« Notre souveraineté est bradée » : la vente du fleuron français Atos suscite une levée de boucliers chez les militaires

Le champion français des technologies s’apprête à se vendre au milliardaire tchèque Daniel Kretinsky. Suscitant une levée de boucliers chez les militaires et les politiques.

« Non, tout n’est pas encore joué pour Atos : les militaires s’agitent beaucoup en ce moment, ils ne sont pas contents… », nous confie un industriel bien introduit au ministère des Armées. L’enjeu, c’est l’avenir d’une des plus grandes entreprises technologiques françaises, avec ses 110 000 salariés et ses 11 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Atos est le champion de la vente et de l’exploitation des systèmes informatiques aux entreprises (dite « infogérance »), mais il est aussi le seul fabricant européen de supercalculateurs. Surtout, il gère les très sensibles systèmes d’armement français, aussi bien la simulation de frappe nucléaire que la sécurité des sous-marins ou des services de renseignement.

Or, dans le contexte de la guerre en Ukraine, Atos s’apprête à passer sous pavillon tchèque… et c’est là que commencent les polémiques. Le groupe se porte mal depuis trois ans : accumulation de dettes, résultats dans le rouge, dégringolade en Bourse… Aussi, a-t-il séparé, après vote du conseil d’administration, le groupe en deux entités pour se remettre d’aplomb.

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Si l’intérêt de cette scission fait débat dans les milieux économiques, les militaires, eux, s’inquiètent du rôle exact que tiendra Daniel Kretinsky car il prévoit d’acquérir également 7,5 % dans Eviden (pour 180 millions d’euros), devenant ainsi son premier actionnaire. Un paradoxe, à l’heure où Emmanuel Macron ne cesse d’appeler à « regagner notre souveraineté »,en particulier dans l’industrie, « dont dépend notre autonomie décisionnelle ».

« Notre souveraineté est bradée »

Officiellement, Atos est une entreprise privée et l’Etat n’a pas son mot à dire sur sa gestion. Le ministère de l’Economie ne se penche, lui, sur les investissements étrangers qu’une fois passé le seuil de 10 % ; officieusement, Bercy a bien été consulté, tandis que le ministère des Armées se mobilise depuis deux ans pour motiver d’éventuels repreneurs français. Un capitaine d’industrie dans le secteur de l’armement s’étouffe : « Cette opération, purement financière, brade notre souveraineté. Atos a besoin d’argent mais il y a d’autres façons de faire pour préserver ce fleuron. »

(…) L’Obs

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