonnent l’alerte dès les premiers signaux de fragilité. L’intention est louable. La question reste de savoir si elle sera suivie d’effets suffisants face à l’ampleur du phénomène.
Car la dynamique actuelle n’est pas celle d’un accident conjoncturel. Les redressements judiciaires progressent de 13,6 %, signe que de nombreuses entreprises, qui tentaient encore de se maintenir à bout de bras, basculent aujourd’hui dans une situation jugée irrémédiable par leurs créanciers et les tribunaux. Cette montée des redressements, plus rapide que celle des liquidations, révèle un élément essentiel : la dégradation n’est pas soudaine, elle s’est installée dans le temps, et les acteurs économiques ont différé le moment de vérité aussi longtemps que possible.
Il y a, dans ces chiffres, un paradoxe apparent : les grandes entreprises d’au moins 100 salariés voient leur situation s’améliorer, et certaines tranches de PME, notamment celles de 10 à 19 salariés, résistent bien, avec une baisse de 12,1 % de leurs défaillances. La France à deux vitesses économiques se dessine ici, non plus entre secteurs ou territoires, mais entre strates de taille. Les structures qui ont accès au crédit bancaire institutionnel, aux conseils spécialisés et aux dispositifs de restructuration tiennent. Les autres, livrées à elles-mêmes, s’effacent.
La question que ces données posent, in fine, est simple : à quel niveau d’érosion du tissu économique de base, artisan, petit commerce, jeune pousse agricole, transporteur indépendant, une économie peut-elle encore fonctionner avant que les effets ne se fassent sentir sur l’emploi de masse, la cohésion territoriale et la capacité productive du pays ? 71 100 défaillances en douze mois glissants, c’est un record. Ce n’est peut-être pas encore un plafond.
IMPORTANT - À lire
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Source : bfmtv.com
