Macron s’en prend aux consommateurs de drogue « bourgeois »

Emmanuel Macron

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Macron critique les consommateurs de drogue « bourgeois », mais les études montrent une consommation transversale à tous les milieux. Découvrez pourquoi cette vision est dépassée.
  • La démocratisation de la consommation de cannabis et cocaïne touche toutes les strates sociales et géographiques, y compris les zones rurales. Plongez dans les chiffres révélateurs.
  • Le président ignore la réalité du terrain en divisant plutôt qu’unissant. Explorez l’échec des politiques de répression et l’indifférence de l’État face au narcotrafic.

L’image d’un consommateur de stupéfiants exclusivement urbain et aisé est contredite par les études depuis des années.

Malgré cela, Emmanuel Macron a fait preuve d’un aplomb stupéfiant en conseil des ministres ce mercredi 19 novembre.

Au lendemain d’une réunion à l’Élysée consacrée au narcotrafic, et quelques jours seulement après le meurtre à Marseille du frère d’Amine Kessaci, le président a fustigé les « bourgeois des centres-villes » qu’il accuse de financer « parfois » le trafic, selon la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon.

Cette dernière a d’ailleurs renchéri : « on ne peut pas déplorer d’un côté les morts et de l’autre continuer à consommer le soir en rentrant du travail ».

Le président tente ainsi de renvoyer la responsabilité du trafic aux consommateurs, tout en pointant du doigt des usagers au capital économique élevé.

Si ces derniers participent bien à l’économie du narcotrafic, ils le font, comme le reste de la population, au travers d’une consommation devenue transversale. Une invective éculée.

La démocratisation de la consommation : une réalité sociale et géographique

Emmanuel Macron renvoie la balle aux « bourgeois des beaux quartiers » comme s’ils étaient les seuls responsables, mais l’invective présidentielle est déconnectée des études.

La consommation de cannabis comme de cocaïne s’est banalisée et s’infiltre désormais dans tous les niveaux sociaux et géographiques.

L’idée d’une frontière nette entre centres urbains et zones préservées s’estompe.

  • Si les grandes villes restent des aires de consommation traditionnelles, l’ubérisation du trafic touche désormais également les zones rurales et les petites communes.
  • Dès novembre 2015, l’Observatoire français des drogues et tendances addictives (OFDT) battait en brèche l’idée selon laquelle « les communes rurales seraient par définition plus déconnectées que les métropoles du marché des produits illicites ».
  • Une enquête révélatrice de 2013, menée auprès de 1 000 marins pêcheurs d’Aquitaine et de Charente-Maritime, a d’ailleurs constaté que les marins de moins de 35 ans étaient positifs à 46 % pour le cannabis et à 8 % pour la cocaïne.

Encore une fois, notre président préfère diviser plutôt que d’affronter la réalité du terrain.

L’insertion sociale protège mieux de l’addiction

Le seul point factuel qui se dégage du discours présidentiel concerne la protection contre l’addiction.

En matière de qualité de vie, toutes les études confirment que l’emploi protège globalement mieux contre les comportements addictifs.

Même la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca) observe sur son site :

les consommations de substances psychoactives notamment ont tendance à diminuer ou à s’arrêter avec une meilleure insertion sociale.

Dans un pays où le chômage reste élevé, admettre ce lien, c’est aussi admettre l’échec de certaines politiques sociales.

Le phénomène du cannabis : une consommation vieillissante

Le cannabis demeure la substance illicite la plus consommée en France avec près d’un million d’usagers quotidiens.

Selon l’OFDT, la prévalence de sa consommation « s’est stabilisée à l’âge adulte mais a fortement baissé à l’adolescence, allant de pair avec un vieillissement des usagers ».

Du côté des actifs, une étude publiée en 2021 par la Mildeca, relevait ainsi que les employés hommes sont les plus nombreux à consommer du cannabis plus d’une fois par semaine, suivis des femmes au statut d’ouvrier.

Par ailleurs, l’OFDT pointe qu’en 2024, « les personnes issues de milieux populaires, dès lors qu’elles sont confrontées à des problèmes de santé mentale ou à des conditions de travail difficiles, ont tendance à rapporter des consommations de cannabis plus élevées et plus durables ».

Pendant que nos forces de l’ordre traquent les petits consommateurs, les véritables réseaux de trafic prospèrent. La qualité du cannabis circulant n’a rien à voir avec celle d’il y a 30 ans, les taux de THC ayant explosé.

L’explosion de la cocaïne touche toutes les strates

Un autre fléau prend de l’ampleur : l’explosion de la production de cocaïne a contribué à un essor massif de la consommation en Europe. En France, son usage a été multiplié par dix entre 1993 et 2023.

Elle est désormais le deuxième stupéfiant le plus consommé et menace de détrôner le cannabis, et ce, dans toutes les strates de la société.

L’OFDT notait dans un rapport consacré au marché de la cocaïne entre 2000 et 2022 :

Alors que, dans les années 1980 et 1990, l’usage de la cocaïne concernait essentiellement des personnes de milieux sociaux favorisés, proches du monde du spectacle, ou au contraire des publics marginalisés en retrait du marché du travail (…) elle est désormais consommée au sein de nombreuses catégories de la population active.

L’observatoire y relevait même que la hausse « a été particulièrement marquée parmi les personnes sans diplôme ou ayant un diplôme inférieur au bac ».

Le prix de la cocaïne ayant baissé de près de 30 % depuis 2012, elle est de fait plus accessible, et pas seulement aux « bourgeois » ciblés par le chef de l’État.

Si les hommes demeurent les premiers consommateurs, l’OFDT donne peut-être raison à Emmanuel Macron sur un point chez les femmes : « les cadres et les professions intellectuelles supérieures ont une proportion plus élevée d’expérimentatrices de cocaïne ».

Quant aux secteurs professionnels concernés, celui des arts du spectacle et l’hôtellerie-restauration figurent en haut des classements de prévalence.

Or, dans ce dernier secteur, le salaire médian annuel oscille entre 25 000 et 30 000 euros bruts annuels. Difficile de parler de « privilégiés » quand on doit jongler avec des horaires impossibles pour un Smic amélioré.

Échec total de la répression et indifférence de l’État

Cette situation témoigne de l’échec total des politiques de prévention et de répression mises en place depuis des décennies. Les vrais responsables, ceux qui importent et s’enrichissent, restent dans l’ombre.

Les cartels engrangent des profits records pendant que l’État préfère s’acharner sur les petits consommateurs. L’OFDT précisait bien que l’offre et la disponibilité des produits illicites sont réelles en milieu rural.

Sur ce sujet, une vérité dérangeante doit être soulevée : en milieu rural, les offres et dispositifs de soins et de réductions des risques sont, eux, beaucoup moins présents.

Un désert médical. Le même État qui trouve des milliards pour certains projets laisse ces zones sans moyens face à ce fléau.

Sur ce sujet en revanche, point de discours élyséen. Cette indifférence en dit long sur les priorités du pouvoir.

IMPORTANT - À lire

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