🔥 Les essentiels de cette actualité
- François Martin, géopolitologue, analyse la diplomatie de Trump : spectacle et intimidation, avec des exemples frappants comme la Corée du Nord et l’Iran.
- La France perd en influence : diplomatie instable et fiasco sahélien, laissant place à d’autres puissances. Comment retrouver sa crédibilité ?
- Le Sud global rejette le modèle occidental, BRICS en ascension. L’Occident doit-il réhabiliter le compromis ou persister dans la coercition ?
Le 10 août à 7h30, François Martin est l’invité de La Matinale animée par Nicolas Stoquer, en direct sur Géopolitique Profonde.
Géopolitologue, journaliste et essayiste français, François Martin est diplômé de l’ESSEC et de l’EMBA HEC, auditeur de l’IHEDN et de l’INHESJ. Fort de 40 ans d’expérience dans le commerce international de l’alimentaire, il a travaillé dans plus de 100 pays et maîtrise six langues. Son expertise se traduit par des analyses précises sur les rapports de force mondiaux, au croisement de la géopolitique, de l’économie et des stratégies de puissance.
La diplomatie de Trump : entre show et intimidation
Donald Trump a transformé la diplomatie américaine en spectacle de dissuasion.
- En 2017, lors de la crise nord-coréenne, il fait mouiller un sous-marin nucléaire à Busan et multiplie les déclarations de « feu et fureur », avant de rétropédaler dans le brouillard communicationnel. L’image l’emporte sur la stratégie.
- Avec l’Inde, sa « guerre commerciale » repose sur des droits de douane punitifs et la fin du statut préférentiel GSP : une logique de bâton sans compromis.
- Sur le plan financier, la rupture du JCPOA et les menaces sur SWIFT montrent comment Washington instrumentalise le dollar comme arme de coercition.
La logique est toujours la même : intimider plutôt que négocier. L’élimination de Qassem Soleimani en 2020 incarne cette diplomatie de la frappe chirurgicale, assumée comme « défensive » mais fondée sur l’escalade.
Paradoxalement, Trump se pose aussi en « faiseur de paix », revendiquant des cessez-le-feu vite brisés et des accords éphémères. La communication supplante la consolidation politique.
La diplomatie française en perte de vitesse
La France, autrefois reconnue pour son art de la durée et du compromis — hérité de Talleyrand et de l’école du Quai d’Orsay —, connaît aujourd’hui un recul stratégique.
- Depuis 2024, les ministres des Affaires étrangères se succèdent (Stéphane Séjourné, puis Jean-Noël Barrot), illustrant une diplomatie hyper-présidentialisée et instable.
- L’improvisation a remplacé la constance : les plateaux télé deviennent l’arène diplomatique, les éléments de langage supplantent les textes.
- En Afrique, le fiasco sahélien — expulsions du Mali, Burkina Faso et Niger, retraits militaires précipités — révèle un vide politique où d’autres puissances s’engouffrent, capitalisant sur l’anti-françafrique.
La France n’apparaît plus comme un bâtisseur de compromis, mais comme un commentateur de crises. Résultat : perte d’influence et perte de crédibilité.
Le rejet grandissant du modèle occidental
Le Sud global rejette désormais les injonctions de l’Occident, jugées incohérentes et moralement disqualifiées.
- À l’ONU, une majorité exige un cessez-le-feu à Gaza, pendant que Washington oppose son veto.
- L’universalité du droit est sapée par la géométrie variable : sanctionner la Russie mais couvrir Israël.
Dans ce contexte, les BRICS élargis gagnent du poids tandis que l’Occident répond par la coercition — sanctions, tarifs, extraterritorialité du droit américain. Conséquence : diversification des partenariats, accords en monnaies locales, essor de canaux alternatifs.
Sur la scène européenne, la mise en scène supplante la stratégie. Le « train pour Kiev » incarne une diplomatie performative, sans garanties ni lignes rouges crédibles. L’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine y voient le signe d’un décrochage occidental.
Deux chemins pour l’avenir
Le monde se dirige vers un équilibre multipolaire. Face à cela, l’Occident a deux options :
- Réhabiliter l’art du compromis et accepter une redistribution des puissances.
- Persister dans la fuite en avant coercitive, au risque d’une escalade que l’Occident, fragmenté et affaibli, ne peut plus gagner.
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