🔥 Les essentiels de cette actualité
- L’Iran a attaqué trois navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz et revendique les frappes : « les agresseurs américains n’ont pas le droit de passage », plongeant l’économie mondiale dans l’incertitude.
- Un porte-parole militaire iranien lance un avertissement sans équivoque : « Préparez-vous à un baril de pétrole à 200 dollars » — une menace que les marchés commencent déjà à prendre au sérieux.
- Le PDG d’Aramco, premier exportateur mondial de pétrole, tire la sonnette d’alarme : il s’agit de la plus grande crise énergétique jamais connue dans la région, et les stocks de secours ne tiendront pas longtemps.
- Face à l’urgence, le Japon agit seul et libère ses réserves stratégiques, tandis que l’Europe envisage de plafonner les prix du gaz, qui ont déjà doublé depuis le début du conflit.
- Missiles sur l’Arabie saoudite, drones près de Dubaï, combats au Liban… le conflit s’étend à toute la région et une possible implication russe aux côtés de l’Iran soulève de nouvelles et inquiétantes questions.
Le détroit d’Ormuz, artère vitale de l’économie mondiale par laquelle transitent ordinairement quelque 20 % du pétrole consommé sur la planète, est devenu le théâtre d’une escalade militaire aux conséquences potentiellement dévastatrices. L’Iran a franchi un nouveau seuil en attaquant plusieurs navires commerciaux dans ces eaux stratégiques, tandis que son porte-parole militaire adressait un avertissement explicite aux États-Unis et à leurs alliés.
« Préparez-vous à un baril de pétrole à 200 dollars, car le prix du pétrole dépend de la sécurité régionale que vous avez déstabilisée. »
Ces mots d’Ebrahim Zolfaqari, porte-parole du commandement militaire iranien, résument à eux seuls la gravité de la situation : un conflit qui n’est plus seulement géopolitique ou militaire, mais qui menace désormais directement l’approvisionnement énergétique d’une large partie de la planète. La veille, Téhéran avait déjà prévenu qu’il n’autoriserait plus « un seul litre de pétrole » à quitter la région si les frappes américaines et israéliennes se poursuivaient. Les actes ont suivi les menaces.
Trois navires commerciaux ont été touchés en quelques heures. Le vraquier battant pavillon thaïlandais Mayuree Naree a été atteint par un projectile de nature inconnue à 11 milles nautiques au nord d’Oman, provoquant un incendie à bord. Vingt membres d’équipage ont été secourus par la marine omanaise, mais trois restent portés disparus. Le porte-conteneurs japonais One Majesty a subi des dommages moins importants à 25 milles au nord-ouest de Ras Al Khaïmah, aux Émirats arabes unis. Un troisième vraquier, le Star Gwyneth, battant pavillon des îles Marshall, a vu sa coque endommagée à une cinquantaine de milles au nord-ouest de Dubaï. L’Iran a revendiqué ces attaques, déclarant : « Les agresseurs américains et leurs partenaires n’ont pas le droit de passage. »
Une crise pétrolière sans précédent selon Aramco
Ces événements surviennent dans un contexte déjà extrêmement tendu. Le prix du baril avait atteint un pic proche de 120 dollars depuis le début du conflit au Moyen-Orient, avant de retomber à 87 dollars au moment de la publication de l’article source. La perspective d’un baril à 200 dollars ne relève donc pas de la simple rhétorique de guerre : elle s’appuie sur une réalité concrète de restriction des flux.
Le PDG d’Aramco, Amin Nasser, dont l’entreprise est le premier exportateur mondial de pétrole, a lui-même reconnu la gravité de la situation en des termes particulièrement frappants.
« Si nous avons fait face à des perturbations par le passé, celle-ci est de loin la plus grande crise que l’industrie pétrolière et gazière de la région ait jamais connue. »
Nasser a précisé qu’Aramco parvient pour l’instant à honorer la majorité de ses contrats, mais uniquement en puisant dans des installations de stockage situées en dehors du Golfe. Ces réserves, a-t-il averti, ne peuvent pas être mobilisées « sur une longue période ». Il a ajouté : « Il y aurait des conséquences catastrophiques pour les marchés pétroliers mondiaux, et plus la perturbation dure… plus les conséquences pour l’économie mondiale seront dramatiques. »
Face à cette menace sur les approvisionnements, le Japon a décidé d’agir sans attendre une décision collective de l’Agence internationale de l’énergie. La Première ministre Sanae Takaichi a annoncé que son pays libérerait dès la semaine prochaine ses réserves stratégiques : un mois de stocks publics et quinze jours de stocks privés. Le Japon dispose au total d’une réserve équivalente à environ 254 jours de consommation, ce qui lui donne une marge de manœuvre significative. Cette décision unilatérale, prise délibérément en dehors du cadre multilatéral habituel, illustre l’urgence ressentie à Tokyo.
En Europe, la Commission européenne a elle aussi réagi : Ursula von der Leyen a évoqué depuis Strasbourg la possibilité de subventionner ou de plafonner les prix du gaz afin d’atténuer l’impact sur les consommateurs. Les prix du gaz en Europe ont doublé depuis le début du conflit, ravivant le spectre des crises énergétiques précédentes. La présidente de la Commission a précisé que ces mesures interviendraient notamment dans les situations où les énergies renouvelables intermittentes ne fournissent pas suffisamment d’électricité au réseau et où le gaz en fixe alors le prix.
Sur le plan militaire, la situation ne montre aucun signe d’apaisement. Les forces américaines ont détruit seize poseurs de mines iraniens à proximité du détroit d’Ormuz le 10 mars, après que la Maison-Blanche avait averti Téhéran qu’il serait frappé « à un niveau jamais vu » en cas de pose de mines dans le détroit. Des échanges de frappes entre les États-Unis, Israël et l’Iran se sont poursuivis dans toute la région lors de la nuit du 11 mars, le conflit entrant dans son douzième jour. Des millions d’Israéliens ont été contraints de se réfugier dans des abris à plusieurs reprises au cours de la nuit, après que l’armée israélienne eut signalé des tirs de missiles iraniens en direction du territoire israélien.
Le Liban est également frappé. Près de 500 personnes y ont été tuées depuis que le Hezbollah, soutenu par l’Iran, a déclenché une nouvelle phase de combats avec Israël. Une frappe israélienne a tué cinq personnes dans le district de Nabatiyé, et deux autres dans les districts de Tyr et de Bint Jbeil. Un bâtiment a été embrasé en plein centre de Beyrouth, dans le quartier densément peuplé d’Aïcha Bakkar. Un travailleur de la Croix-Rouge est également décédé des suites de blessures reçues lors d’une frappe israélienne qui avait touché son équipe de secours lundi. La France a annoncé l’envoi de 60 tonnes d’aide humanitaire au Liban, comprenant notamment des kits sanitaires, des matelas et un poste médical mobile.
L’Arabie saoudite n’est pas épargnée non plus : son ministère de la Défense a annoncé avoir intercepté six missiles balistiques lancés vers la base aérienne Prince Sultan, une installation militaire majeure utilisée conjointement par les forces saoudiennes et américaines, ainsi que deux drones au-dessus de la ville de Hafar al-Batin. Deux drones iraniens ont par ailleurs frappé les abords de l’aéroport international de Dubaï, le plus fréquenté au monde pour les liaisons internationales, blessant quatre personnes. L’aéroport continue de fonctionner, mais la menace plane sur l’une des principales plaques tournantes du trafic aérien mondial.
Enfin, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a affirmé que la Russie pourrait devenir le premier pays à envoyer des soldats combattre aux côtés de l’Iran contre les États-Unis et Israël. Vladimir Poutine a démenti, lors d’un appel téléphonique avec Donald Trump, avoir fourni à Téhéran des renseignements permettant de cibler des forces américaines, alors que le Washington Post avait rapporté que le Kremlin aurait transmis à l’Iran les positions de navires de guerre et d’aéronefs américains. Une accusation que Moscou dément, mais qui ajoute une dimension supplémentaire à un conflit dont le périmètre géographique et stratégique ne cesse de s’élargir.
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Détroit d'Ormuz, Arabie Saoudite, Liban, Ukraine… Ces crises s'imbriquent et redessinent l'ordre mondial. Notre revue papier décrypte chaque mois ces dynamiques géopolitiques en profondeur.
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