L’or supplante l’euro : vers la fin de l’hégémonie du dollar ?

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Les gestionnaires de fonds massivement positionnés à la baisse sur le dollar, signe d’un basculement systémique. Découvrez les raisons de cette dé-dollarisation.
  • En 2024, l’or dépasse l’euro dans les réserves mondiales, atteignant 20 % des réserves officielles. Quels pays achètent massivement de l’or ?
  • Les réserves d’or atteignent des niveaux d’avant 1971, marquant une défiance structurelle envers le système monétaire américain. Quel rôle historique retrouve l’or ?
  • Aucune devise ne capte la fuite hors dollar, l’or s’impose comme le seul actif monétaire global neutre. Quel paradoxe économique se dessine ?

Une chute silencieuse mais irréversible du billet vert

Selon les derniers résultats du Fund Manager Survey de Bank of America, la tendance est désormais claire : la plupart des gestionnaires de fonds institutionnels sont massivement positionnés à la baisse sur le dollar américain. Ce n’est plus un simple signal de marché, c’est un basculement systémique.

Mais faut-il y voir une simple réaction conjoncturelle ou une rupture de long terme ? Les données récentes, combinées aux tendances observées depuis la guerre en Ukraine en 2022, suggèrent une dé-dollarisation progressive mais profonde. L’arme financière qu’est devenue le dollar, à travers les sanctions et le système SWIFT, a provoqué une méfiance croissante des pays souhaitant se protéger d’une dépendance unilatérale.

2024 : l’or dépasse l’euro dans les réserves mondiales

Ce qui rend cette phase de dé-dollarisation unique, c’est que les autres monnaies de réserve n’en profitent pas. Contrairement à ce qu’on aurait pu attendre, l’euro, la livre sterling, le yen et même le yuan voient leur part diminuer dans les réserves internationales. L’unique bénéficiaire : l’or.

Selon un rapport de la BCE, publié en juin 2025, l’or a désormais dépassé l’euro comme deuxième actif de réserve mondial. En 2024, il représentait 20 % des réserves officielles, contre 16 % pour l’euro, et derrière les 46 % du dollar. Un seuil symbolique qui remet en cause la hiérarchie monétaire mondiale.

Cette progression spectaculaire s’explique par les achats massifs des banques centrales, qui ont acquis plus de 1 000 tonnes d’or en 2024, soit deux fois plus que la moyenne annuelle des années 2010. La Chine, l’Inde, la Turquie et la Pologne figurent parmi les plus gros acheteurs.

Une remontée aux niveaux d’avant 1971

Selon la Banque centrale européenne, les réserves d’or des banques centrales mondiales ont atteint 36 000 tonnes, un niveau proche des records des années 1960, avant la fin des accords de Bretton Woods. Ce retour à l’or comme actif stratégique n’est pas qu’un signal économique : il marque une défiance structurelle envers le système monétaire hérité de la domination américaine.

L’or retrouve ainsi un rôle historique : actif de réserve ultime, sans risque de contrepartie, indépendant des politiques monétaires. La BCE elle-même souligne que cette tendance pourrait se renforcer si les tensions géopolitiques et monétaires persistent.

Le paradoxe d’une économie sans refuge crédible

La montée de l’or s’inscrit dans un paradoxe plus large. Aucune des principales devises concurrentes ne parvient à capter la fuite hors dollar. La zone euro, fragilisée par ses divisions internes, ne représente plus une alternative crédible. Le yen reste confiné à un cadre régional, et le yuan chinois reste peu convertible et sujet à un contrôle politique strict.

L’or s’impose donc comme le seul actif monétaire global réellement neutre, au moment même où les États-Unis s’enfoncent dans une spirale d’endettement sans précédent : la dette fédérale devrait franchir les 50 000 milliards de dollars d’ici 2030.

Une nouvelle ère monétaire en gestation

Si la trajectoire actuelle se poursuit, l’or pourrait devenir d’ici 2030 l’actif de réserve dominant, dépassant même le dollar. Un retournement historique, initié non par un décret ou un événement de rupture, mais par une dynamique lente, inéluctable, et profondément rationnelle.

Cinquante ans après la fin de l’étalon-or, le monde revient vers l’or. Non par nostalgie, mais par nécessité.

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